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Comment ils vous incitent à l’abstention [Seth Godin]

Deux jours avant les élections présidentielles américaines de 2016, Seth Godin a tenté de convaincre les abstentionnistes d’aller voter. Son article parle des spots télévisés de dénigrement des autres candidats, qui n’existent pas en France. Mais le principe est bien présent chez nous : les réseaux sociaux fourmillent de critiques des candidats, qui pointent parfois des failles bien réelles. Il est cependant intéressant de savoir que des équipes de campagne se lancent activement, mais secrètement, dans ces opérations  de dénigrement. Comme le fait l’équipe Fillon contre Macron via RidiculeTV ! Au moins, aux USA, les spots télévisés doivent être signés par leurs auteurs…

Voici ma traduction de l’article de Seth Godin, les critiques et réactions sur la traduction ET sur le fond de l’article sont les bienvenues, comme d’habitude.


Comment ils vous incitent à l’abstention.

La façon la plus simple de gagner une élection est d’inciter ceux qui pourraient voter pour votre adversaire à ne pas voter.

La télévision a été un outil efficace de cette stratégie, et la croissance du taux de participation des électeurs a ralenti depuis que les candidats ont commencé à utiliser des campagnes TV massives il y a 50 ans. [Le taux de participation à l’élection présidentielle américaine de 2016 était le plus bas depuis 2000].

Cela fonctionne parce que ce n’est pas difficile d’inciter quelqu’un à l’abstention.

Les deux raisons les plus couramment inexprimés pour ne pas voter sont:

« Je ne veux pas voter pour la personne qui perdra, parce que je me sentirais mal d’avoir gaspillé mon vote et d’être associé au résultat le moins populaire. »

« Je ne veux pas voter pour le gagnant, parce que je serais alors en partie responsable de ce qui se passera. »

Une justification très populaire à ces comportements est la suivante :

« Je n’aime aucun des candidats, ils sont tous nazes. »

Le truc, c’est que le leader parfait n’a jamais existé. Il n’y a jamais eu de président sans défaut. Il y a toujours des faiblesses, des fragilités et des scandales. Il faut plus d’une centaine d’années avant que la patine du temps n’apparaisse, et même alors, les plus grands dirigeants à travers l’histoire présentaient des défauts qui les disqualifieraient à notre époque de médias prédateurs.

Même chose pour les organismes de bienfaisance auxquels nous donnons (ou pas), les héros et les mentors que nous vénérons, les organisations dont nous sommes fiers d’être membres.

Le changement est toujours inconfortable. Il n’y a pas de bonnes réponses, pas de clés idéales qui déverrouillent l’avenir. Les projets risqués seront toujours risqués.

Les médias, avec notre complicité, ont créé un jeu qui nous rend désabusés et dégoûtés. Mais seuls les électeurs désabusés et dégoûtés sont capables de relever le niveau à long terme.

Votez comme si vous étiez responsable des conséquences, parce que vous l’êtes, surtout si vous ne votez pas.

Votez comme si ce n’était pas anonyme, en sachant que vous aurez à l’expliquer à vos petits-enfants.

Travaillez pour la justice. Le progrès est possible. C’est important.

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2013-016 – Référendum en Alsace : élections, piège à con ?

La question s’est posée aujourd’hui : y aura-t-il assez de votants en Alsace pour que le résultat du référendum portant sur la fusion des administrations départementales et régionale soit valable (source : Le Monde).

Les règles de ce vote sont : il faut 50,01% des voix pour que le OUI l’emporte, ET que au moins 25% des électeurs inscrits aient voté.

Les estimations tournent autour de 29%. Imaginons que ces 29% d’électeurs inscrits votent à 60% pour et 40% contre. Le référendum serait donc positif. Imaginons que les « contre » aient fait campagne pour inciter à l’abstention au lieu du vote « non »…

Il n’y aurait eu que 29% x 60% = 17,4% de participants.

Et paf, le référendum tombe.

Donc, en partant d’une bonne idée (ne prendre en compte que les votes où il y a suffisamment de participants), on obtient un effet pervers non voulu (il est plus intéressant stratégiquement de ne pas voter que de voter contre).

Je résume : si le vote « pour » l’emporte, ce sera grâce aux électeurs qui se sont déplacés pour voter « contre ».

Quand je vous dis que pour les élections, le système a une importance capitale !

(et on peut se demander à qui profite la complexité des systèmes électoraux actuels…)

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109 – Notre système de vote est mauvais. Mais par quoi le remplacer ?

Les plus âgés d’entre vous – plus de 28 ans cette année – se souviennent de leur surprise le soir du 21 avril 2002, et du mauvais goût dans leur bouche le 5 mai suivant.

Le mode de scrutin de l’élection présidentielle est un vote au suffrage universel uninominal direct. Si un candidat obtient la majorité absolue des suffrages exprimés (la moitié de ces suffrages plus une voix) au premier tour, il est élu. Dans le cas contraire, un second tour a lieu deux semaines plus tard pour départager les deux candidats arrivés en tête au premier tour. Là, le candidat qui obtient la majorité simple est élu.

Ce mode de scrutin est mauvais. La preuve, on peut se retrouver au second tour avec des candidats qui ne représentent que 17% des suffrages.

On voit aussi apparaître des stratégies détestables et anti-démocratiques : vote utile, négociations dans l’ombre pour obtenir le retrait de candidats similaires, incitation à la candidature de candidats similaires aux adversaires, etc.

Mais qu’est-ce qu’on y peut ?

Il existe plusieurs façons de réduire les problèmes que pose ce mode de scrutin. Par exemple, en indiquant un ordre de préférence parmi tous les candidats. Ainsi, si votre candidat préféré n’est pas élu, votre préférence compte quand même.

De nombreuses initiatives visent à tester l’intérêt de ces modes de scrutins alternatifs. Je vous invite donc à tester voteaupluriel.org, et votedevaleur.org.

Ces tests n’ont qu’une valeur indicative : ceux qui vont y participer sont des internautes intéressés par la politique et par les possibilités de la faire évoluer. Ces trois critères éloignent le panel des testeurs d’une représentativité du peuple français. Mais plus vous serez nombreux à participer, plus les résultats seront pertinents.

A vous de jouer !

PS: J’avais déjà parlé de l’initiative i-vote.fr, qui sert juste à faire un sondage sans passer par les instituts foireux habituels. Visiblement, le FN a largement diffusé l’information. Depuis le début de ce test, Marine Le Pen finit présidente dans toutes les configurations. Difficile à croire…

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95 – Les jours heureux. Ou comment de Gaulle a été transformé en zombie.

Cet article est le plus vieux brouillon qu’il me restait : il date du 02 janvier 2012.

Mon général

Le général Charles de Gaulle est une figure un peu floue de mon enfance. Présenté en cours d’histoire comme le « sauveur de la France » – tout seul avec ses petits grands bras musclés – mais aussi comme un président pas mal chahuté. D’ailleurs, Claude François a écrit une chanson sur ses allers-retours au pouvoir.

« Ça s’en va, et ça revient… »

Au-delà de la blague, la comparaison avec la Chanson populaire de Cloclo n’est pas si improbable que ça : j’ai plusieurs fois lu qu’il y avait de l’amour entre de Gaulle et le peuple français.

Je serai mis à mort et, le troisième jour, je reviendrai à la vie.

Ils sont nombreux à avoir voulu s’approprier une partie de cet amour. Sous l’appellation de Gaullisme, voire de néo-Gaullisme, la majeure partie de la droite française a incanté le nom du président mort en 1970.

Ce n’est plus de Gaulle contre les zombies, c’est de Gaulle lui-même qui est devenu un zombie, ranimé par Chirac, puis Sarkozy, pour servir de go-go-dancer durant leurs discours.

J’exagère ?

Il y a eu les cérémonies (vaudou ?) sur la tombe du défunt.

Mais le problème récurrent des zombies, c’est que ça se voit qu’ils sont morts. Les ficelles qui les animent sont un peu grosses.

Un « aidez-moi » que Mongénéral a utilisé à plusieurs reprises.

L’escroquerie pure et simple : les mots ont un sens.

Mais si Sarkozy se contentait de plagier les discours d’un ancien président, ce serait purement anecdotique. Malheureusement, s’il plagie l’apparence, c’est pour mieux faire le contraire dans les actes.

Des militants émus de cette contradiction ont réédité un texte indispensable. Les jours heureux : Le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : Comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition

Parce que le gaullisme, en 1945, c’était avant tout un programme politique. Un programme qui visait à reconstruire la France. Mais qui voyait bien plus loin, en cherchant à bâtir une société meilleure que celle d’avant la guerre.

J’exagère encore ? Quelques extraits du texte, disponible en entier sur l’indispensable Wikisource.

[…]
4) Afin d’assurer :
l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
le respect de la personne humaine ;
l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;
5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :
a) Sur le plan économique :
l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;
l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
b) Sur le plan social :
le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;
la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.
c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.
d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.
[…]

Laissez donc le zombie de De Gaulle reposer en paix…

Je voulais mettre des liens pour montrer à quel point le sarkozysme est la contradiction totale, pleine et entière du programme du Conseil National de la Résistance. Mais il y en aurait tellement à mettre que j’y passerais des journées entières. Je vous laisse donc faire le travail vous-même. Il n’y a pas à chercher longtemps pour trouver.

L’objectif annoncé – et réalisé – est clair : sous couvert de modernisation, supprimer tous les progrès sociaux construits depuis 1945.

… sinon, nous devrons en prendre le contrôle !

La solution ?

Elle est fort heureusement donnée dans le programme du CNR. Il faut combattre. Notre société nous permet encore de le faire pacifiquement. Donc votez. Et puis descendez dans la rue, pour exiger une société plus juste.

Sarkozy a pu ignorer les manifestations populaires, parce qu’elles ne constituent pas son électorat. Ce ne sera pas le cas de François Hollande.

PS: Merci à Lectures Libres pour ce bijou.

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80 – Vous votez tous les jours. Mais le plus souvent, avec vos pieds.

L’expression « voter avec ses pieds » date du Sénat romain. Plutôt que de s’embêter avec des mains levées, les sénateurs venaient se ranger derrière celui qui avait le mieux défendu leurs idées.

Elle a, au fil des ans, pris un second sens. Lorsque la situation ou les lois de l’endroit où vous vous trouvez ne vous plaisent pas, vous pouvez toujours déménager là où l’herbe est plus verte.

Si vous avez de la chance, la vidéo suivante marchera chez vous : http://www.wideo.fr/video/iLyROoaftmjI.html

Elle explique bien mieux que moi le principe.

Mais pourquoi il raconte ça encore ?

Parce que le principe est valable dans chacune de nos actions.

Comme le disait Seth Godin il y a quelques jours, Nous disons que nous voulons une révolution…

Extrait :

[…] ce que nous disons a peu d’importance. Ce qui compte, c’est ce que nous faisons, et nous avons bien plus d’influence que nous ne l’admettons. […]

Nous détestons le spam, mais nous en envoyons. Des fois, nous allons même jusqu’à acheter depuis une pub/spam.[…]

Nous disons aimer l’art, l’acte courageux qui nous touche, mais nous n’écoutons que des vieilleries, et bougeons rarement pour un concert live […]

Vos choix comptent.

Bien plus que votre vote annuel, vos choix quotidiens influencent votre environnement.

Vous trouvez que l’industrie agro-alimentaire vous propose trop de produits bourrés de produits chimiques artificiels ? Cherchez autour de chez vous les magasins qui essaient de ne pas les sélectionner. Utilisez Prixing durant vos courses pour savoir en direct si les E412 et autres sulfite de sodium sont dangereux ou pas.

Vous trouvez que les programmateurs des chaînes de télévision ne passent que de la daube ? Arrêtez de la regarder, et venez lire mon blog, ou cherchez des webseries qui vous offriront autre chose que de la bouillie formatée.

Vous trouvez qu’il y a trop de bouchons durant vos trajets ? Vous n’êtes pas pris dans un bouchon, vous PARTICIPEZ à un bouchon. Alors arrêtez. Changez d’horaires. Changez de moyens de transport. Utilisez Waze pour fluidifier vos trajets.

Alors choisissez.

Oui, c’est plus compliqué que de choisir la solution de facilité. Il faut se renseigner. Chercher. Faire quelques efforts. Mais si vous attendez qu’on vous mette un bulletin de vote entre les mains pour faire changer le monde, vous attendrez très longtemps.

Oui, ce sera long. Si c’était rapide et facile, ça n’en vaudrait pas la peine, non ?

Et vous, que faites-vous comme choix de consommation difficile ou compliqué ?

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