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2013-037 – [Seth Godin] L’amplification d’un message n’est pas linéaire

Je vous parlais il y a quelques jours de l’importance du storytelling en politique. Cela est vrai de tous les outils du marketing, dont Seth Godin est un expert. Voici sa livraison du jour : « Message amplification isn’t linear« .

Placez deux haut-parleurs côte à côte, et le son perçu n’est pas deux fois plus fort – et dix fois plus de haut-parleurs ne paraissent certainement pas dix fois plus forts.

Mais lorsque vous entendez une idée venant de deux personnes, elle compte deux fois plus que si vous l’entendez au hasard d’une seule personne. Et si vous entendez une idée de dix personnes, l’impact est complètement disproportionné si l’on compare à une seule personne qui murmurerait à votre oreille.

Coordonner et amplifier les évangélistes de votre idée est une part importante du secret du marketing d’impact.

Combien de personnes ont regardé Game of Thrones parce que X personnes leur en ont parlé ? Alors qu’ils n’auraient jamais accordé une seconde d’attention à des types en armure qui se battent sur un continent imaginaire ?

Je me souviens très bien avoir acheté la BD Asterios Polyp, de David Mazzucchelli, après que mon libraire ET un chroniqueur de France Inter l’ait recommandée.

Le marketing est souvent vu comme une technique « sale », un truc honteux. Je le vois comme un outil. Il peut être dévoyé, comme tous les outils. Il peut aussi être utilisé à des fins utiles.

La question centrale est celle de la manipulation. Je considère que la manipulation commence lorsque les finalités sont dissimulées. Lorsque des industriels de l’eau en bouteille financent un reportage critique sur la qualité de l’eau du robinet, et que ce reportage est présenté comme une information vers le public, c’est de la manipulation. Utiliser des techniques marketing pour promouvoir les éoliennes sans jamais cacher le but de développement des énergies renouvelables, c’est de la persuasion.

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2013-031- La prospective et le storytelling, des outils incontournables pour la communication politique

Mon précédent article a eu un petit succès, selon les chiffres habituels de ce blog. Sa rediffusion via Twitter y a beaucoup contribué. Je pense que le choix du format y est aussi pour beaucoup. Un récit imaginant le futur permet de montrer facilement les perspectives autour d’un sujet.

C’est justement ce que je reproche à l’écologie politique. La critique du modèle capitaliste actuel y est très développée. Mais les alternatives proposées sont invisibles, ou du moins réduites à quelques détails. Il faut plus de transports en commun et moins de déplacements inutiles. Il faut produire localement et arrêter d’importer des milliards de tonnes de produits inutiles d’Asie.
Mais les opposants à ces projets ont bien mieux réussi à créer un futur imaginaire en conséquence. Six mots : « Vous voulez revenir à la bougie« .

C’est là qu’est le vrai combat médiatique pour faire progresser l’écologie. Dans la représentation du futur qu’elle promet.

La défense de la biodiversité est incompréhensible sans une bonne histoire. Ou du moins, une histoire meilleure que « Nous voulons construire une autoroute pour vous faciliter la vie, mais ces cinglés d’écolos refusent parce qu’ils préfèrent des crapeaux tous verruqueux« .

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73 – Fabricants de mort : comment s’en passer ?

Mon article d’hier a donné lieu à d’intéressantes réactions.
Brodeuse du phare expliquait que

son bien-être, ainsi que la vitalité économique et sociale de son département, dépendaient principalement de l’industrie nucléaire, que ce soit via la centrale de Flamanville, le site de retraitement de la Hague, ou les sous-marins nucléaires de la DCN. Elle ajoutait aussi que l’énergie devait bien être produite d’une manière ou d’une autre, et qu’il en faudrait toujours plus. Quitte à importer du nucléaire, autant produire l’électricité chez nous.

Stéphane Gallay m’a coupé l’herbe sous le pied

en lui répondant sèchement que la création d’emplois pesait peu face aux méfaits du nucléaire.

Brodeuse du phare ne s’est pas démontée – ce qui ne me surprend pas – et a conclu sur

“Je dis juste que financièrement parlant, en ce qui me concerne, sortir du nucléaire, ça craint du boudin.”

Et c’est bien là un des nœuds du problème, qu’il est certes facile d’envoyer bouler d’un “c’est vraiment trop nul de placer son intérêt personnel devant celui de la planète entière”. Il est plus difficile de s’atteler au démontage des arguments, c’est pourquoi je vais, devant vos yeux ébahis, tenter cet exploit.

Ce que Brodeuse du phare dit, il y a des dizaines de milliers de familles qui le diront aussi, et on ne pourra pas les ignorer comme étant “des masses rétrogrades”. Seulement, essayons de nous projeter dans leur avenir. Par exemple, en comparant avec la situation des milliers d’ingénieurs japonais qui faisaient vivre leurs familles grâce à leur salaire.

Posons les bases de notre prospective :

  • Three Mile Island, c’était un accident de jeunesse, une des premières centrales nucléaires.
  • Tchernobyl, c’était un accident communiste, ces gens-là n’étaient pas comme nous. Ils étaient tellement nombreux que s’auto-massacrer par centaines de milliers ne les inquiétaient pas.
  • Fukushima, c’était… eh bien, c’était un accident dans un pays technologiquement très avancé, où le principe de précaution rigoureusement appliqué permet à leurs gratte-ciel de résister à de violents tremblements de terre. On peut difficilement les taxer d’être des guignols imprudents.

Donc, sachant qu’il y a encore de nombreuses centrales dans le monde, exploitées par des ingénieurs moins performants, il y aura d’autres accidents. Et il est tout à fait envisageable que l’un d’entre eux ait lieu en France.
On pourra alors s’attendre aux mêmes conséquences qu’au Japon : arrêt d’urgence de toutes les centrales, et ce pour une durée qui tendra à s’allonger avec le temps. Parce qu’aujourd’hui, il est possible de se prétendre meilleur que les autres. Après la première explosion, ce sera devenu impossible.
Face à cette probabilité, que vaut-il mieux choisir, même lorsque l’on est ingénieur à Flamanville ?

  • Un arrêt brutal, probablement définitif ?
  • Ou un arrêt programmé, lent, et qui continuera d’occuper des centaines de milliers de salariés pour démonter les centrales ?

Il suffit d’écouter cet épisode de Là-bas si j’y suis, intitulé Bienvenue à la centrale nucléaire, pour réaliser que le démantèlement des centrales prendra un temps considérable – tellement considérable qu’on n’a pas encore réussi à démanteler UNE SEULE CENTRALE – et nécessitera une main d’œuvre nombreuse, à la fois très qualifiée ou pas qualifiée du tout.

Si l’on ajoute à ce paysage possible, tous les emplois dans les énergies renouvelables (notamment pour des centrales marémotrices où un certain nombre de compétences de construction doivent être communes avec les sous-marins), il y aurait de quoi faire pour tout le monde.

Bref, chère Brodeuse, tu peux cesser de défendre le nucléaire pour être sûre de nourrir tes enfants. Et j’espère avoir réussi à te convaincre, sans tomber dans le catastrophisme ni la dramatisation facile à base de “tu seras bien avancée que ton mari ait un boulot quand tes enfants auront un cancer à 8 ans, et que, comme à Nagazaki et Fukushima, personne ne voudra faire d’enfants avec eux”. Je l’ai dit ? Ah, zut, je l’ai dit.

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72 – Fabricants de mort

Lorsque j’ai écrit l’haïku d’hier, je n’avais pas d’arrière-pensée. C’est en entendant une série de haïkus écrits par des japonais après Fukushima que j’ai fait le rapprochement. Mon subconscient serait-il plus malin que moi ? (Et si oui, dois-je lui laisser la main plus souvent ? Mais comment ?)

Ce sordide anniversaire doit servir à ouvrir les yeux. Si les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl n’ont pas suffi, en faudra-t-il un quatrième (à Fessenheim ?) pour enfin ouvrir les yeux de notre futur président ?
Je salue ici le travail d’associations comme Sortir du nucléaire et Greenpeace, qui luttent au quotidien pour que le nucléaire sorte enfin de nos vies. J’en profite pour tirer mon chapeau aux militants qui ont démontré tout le sérieux de la « sécurité » des installations. Leur relaxe est une excellente nouvelle.
Mais j’ai toujours du mal avec les « anti ». On ne peut pas construire un programme uniquement en opposition : ça ouvre la porte à tous ceux qui répondront qu’il n’y a pas d’alternative. J’aime donc encore plus ceux qui critiquent tout en amenant une solution, comme l’association Negawatt.

Et en face ?

En face, les défenseurs du nucléaire ne reculent devant rien.

Vous trouverez chez terraeco une analyse détaillée des symboles pernicieux qui composent cette publicité. (merci pour le lien, Franck !)

Les mots ont un sens

J’ai peur de me répéter, mais les mots ont un sens. Et ceux qui sont martelés par des responsables politiques au pouvoir : les centrales nucléaires sont sécurisées, les centrales nucléaires produisent de l’énergie à un coût imbattable, les centrales nucléaires donnent un travail à des milliers de gens, les centrales nucléaires garantissent l’indépendance énergétique de la France.

A Caen au mois de février, Eva Joly a rappelé la nullité de ces trois arguments.

Enfin, j’ai appris ce matin que Hayao Miyazaki travaille sur un film qui s’inspirera de Fukushima. Je préférerais que ce génie puisse consacrer son temps à des projets plus enthousiasmants…

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