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106 – Nous vivons de plus en plus vieux. Il faut donc baisser l’âge de la retraite.

Ça a l’air bête, hein ?

L’erreur paraît évidente : puisque nous vivons de plus en plus vieux, il faut forcément reculer l’âge de la retraite !

On ne peut pas continuer avec notre système vieux de 67 ans, qui date d’une autre époque, où la pyramide des âges était totalement différente, c’est d’une limpidité indiscutable !

Cette affirmation, martelée par notre gouvernement, est pourtant triplement fausse.

Historiquement

La mise en place de la retraite par répartition en 1945 avait pour conséquence que 4 actifs payaient pour 1 retraité. Depuis, nous sommes passés à 2 actifs qui financent 1 retraité. L’espérance de vie n’a fait qu’augmenter depuis. On peut donc dire que l’évolution actuelle n’a rien de neuf, et n’a pas posé de problème particulier.

Financièrement

Mais comment est-ce possible ? Tout simplement parce que notre pays n’a jamais produit autant de richesses, globalement ET par habitant. Notre productivité a considérablement augmenté durant le XXe siècle, et  La France est donc en position de subvenir à tous les besoins de ses habitants, qu’ils soient actifs ou retraités. Nous ne sommes pas face à une question de réalité ou pas. Nous sommes face à une question de choix politique.

Équitablement

Enfin, l’utilisation de l’âge moyen du décès comme référence est une simplification criminelle. Oui, nous mourrons de plus en plus vieux (et tant que nous sommes en bonne santé, tant mieux). Mais tous les français ne sont pas égaux devant la mort.

Selon l’INSEE, pour la période 2000-2008, un homme de 35 ans avait devant lui 40,9 années devant lui, s’il était ouvrier. Donc un décès vers 75,9 ans. Un homme cadre, lui, mourra en moyenne à 82,2 ans.

Dans l’hypothèse d’un départ en retraite pour les deux à 65 ans, l’homme ouvrier aura 10,9 années de retraite. L’homme cadre aura 17,2. Reculer l’âge de la retraite d’un an, c’est diminuer la retraite des hommes ouvriers de 9%. Et celle des hommes cadres de 6%. Reculer d’une année l’âge de la retraite, pour tous, c’est tout sauf une solution équitable.

Je n’ai pas abordé la questions de l’espérance de vie en bonne santé (la retraite, oui, mais sans cancer, c’est mieux), de la différence homme-femme, ni du recul du nombre d’années cotisées (ben oui, le chômage vient mettre à bas une bonne partie du dispositif).

En conclusion, « il faut reculer l’âge de la retraite parce que l’espérance de vie recule » est une phrase aussi réductrice, simpliste et fausse que « travailler plus pour gagner plus« .

Et vous ? Avant de lire cet article, pensiez-vous que l’augmentation de l’espérance de vie justifiait le recul de l’âge de la retraite ?

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99 – La rage contre Pôle Emploi : plan de bataille contre un putain de moulin à vent

Je suis chômeur indemnisé depuis mai 2011.
Et aujourd’hui, je déclare la guerre à Pôle Emploi.
Ce n’est pas une lubie, ni un coup de tête.
Mes attentes envers ce service public étaient jusqu’à présent raisonnables. Voire vaguement désabusées, habitué que je suis à une ambiance de dysfonctionnement léger et permanent. Ambiance partagée par d’autres administrations publiques, telles la CPAM et la CAF.
Mais là, la goutte d’eau a fait déborder la rate au cours-bouillon.
Je risque de perdre 9 mois d’indemnisation sur les 24 auxquels mes 10 années d’activité salariée me donnaient droit.

Rapide résumé (j’allais écrire « bref résumé », mais « bref » est devenu un mot à employer avec parcimonie)
Je suis autoentrepreneur depuis septembre 2009.
En CDD de janvier 2010 à avril 2011, j’ai cessé mon activité d’autoentrepreneur, sans pour autant me désinscrire.
En mai 2011, je m’inscris à Pôle Emploi, à la fin de mon CDD.
De mai 2011 à mars 2012, les 7 conseillers que je rencontre sont unanimes : tant que mon chiffre d’affaires d’autoentrepreneur est nul, je suis un chômeur comme les autres.
Jusqu’à cette 8e conseillère, qui m’a annoncé jeudi dernier que, puisque j’avais le statut autoentrepreneur depuis le début de mon indemnisation, j’étais en situation de cumul depuis 10 mois.

Oui oui, je ne gagne pas un centime d’euros, mais je cumule…

Devant cette annonce, qui peut me faire perdre 9 mois de droits à indemnisation, j’ai eu un coup de chaud pendant mon entretien. Heureusement que je suis d’un naturel pacifique…

Je me suis contenté de gueuler, et de claquer une porte violemment. Mais comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus de réactions violentes ? Seraient-elles dissimulées par la direction de Pôle Emploi ?

A qui la faute ?

Ce que je trouve particulièrement injuste, c’est qu’en étant prévenu dès le mois de mai, j’aurais stoppé mon activité d’autoentrepreneur, qui ne me rapportait rien. La responsabilité de la situation relève exclusivement de Pôle Emploi, et de ses conseillers mal formés et surchargés.

Casus Belli

Devant mon état d’agitation, le responsable du service m’a proposé d’écrire mon courrier de réclamation « au calme ». Ce que j’ai fait, dans une salle de réunion placée en plein milieu des clapiers où les chômeurs viennent passer leurs entretiens.

Du coup, quand j’ai lancé à fond la bande originale de The Shield (note : faire un article sur The Shield), qu’on peut qualifier de hard-rock latino (note : ne pas faire d’article sur le hard-rock latino), ça a créé comme une petite surprise…

Une conseillère :  « Vous pouvez baisser le son ? »

Moi : « Non. Voyez ça avec votre direction. »

La conseillère : « Je vais fermer les portes alors. »

Moi : « Faites. »

J’ai alors mis le son à fond.

Le responsable du service est revenu : « Pensez aux autres, baissez le son s’il vous plaît. »

Moi : « Je mets la musique pour décompresser et ne pas avoir de réaction violente. Cette musique, c’est la solution la plus calme. Voyez ça comme l’alternative la moins pire. »

Il est reparti.

La directrice du centre Pôle Emploi est venue. Et m’a gentiment demandé de couper la musique. Ce que j’ai fait, pensant qu’elle resterait pour découvrir mon cas.

Elle ne l’a pas fait, elle devait partir.

Histoire de changer, je me suis mis à chanter.

J’avais pas ma guitare, hein. J’ai pas trouvé de version a capella sur youtube. Note pour plus tard : amener une guitare à Pôle Emploi.

J’ai fini d’écrire mon courrier, je l’ai donné au responsable du service, et je suis rentré chez moi.

Mais pas sans vérifier auprès de quelques conseillers Pôle Emploi : ils m’ont tous confirmé que, selon eux, le cumul n’avait lieu que quand il y avait des revenus. Ce qui est vraiment inquiétant, à la fois sur leur niveau de formation, et sur leur capacité à expliquer des trucs faux à ceux qu’ils doivent « conseiller ».

Plan de bataille

Voilà où j’en suis. J’attends la réponse du Pôle Emploi régional. Mais je ne compte pas le faire sagement assis chez moi. J’ai quelques idées pour accélérer les choses.

  • J’ai rendez-vous avec un avocat le 20 avril.
  • Je vais contacter une association de chômeurs.
  • Dès mardi, je m’installe à résidence à Pôle Emploi, et je demanderai des nouvelles de mon dossier à l’accueil toutes les 30 minutes.
  • La guitare, je la garderai pour plus tard, si ça n’avance pas.

Toute suggestion d’initiative susceptible d’attirer l’attention, de manière humoristique ou au moins sympathique pour les agents, est la bienvenue.

Avez-vous des idées pour que je sois encore plus pénible, sans aller jusqu’à me faire embarquer par les flics ?

Allez, brainstorming !

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78 – Les français sont des veaux. Oui, même vous.

Je vous disais hier que notre pays n’avait plus que l’apparence d’une démocratie. Nous sommes, dans les faits, dans un système d’oligarchie. Bien sûr, c’est plus facile à admettre lorsque l’on parle d’un autre pays. Prenez la Russie. Un président et un premier ministre qui s’échangent les rôles à intervalles réguliers, ça ne fait pas très sérieux. On n’en est pas là chez nous, hein. Hein ?

Revenons sur un point précis de l’article de Yovan Menkevick, Oligarchie 2012 : welcome to the Matrix, les sondages.

Dans ce monde, les élections n’ont aucun enjeu véritable : les entreprises de sondages qui appartiennent à l’oligarchie entraînent les foules à voter pour des politiciens mesurés (des acteurs mineurs de l’oligarchie), qui savent composer avec les véritables acteurs majeurs de cette oligarchie qui détient à elle seule 90% des outils de production de richesse du pays.

Ce point résonne douloureusement avec cet autre article, de Yovan Menkevick (encore !), Présidentielle : pas la peine d’aller voter.

Imaginez un instant une société sans sondages politiques des intentions de vote. Avec comme seul et logique repère, les débats politiques, les déclarations d’intention des candidats, les programmes. Si vous ne saviez pas que Nicolas S. est à 26% ou 28%, que vous n’aviez comme repère que son discours, son bilan de président sortant ? Et mieux, si les propositions de changement de système de certains candidats qui emballent toute une partie de la population, épuisée par la crise, n’étaient pas créditées d’intentions de vote ?

Les mathématiques le disent, les sondages, c’est de la daube.

Il était une fois un petit village. 450 habitants, 360 électeurs, 280 votants. Lors des élections municipales, deux listes sont en lice. Lors du dépouillement, le soir du premier tour, la liste sortante était en tête. Une fois les 140 premiers bulletins ouverts, ils gagnaient haut la main. Si l’on avait fait un sondage auprès de la moitié des habitants, le résultat aurait donc été « victoire des sortants ».

Sauf que, le résultat réel, celui correspondant à 100% des sondés/votants, c’était « victoire de l’opposition ». L’on voit donc qu’un sondage auprès de 50% de la population concernée peut tout à fait se planter. Et encore, nous parlons de bulletins réels. Il y a une grosse différence entre le vote que l’on admet auprès d’un sondeur, et le bulletin que l’on met dans l’urne…

Comment peut-on faire confiance à un sondeur qui, après avoir interrogé 1 000 français, prétend en tirer des conclusions sur ce que pensent 60 000 000 de français ??

S’il y en a qui me répondent « mais, et la méthode des quotas ? », je les renvoie au coin. Les critères de sélection des-dits quotas introduisent tellement de biais que, sur un échantillon aussi faible, les quotas ne peuvent pas faire mieux qu’une sélection aléatoire. Surtout que les sondeurs reconnaissent tout à fait leurs bidouilles des résultats bruts. Parce que leur soi-disant méthode scientifique se plante trop souvent.

Les JOURNALISTES QUI RÉPÈTENT LES SONDAGES le disent, les sondages, c’est de la daube.

Un article intéressant sur le site arretsurimage.net : Marges d’erreur : Duhamel ne veut pas « dévaloriser » l’info

Quand les sondeurs reconnaissent des marges d’erreurs allant jusqu’à 6%, la déontologie journalistique devrait inciter tout journaliste qui se respecte à le dire clairement, avant même de répéter le score du sondeur.

Je ne vois pas comment interpréter autrement le 3e devoir du journaliste : Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.

Que dit Alain Duhamel, journaliste célèbre ?

« Quand nous, on reçoit le rapport, pas simplement des chiffres sur une dépêche, […], ils indiquent quelles sont les marges d’erreur […] Il faut pas qu’on soit hypocrites, ni vous, ni Jean-Michel, ni moi. Pourquoi est-ce qu’on ne le dit pas ? C’est parce que si vous dites « Tiens, X ou Y gagne ou perd 2 points », mais qu’à la phrase d’après vous dites « mais à 2 points et demi près, ça ne veut rien dire », autant ne pas en parler. On ne va pas dévaloriser chaque nouvelle qu’on donne. »

Il n’y a pas d’autre interprétation possible : Alain Duhamel se torche avec la charte de la déontologie journalistique. Il répète tous les sondages en sachant pertinemment qu’ils ne représentent rien. La (trop triste) alternative serait de faire un travail de journaliste sur le fond, au lieu de contenter des idées prémâchées des instituts de sondage. C’est vrai que ça fait moins envie…

Les solutions ?

C’est pas compliqué : au minimum, arrêter de lire, mentionner ou commenter toute intervention écrite ou orale basée sur un sondage (et renvoyer vos interlocuteurs à cet article). Se moquer de tout prétendu journaliste qui fait de même.

Politiquement, se positionner pour une limitation des sondages, par exemple interdire de parler d’un sondage sans mentionner sa marge d’erreur.

La solution idéale, c’est l’interdiction pure et simple des sondages présentant une marge d’erreur supérieure à 1%. Le chiffre vous paraît faible ? Imagineriez-vous un fabricant de voitures dont plus d’une voiture sur cent serait totalement défectueuse ? Ou un journaliste qui plus d’une fois sur cent annoncerait une nouvelle totalement fausse ?

PS : pour calmer la fièvre sondagière, on peut toujours espérer qu’Anticor parvienne à faire condamner quelques ministres. Ce serait toujours ça d’argent public récupéré.

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70 – Les méthodes (pas trop) cachées du chef

Nous avons vu il y a trois semaines une des méthodes de notre gouvernement actuel : maintenir un état d’urgence, de crise, de choc.

Mais comment font-ils, pour maintenir cet état ?

Vous voulez savoir qui a raison ? Mais je vais vous le dire !

D’une part, des méthodes pas très récentes, issues de l’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer :

Extraits choisis :

32. Faire une association dégradante
Nous pouvons rapidement éliminer ou du moins rendre suspecte une affirmation de l’adversaire opposée à la nôtre en la rangeant dans une catégorie exécrable, pour peu qu’elle s’y rattache par similitude ou même très vaguement.

Exemple totalement imaginaire : « Êtes-vous du côté des voyous ou du côté des victimes ? Moi, je suis du côté des victimes. »

Et ainsi de suite, pour soutenir une atmosphère de conflit permanent. L’État est en guerre contre tout :  les les immigrés profiteurs, voyous, les chômeurs feignants, etc. A tel point que l’intervention de l’armée dans les banlieues est déjà planifiée, comme l’indiquait Fabrice Epelboin sur reflets.info il y a quelques jours.

Papy, raconte-moi une histoire.

D’autre part, des méthodes bien plus récentes, directement tirées des méthodes de storytelling des marketeux américains. Pour en savoir plus, emparez-vous vite de ce livre de Christian Salmon : « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits« .

Au travers de nombreux exemples, Christian Salmon explique pourquoi et comment les communicants de la planète entière se sont tournés vers le storytelling pour améliorer leurs performances. Si vous avez la flemme de lire un livre de plus, voici une alternative : lisez l’excellent blog de Frank Plasse intitulé « storytelling, une autre communication« .

Et notamment sa série de billets, « storytelling, pourquoi ça marche« . 4 parties : 1, 2, 3 et 4

En passant, Franck est un parfait exemple de quelqu’un de bizarre : rôliste – auteur – éditeur, il est aussi père de famille, prof de communication et directeur de cabinet d’un maire de la banlieue parisienne.

Ajout du 11/03/2012 : Franck propose une version condensée ici. Voyez ça comme une mise en bouche à consommer avant sa série.

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5e interruption des programmes : assistons-nous à un sabotage ?

Il paraît que notre premier menteur nous déclarera sa flamme demain. Soit, j’ai une série d’articles qui n’attendait que lui. Mais je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ce point de vue de Thierry Desjardins.

Selon lui, loin des stratégies machiavéliques et des stratégies masochistes, nous assisterions tout simplement à un auto-sabotage. Les arguments qui accompagnent cette théorie sont assez pertinents, qu’en pensez-vous ?

 

PS: merci à Daniel Schneidermann pour l’article.

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