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Colère [#fiction #nouvelle] 

La colère bouillonnait en elle. Ses mains se crispaient le long de son corps. Pas encore d’envie de meurtre, mais tous ses instincts de primate brutal s’étaient réveillés :

Les poils hérissés sur toute sa peau.

L’adrénaline dans ses veines.

Les yeux fixés sur sa proie.

Le cœur en accélération.

Elle tenta de respirer à fond, mais ne réussit qu’à sentir la terreur de la femme en face.

« Comment ça, mon indemnisation Pôle Emploi ne durera que 13 mois et pas 24 ?« 

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Entretien [#fiction #nouvelle] 

– Bonjour, asseyez-vous.

– Bonjour madame Noss. Merci.

Je m’assois sur la chaise à roulettes face à son bureau. Elle me sourit. Est-ce son sourire sincère, ou seulement une façade ?

– Merci d’avoir répondu à mon annonce, monsieur Van Hofl. Avant que nous ne commencions, j’ai besoin de votre accord pour lancer l’enregistrement vidéo. Avez-vous une objection ?

– … C’est à dire que, je ne m’y attendais pas. Vous pensez, enfin, est-ce vraiment nécessaire ?

– Si je demande votre accord, c’est que vous pouvez refuser, bien sûr.

Question piège. Je peux refuser, et je peux être éjecté immédiatement. Ou peut-être que le test vise à mesurer si je suis plutôt obéissant ou capable de m’opposer. Son sourire est figé. Rien à lire de ce côté-là. Allons-y pour une résistance bien élevée.

– Je pense que vos notes et vos impressions seront bien suffisantes pour juger de ma candidature. À moins que cet enregistrement vidéo n’ait d’autres finalités que mon recrutement ?

Elle se penche sur sa montre.

– Douze secondes avant de répondre. Un délai plutôt long pour vous déterminer, et vous vous opposez quand même. Intéressant. Pour être honnête avec vous, mon expérience m’a enseigné que les hésitants finissent plutôt par accepter l’enregistrement.

– Qui vous dit que je n’aurais pas accepté, avec de bonnes raisons ?

– C’est vrai. Trêve de bavardages, commençons. Question classique, qu’est-ce qui vous a intéressé dans mon annonce ?

– Eh bien, madame Noss, à mon tour d’être honnête j’ai d’abord cru à une plaisanterie. Et puis j’ai réalisé que déposer ma candidature était un risque à prendre. Que votre jeu en valait la chandelle, si vous me permettez l’expression. Je suis donc ici, intéressé par le poste que vous offrez. S’il existe, bien sûr.

Voilà, j’ai lancé ma première pique. Un peu brutale, peut-être. Mais autant être fixé d’entrée de jeu.

– Bonne entrée en matière, monsieur Van Hofl. Le poste proposé existe, je vous le confirme. Ce qui m’amène à la deuxième question, tout aussi classique : en quoi pensez-vous correspondre aux besoins exprimés dans l’annonce ?

Enfin dans le vif du sujet. Il est temps de convaincre cette recruteuse froide, mais intrigante.

– Version courte, madame Noss, je pense correspondre en tous points. Vous ne vous contenterez pas d’une affirmation péremptoire, je vais donc développer. Vous cherchez avant tout quelqu’un de fiable…

Son sourcil droit se hausse brusquement.

– … même si vous ne l’avez pas écrit dans votre annonce. Cependant, sans fiabilité, aucune des qualités listées n’a de sens. Vous demandez quelqu’un de passionné par vos projets, mais à quoi vous servirait une passion inconstante ? Vous attendez aussi une forte capacité de travail. Si le manque de fiabilité vous oblige à tout contrôler ensuite, quel intérêt ?

– Admettons. Ma question portait sur vos capacités propres, pas sur votre lecture de l’annonce. Je goûte assez peu les gens qui répondent à une question par une autre question.

– Je comprends. Voici donc ma réponse : je suis très fiable, parce que je ne supporte pas d’être en tort.

– Peu de gens supportent d’être en tort. La solution la plus couramment employée pour cacher ses torts est le mensonge. Seriez-vous un menteur, monsieur Van Hofl ?

Chercherait-elle à me provoquer ? Technique de déstabilisation classique, mais un peu facile.

– Je n’ai pas dit qu’être pris en faute par quelqu’un m’insupportait. Être en tort m’insupporte personnellement, quel que soit l’avis des autres.

La réponse semble lui convenir. L’entretien se poursuit de manière plus classique. J’expose mon parcours. Famille, études, emplois, tout y passe. Elle ne laisse rien au hasard. Je mets en avant les anecdotes amusantes, sans oublier quelques erreurs pour ne pas tomber dans l’autobiographie ronflante. Elle ponctue le tout de questions pertinentes, tout en cherchant les failles qui mettraient par terre ma belle histoire. C’est de bonne guerre.

Vient ensuite le moment de mes questions. Je l’interroge sur son propre parcours, sur les causes multiples de ce recrutement, notamment sur le départ du précédent occupant du poste. Incompatibilité d’humeur. Soit. De toute façon, je n’ai que son point de vue à elle, et je ne vais pas le rechercher lui pour entendre sa version. Elle ne le dénigre pas, et ça c’est le principal.

Enfin, la conversation se met à ralentir, à tourner un peu en boucle. Nous avons visiblement fait le tour. Pas moyen de savoir si elle est convaincue, ou lassée.

– Une dernière question, pratique cette fois : sous quel délai êtes-vous disponible, monsieur Van Hofl ?

Ça, c’est plutôt positif. Un candidat recalé, on se fout du temps qu’il mettrait à arriver. Je connais le discours par cœur : on vous rappellera !

– Eh bien, dans l’hypothèse où vous me feriez une offre intéressante, je suis libre de tout autre engagement de ce type. Me permettrez-vous une question à mon tour ?

– Faites, monsieur Van Hofl.

– Pourquoi diable faites-vous passer des entretiens de recrutement à votre futur mari ?

– Simple : nos sociétés modernes ont abandonné la plupart de leurs rituels. Plus de passage à l’âge adulte à part le permis de conduire. Plus de rituels tribaux de séduction. J’ai donc choisi d’utiliser un rituel que tout le monde connaît : l’entretien d’embauche. Le cadre est connu, le rôle des acteurs aussi, on peut se concentrer sur l’essentiel au lieu de tâtonner.

– Ne craignez-vous pas de perdre un peu en spontanéité ? En surprise ?

– Vous plaisantez ? Si on m’avait dit il y a dix ans, ou même cinq, que j’en viendrais à de tels manœuvres pour rencontrer quelqu’un, je me serais moquée de mon interlocuteur. L’être humain est très doué pour se donner l’impression de vivre des journées semblables, répétitives. Alors qu’en fait, il ne vit que changement sur changement. Regardez-vous : vous venez de passer votre premier entretien d’embauche marital. N’avez-vous pas été surpris ?

– C’est vrai. Votre démarche est intéressante. Elle me paraît pourtant déséquilibrée : un mariage est un partenariat, pas une relation hiérarchique. Enfin, seulement depuis que l’égalité entre femmes et hommes est dans la loi. C’était bien différent dans les années 60, quand les femmes devaient demander l’autorisation de leur mari pour avoir un compte en banque ou pour travailler. Heureusement, c’est fini. Donc, afin d’équilibrer les choses, il me semble logique de vous faire passer à mon tour un entretien d’embauche.

– Monsieur Van Hofl, vous êtes le premier postulant à me faire une telle proposition. Que disiez-vous au sujet du manque de surprises ?

– Et vous, que disiez-vous au sujet des gens qui répondent à une question par une autre question ?

– Touchée ! J’accepte avec plaisir. Contactez mon secrétaire pour convenir d’un rendez-vous.

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2014-070 – L’écriture, la face obscure de l’éducation française

Le ministre de l’éducation a annoncé la possibilité d’apprendre à coder à l’école primaire dès la rentrée. C’est marrant, il me semblait qu’un autre ministre avait déjà eu cette idée il y a 30 ans. Même qu’un paquet d’écoles ont été équipées avec un nano-réseau de MO5. Même qu’on pouvait programmer en LOGO dessus, et que c’était plutôt sympa. Il est certain que mon intérêt pour l’informatique a bénéficié de ces initiations précoces. Mais est-ce si important ?

Le journal Next Inpact a eu l’excellente idée de demander son avis à mon ami Benjamin Bayart. Sa réponse m’a autant surpris qu’enchanté.

Il y a besoin que les gens comprennent la programmation quand on veut fabriquer des programmes. Le rôle de l’école n’est pas forcément de former des professionnels. Quand on cherche à former des citoyens épanouis, la programmation n’est pas un enjeu significatif.

Aujourd’hui encore, on apprend aux enfants à écrire dans un contexte qui n’est pas fait pour être lu. On leur apprend à écrire pour répondre à la question du prof, et ils ne s’attendent pas à être lus par quelqu’un d’autre que le prof. Or s’exprimer en public, c’est quelque chose de très particulier. Et le moindre post Facebook, le moindre billet de blog, le moindre commentaire est une expression. Et ça, ça joue un rôle-clé dans la vie future des citoyens. Ça demande de la préparation, ça demande à y être entraîné. Je trouve qu’il y a un enjeu beaucoup plus fort sur le fonctionnement de la société à apprendre aux gamins à s’exprimer en public qu’à leur apprendre trois lignes de programmation.

Je ne dis pas qu’il faut enseigner l’informatique à personne, je dis que ce n’est pas urgent. Que les gamins doivent apprendre le code, c’est exactement comme une initiation à n’importe quoi d’autre : c’est intéressant d’en avoir vu, mais pas plus.

[…]

Les problèmes qui se posent sont beaucoup plus fondamentaux. S’exprimer en public est quelque chose de compliqué, qu’on ne peut pas apprendre tout seul en bricolant sur un logiciel. Ça, c’est un boulot de prof de français, de prof de philo, ça peut s’apprendre tout petit… Savoir qu’on ne dit pas la même chose sur Facebook devant tout le monde que ce qu’on dit dans la cour de récré ou entre copains, ça s’apprend. Et ça me parait être un enjeu beaucoup plus structurant que le fait de savoir écrire dix lignes de HTML.

Mais après ce que je vous avais dit sur l’importance d’écrire, ça ne doit pas vous surprendre, si ?

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2014-059 – [invité] [Thomas Munier] Sourire à la peur

J’étais déjà tombé sur le blog de Thomas Munier, sans prêter d’attention particulière à son auteur. C’est en découvrant la publication de Inflorenza que j’ai eu un coup de cœur. Pas pour l’univers de jeu qui ne me touche pas particulièrement, mais pour le considérable travail pour faire coller les règles à l’ambiance recherchée. S’il est nécessaire de le rappeler, les règles comptent. Ensuite, c’est le mode de commercialisation qui m’a parlé. Les règles sont en téléchargement libre, les règles illustrées en paiement « libre », le livre imprimé sur lulu.com à 18€, et enfin le livre imprimé et relié par l’auteur, à nouveau en prix libre. Ce choix de commercialisation innovant est en accord avec mes recommandations sur l’indispensable expérimentation pour renouveler le financement de la culture.

J’ai envoyé un message à Thomas, qui m’a dit être fan de mon blog et m’a proposé un article invité. En cette période de calme, c’est particulièrement bienvenu !
Voici donc sa présentation, et son article.


Thomas Munier anime le blog Outsider sur la créativité et les folklores personnels. Il est aussi auteur de romans (La Guerre en Silence), de nouvelles (Glossôs) et de jeux de rôles (Millevaux, Inflorenza, S’échapper des Faubourgs, Marins de Bretagne). Malgré son penchant pour l’horreur, il a peur de beaucoup de choses, mais il tente d’en sourire.

Nous avons tous des peurs.

La peur nous empêche d’être créatif. En matière de créativité, ce qui compte n’est pas la technique, le don, ni même le travail. Ce qui compte, c’est d’avoir envie, c’est d’oser.
Cette peur coupe nos envies et nos audaces comme le vertige peut nous couper les jambes. Peur d’aborder un nouveau média sans connaissances préalables, peur de commencer une œuvre sans être sûr de la terminer, peur de briser les codes, peur de choquer, peur d’être incompris, peur d’être ridicule, peur de décevoir, peur de l’indifférence, peur de se lancer dans une carrière créative à plein temps.

On ne peut pas annuler nos peurs. Ou du moins, c’est très difficile et ce n’est pas forcément souhaitable. Car la peur peut être une précieuse information.

On peut apprendre à ne plus fuir la source de nos peurs. À marcher aux côtés de la peur. À lui sourire. Pour cela, il suffit de faire un premier essai, le plus petit essai possible, la plus petite seconde à sourire à la peur au lieu de fuir, un essai qui paraît tellement sans conséquence qu’il vous est impossible de vous y dérober.

Tiens, si j’essayais ça ? Si la page blanche nous fait peur, juste y écrire un mot. Avec le sourire. Si l’originalité nous fait peur, juste concevoir une idée incongrue. Avec le sourire. Si l’avenir nous fait peur, juste se concentrer sur l’œuvre au présent, une seconde. Avec le sourire.

Quand on sourit à la peur, quand on se lance malgré le vertige, quand on se lance aux côtés du vertige, ce vieil ami qui nous connaît si bien, on s’expose à une telle joie !

Commencer à coudre un costume épique, juste une manche. Lire une page internet sur la rupture conventionnelle de contrat. Fabriquer son premier livre artisanal.

La peur nous a permis de nous préparer. Il y a des harnais de sécurité, il y a des personnes qui nous accompagnent, il y a des parachutes, et c’est juste un saut, après on retourne sur le plancher des vaches. On a jaugé les conséquences. Si je saute, et alors ? Qu’est-ce qui peut bien arriver de si grave ? Et même si je suis blessé, ce qui n’est pas si probable vu les précautions que j’ai prises, est-ce que ça ne vaut pas le coup d’essayer ? Au pire, j’en guérirai. Au pire, je continuerai à vivre avec cette blessure, et à sourire à d’autres peurs.

Et puis le grand saut. Se lancer dans le vide, avec un sourire féroce aux lèvres, et apprécier cette peur si grande qu’elle se transforme en joie.

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2014-058 – Dis, quand reviendras-tu ?

Dis, au moins le sais-tu ?
Eh bien, eh bien, eh bien…
C’est très silencieux ici.
On peut même y constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
En mai 2012, c’est la campagne électorale législative qui a pulvérisé mon rythme d’un article par jour.
Cette année, ce sont les municipales, qui ont commencé à entamer mon rythme. Étrangement, le (pseudo) remaniement ministériel m’offre une pause : l’Assemblée nationale avait suspendu ses travaux durant cinq semaines, c’est donc une sixième semaine à activité réduite qui s’annonce.
Mais les élections européennes s’annoncent intenses, et auront par ricochet une grande influence sur mon avenir professionnel. Je vais être très subtil en vous annonçant ma préférence : il nous faut un New Deal français et européen 🙂
En conclusion, sachez que je continue d’écrire, mais que je n’ai pas suffisamment de temps pour peaufiner mes articles. Ils arriveront donc au compte-gouttes jusqu’à fin mai.

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