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2014-006 – Pourquoi écrire (un blog) ?

J’ai conseillé à une amie d’écrire un blog à propos de ses expériences professionnelles. Elle m’a répondu qu’elle ne voyait pas l’intérêt.
J’ai quelques réflexions à ce sujet, après deux années d’écriture ici. Il y a probablement des centaines d’articles similaires, mais voici ma réponse.

1. Réfléchir à ce que l’on fait.

Pour écrire, il faut réfléchir à ce qu’on a fait (ou ce qu’on va faire). Ça s’appelle de la meta-réflexion, et c’est indispensable pour progresser.

2. Mieux écrire.

Le système scolaire français apprend à écrire, mais n’apprend pas l’envie d’écrire. Et sans envie, pas de progression. C’est Franck Lepage qui le dit, et il le dit avec beaucoup d’humour. Pire, l’écriture est un moyen courant de punition (« tu copieras 100 fois… »).
Mieux écrire, c’est améliorer sa communication. Ça s’apprend, j’en ai parlé ici.

3. Progresser professionnellement.

Depuis deux ans, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de reparler de sujets abordés sur ce blog. Avoir écrit mes idées m’a aidé à clarifier mon raisonnement.

4. Participer au bien commun.

Publier un article, c’est ajouter sa petite pierre au savoir de l’humanité. Une toute petite pierre, mais elles le sont quasiment toutes
Qui que vous soyez, l’humanité a dépensé des ressources considérables pour votre éducation. Et si vous commenciez à rembourser ?
J’entends déjà les râleurs : « Ouais, genre, tous les écrits auraient la même valeur, le monde se porterait mieux si XXX s’était abstenu de dire ses âneries, on ne peut pas être tous créatifs. »
Ben si, on peut tous être créatifs. Relisez « Même pas une fois« , pour votre peine.

5. Se confronter au monde.

Publier sur Internet, c’est l’assurance d’être lu. Et commenté. Et critiqué. Ce qui est bien. C’est ainsi que vous pourrez apprendre de vos erreurs. Soit parce que vous aviez tort, soit parce que votre expression n’était pas assez claire. Dans les deux cas, vous aurez appris quelque chose d’utile.
Si vous tombez sur un troll, vous apprendrez que la seule façon de s’en débarrasser, c’est de l’ignorer. Ce qui utile aussi !

6. Entrer en relation.

Avoir un blog, c’est entrer en contact avec des inconnus (et parfois même se montrer sous un autre jour à des connaissances).  Des gens tireront parti de vos écrits, et vous en seront reconnaissants (avec Flattr, ils peuvent même vous donner de l’argent. C’est un concept qui surprend souvent quand je l’explique. « Mais, ils ont lu ton blog gratuitement, et ensuite ils ont choisi de te donner de l’argent ? Pourquoi ? » Bon, Flattr n’est pas sans défauts, mais il est le meilleur outil dans sa catégorie.) Un blog est aussi une carte de visite et une vitrine envers d’éventuels recruteurs. Oui, ça dépend beaucoup de la chance. Mais ne pas en ouvrir un, c’est s’assurer de ne jamais être contacté. Toutes les histoires de réussite commencent avec un premier pas.

7. Make good art / Créez de bonnes œuvres.

Quoi qu’il arrive dans votre vie, vos écrits vous resteront. Ce sera votre création. Écrire est de l’art. Même sur des sujets techniques. C’est pour ça que c’est si dur. Même sur des sujets techniques. Et l’art change le créateur. En bien plus de façons qu’on ne peut l’imaginer.

Ce 7e point est une référence au somptueux discours « Make Good Art » prononcé par Neil Gaiman. Dont je vous parlerai plus longuement demain, cet article est déjà bien assez long !

En conclusion…

… Vous attendez quoi pour ouvrir votre blog ?

PS: chers lecteurs écrivaillons, n’hésitez pas à ajouter vos raisons en commentaire !

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2013-031- La prospective et le storytelling, des outils incontournables pour la communication politique

Mon précédent article a eu un petit succès, selon les chiffres habituels de ce blog. Sa rediffusion via Twitter y a beaucoup contribué. Je pense que le choix du format y est aussi pour beaucoup. Un récit imaginant le futur permet de montrer facilement les perspectives autour d’un sujet.

C’est justement ce que je reproche à l’écologie politique. La critique du modèle capitaliste actuel y est très développée. Mais les alternatives proposées sont invisibles, ou du moins réduites à quelques détails. Il faut plus de transports en commun et moins de déplacements inutiles. Il faut produire localement et arrêter d’importer des milliards de tonnes de produits inutiles d’Asie.
Mais les opposants à ces projets ont bien mieux réussi à créer un futur imaginaire en conséquence. Six mots : « Vous voulez revenir à la bougie« .

C’est là qu’est le vrai combat médiatique pour faire progresser l’écologie. Dans la représentation du futur qu’elle promet.

La défense de la biodiversité est incompréhensible sans une bonne histoire. Ou du moins, une histoire meilleure que « Nous voulons construire une autoroute pour vous faciliter la vie, mais ces cinglés d’écolos refusent parce qu’ils préfèrent des crapeaux tous verruqueux« .

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2013-019 – Le Monde est-il encore un journal d’information ?

Le tout premier article de ce blog traitait déjà des médias, au travers du prisme des soi-disant informations boursières.

Ce ne sont pas des informations, tout juste des données. Pour devenir des informations, il leur manque un contexte qui permette de mettre les données en perspective.

Hier, le Monde a publié un article intitulé « Travail, capital, consommation… La France, pays à la fiscalité élevée en Europe« . Deux extraits choisis vont me permettre d’illustrer le total abandon de la moindre prétention journalistique.

1/ La France reste un pays au taux d’imposition élevé

Tout d’abord au global. Ce premier graphique présente le taux global d’imposition, en pourcentage du PIB. Avec 43,9% en 2011, la France est le 4e pays européen en matière de fiscalité, derrière le Danemark, la Suède et la Belgique. Notre pays a réduit légèrement ce taux depuis 2000, mais l’a augmenté entre 2010 et 2011.

Imaginez. Je vous annonce que, rendez-vous compte, de tout mon quartier, c’est ma voiture qui a coûté le plus cher. Et je vous fournis un graphique des coûts de toutes les voitures du quartier.

Est-ce que c’est une information ? Non.

Parce que toutes les voitures sont différentes, et que je ne vous en dis rien.
Parce que la mienne durera peut-être deux fois plus longtemps, ou consommera deux fois moins. Son coût d’achat n’est donc qu’une donnée. Elle ne peut devenir pertinente que si vous avez le reste du contexte.

Dans le cas de l’article du Monde, quels éléments de contexte sont manquants ? Oh, trois fois rien, juste la question de l’usage qui est fait de ces impôts. Ils servent (entre autres) à payer une scolarité gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans ? Et des universités très peu chères ? Nos voisins doivent payer bien plus ?

Aucune importance, notre taux d’imposition est le plus élevé. Avec le sous-entendu que c’est une mauvaise chose.

Second extrait.

En matière de tranche maximale de l’impôt sur le revenu, une manière de comparer les politiques fiscales européennes, la France n’est pas spécialement en décrochage. Elle se situe même légèrement en-deçà de l’Allemagne, et dans la moyenne européenne.

Tranches d’imposition : la France impose un peu moins que l’Allemagne

En matière de tranche maximale d’imposition des revenus des personnes physiques, la France avec 45% en 2013 est en dessous de l’Allemagne (47,5) et proche de la moyenne de la zone euro (43,3).

Comparer les tranches maximales d’imposition n’a aucun sens. Une rapide consultation Wikipedia, au hasard la page Fiscalité en Europe – Impôt sur le revenu, suffit à constater que la réalité de l’imposition est complexe. Les taux de 45% et de 47,5 s’appliquent après de très nombreux calculs. Je ne vais pas vous faire un cours de fiscalité, mais l’imposition réelle est forcément inférieure à ces taux. A titre indicatif, on peut très bien atteindre la tranche d’imposition à 14%, tout en ne payant que 5% d’impôt sur ses revenus.

Notez le choix des mots. Si la France avait le plus fort taux d’imposition, elle serait en situation de « décrochage ». La critique est maintenant explicite : un fort taux d’imposition est forcément une mauvaise chose. A aucun moment n’est posée la question des contreparties de cet impôt.

En conclusion, l’article du Monde incriminé n’est qu’une laborieuse reformulation d’un rapport d’Eurostat. A toutes fins utiles, je tiens à rappeler que la charte d’éthique professionnelle des journalistes dit que tout journaliste digne de ce nom « Refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication« .

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70 – Les méthodes (pas trop) cachées du chef

Nous avons vu il y a trois semaines une des méthodes de notre gouvernement actuel : maintenir un état d’urgence, de crise, de choc.

Mais comment font-ils, pour maintenir cet état ?

Vous voulez savoir qui a raison ? Mais je vais vous le dire !

D’une part, des méthodes pas très récentes, issues de l’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer :

Extraits choisis :

32. Faire une association dégradante
Nous pouvons rapidement éliminer ou du moins rendre suspecte une affirmation de l’adversaire opposée à la nôtre en la rangeant dans une catégorie exécrable, pour peu qu’elle s’y rattache par similitude ou même très vaguement.

Exemple totalement imaginaire : « Êtes-vous du côté des voyous ou du côté des victimes ? Moi, je suis du côté des victimes. »

Et ainsi de suite, pour soutenir une atmosphère de conflit permanent. L’État est en guerre contre tout :  les les immigrés profiteurs, voyous, les chômeurs feignants, etc. A tel point que l’intervention de l’armée dans les banlieues est déjà planifiée, comme l’indiquait Fabrice Epelboin sur reflets.info il y a quelques jours.

Papy, raconte-moi une histoire.

D’autre part, des méthodes bien plus récentes, directement tirées des méthodes de storytelling des marketeux américains. Pour en savoir plus, emparez-vous vite de ce livre de Christian Salmon : « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits« .

Au travers de nombreux exemples, Christian Salmon explique pourquoi et comment les communicants de la planète entière se sont tournés vers le storytelling pour améliorer leurs performances. Si vous avez la flemme de lire un livre de plus, voici une alternative : lisez l’excellent blog de Frank Plasse intitulé « storytelling, une autre communication« .

Et notamment sa série de billets, « storytelling, pourquoi ça marche« . 4 parties : 1, 2, 3 et 4

En passant, Franck est un parfait exemple de quelqu’un de bizarre : rôliste – auteur – éditeur, il est aussi père de famille, prof de communication et directeur de cabinet d’un maire de la banlieue parisienne.

Ajout du 11/03/2012 : Franck propose une version condensée ici. Voyez ça comme une mise en bouche à consommer avant sa série.

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54 – Le storytelling est un outil de communication politique. Comme tous les outils, on peut se faire mal avec.

Je ne regarde plus la télé. Je crois même que l’antenne de la nôtre est débranchée, en ce moment. Je n’en sais rien. Et je m’en fous.

Par contre, je m’y intéresse au second degré. J’aime bien le zapping de Canal+, qui est un peu le fast-food de la critique télévisuelle.

Mes deux autres sources de référence sont :

Voici le dernier « vite dit » qui m’ait bien fait rire :

Cette compilation est un peu un manuel du mauvais storytelling : Bayrou n’emploie que des anecdotes familiales. Ce que ça m’inspire, c’est un candidat très centré sur sa famille, et incapable de prendre en exemple un ami, un collègue, une rencontre. Bref, un candidat tout seul, sans parti.

Maintenant que j’y pense, c’est assez vrai, non ?

Bref, Arrêt sur Images, c’est un excellent journal, allez vous y abonner pour pas cher !

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