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Mon pays

– Tu fais quoi ?

– Je crée mon propre pays.

– T’as le droit ?

– Comme tout le monde, non ?

– Ben non, un pays, ça se fait pas comme ça, y a des règles…

– Ah ouais ? Marrant, je suis pas historien, mais pour moi, la règle la plus utilisée pour créer un pays, c’est la loi des plus forts.

– Nan, mais, doit y avoir autre chose.

– Comme quoi ? La reconnaissance par d’autres pays ? Quand d’autres dominants te reconnaissent comme un des leurs, donc ?

– Euh… Je peux venir dans ton pays ?

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Colère [#fiction #nouvelle] 

La colère bouillonnait en elle. Ses mains se crispaient le long de son corps. Pas encore d’envie de meurtre, mais tous ses instincts de primate brutal s’étaient réveillés :

Les poils hérissés sur toute sa peau.

L’adrénaline dans ses veines.

Les yeux fixés sur sa proie.

Le cœur en accélération.

Elle tenta de respirer à fond, mais ne réussit qu’à sentir la terreur de la femme en face.

« Comment ça, mon indemnisation Pôle Emploi ne durera que 13 mois et pas 24 ?« 

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Entretien [#fiction #nouvelle] 

– Bonjour, asseyez-vous.

– Bonjour madame Noss. Merci.

Je m’assois sur la chaise à roulettes face à son bureau. Elle me sourit. Est-ce son sourire sincère, ou seulement une façade ?

– Merci d’avoir répondu à mon annonce, monsieur Van Hofl. Avant que nous ne commencions, j’ai besoin de votre accord pour lancer l’enregistrement vidéo. Avez-vous une objection ?

– … C’est à dire que, je ne m’y attendais pas. Vous pensez, enfin, est-ce vraiment nécessaire ?

– Si je demande votre accord, c’est que vous pouvez refuser, bien sûr.

Question piège. Je peux refuser, et je peux être éjecté immédiatement. Ou peut-être que le test vise à mesurer si je suis plutôt obéissant ou capable de m’opposer. Son sourire est figé. Rien à lire de ce côté-là. Allons-y pour une résistance bien élevée.

– Je pense que vos notes et vos impressions seront bien suffisantes pour juger de ma candidature. À moins que cet enregistrement vidéo n’ait d’autres finalités que mon recrutement ?

Elle se penche sur sa montre.

– Douze secondes avant de répondre. Un délai plutôt long pour vous déterminer, et vous vous opposez quand même. Intéressant. Pour être honnête avec vous, mon expérience m’a enseigné que les hésitants finissent plutôt par accepter l’enregistrement.

– Qui vous dit que je n’aurais pas accepté, avec de bonnes raisons ?

– C’est vrai. Trêve de bavardages, commençons. Question classique, qu’est-ce qui vous a intéressé dans mon annonce ?

– Eh bien, madame Noss, à mon tour d’être honnête j’ai d’abord cru à une plaisanterie. Et puis j’ai réalisé que déposer ma candidature était un risque à prendre. Que votre jeu en valait la chandelle, si vous me permettez l’expression. Je suis donc ici, intéressé par le poste que vous offrez. S’il existe, bien sûr.

Voilà, j’ai lancé ma première pique. Un peu brutale, peut-être. Mais autant être fixé d’entrée de jeu.

– Bonne entrée en matière, monsieur Van Hofl. Le poste proposé existe, je vous le confirme. Ce qui m’amène à la deuxième question, tout aussi classique : en quoi pensez-vous correspondre aux besoins exprimés dans l’annonce ?

Enfin dans le vif du sujet. Il est temps de convaincre cette recruteuse froide, mais intrigante.

– Version courte, madame Noss, je pense correspondre en tous points. Vous ne vous contenterez pas d’une affirmation péremptoire, je vais donc développer. Vous cherchez avant tout quelqu’un de fiable…

Son sourcil droit se hausse brusquement.

– … même si vous ne l’avez pas écrit dans votre annonce. Cependant, sans fiabilité, aucune des qualités listées n’a de sens. Vous demandez quelqu’un de passionné par vos projets, mais à quoi vous servirait une passion inconstante ? Vous attendez aussi une forte capacité de travail. Si le manque de fiabilité vous oblige à tout contrôler ensuite, quel intérêt ?

– Admettons. Ma question portait sur vos capacités propres, pas sur votre lecture de l’annonce. Je goûte assez peu les gens qui répondent à une question par une autre question.

– Je comprends. Voici donc ma réponse : je suis très fiable, parce que je ne supporte pas d’être en tort.

– Peu de gens supportent d’être en tort. La solution la plus couramment employée pour cacher ses torts est le mensonge. Seriez-vous un menteur, monsieur Van Hofl ?

Chercherait-elle à me provoquer ? Technique de déstabilisation classique, mais un peu facile.

– Je n’ai pas dit qu’être pris en faute par quelqu’un m’insupportait. Être en tort m’insupporte personnellement, quel que soit l’avis des autres.

La réponse semble lui convenir. L’entretien se poursuit de manière plus classique. J’expose mon parcours. Famille, études, emplois, tout y passe. Elle ne laisse rien au hasard. Je mets en avant les anecdotes amusantes, sans oublier quelques erreurs pour ne pas tomber dans l’autobiographie ronflante. Elle ponctue le tout de questions pertinentes, tout en cherchant les failles qui mettraient par terre ma belle histoire. C’est de bonne guerre.

Vient ensuite le moment de mes questions. Je l’interroge sur son propre parcours, sur les causes multiples de ce recrutement, notamment sur le départ du précédent occupant du poste. Incompatibilité d’humeur. Soit. De toute façon, je n’ai que son point de vue à elle, et je ne vais pas le rechercher lui pour entendre sa version. Elle ne le dénigre pas, et ça c’est le principal.

Enfin, la conversation se met à ralentir, à tourner un peu en boucle. Nous avons visiblement fait le tour. Pas moyen de savoir si elle est convaincue, ou lassée.

– Une dernière question, pratique cette fois : sous quel délai êtes-vous disponible, monsieur Van Hofl ?

Ça, c’est plutôt positif. Un candidat recalé, on se fout du temps qu’il mettrait à arriver. Je connais le discours par cœur : on vous rappellera !

– Eh bien, dans l’hypothèse où vous me feriez une offre intéressante, je suis libre de tout autre engagement de ce type. Me permettrez-vous une question à mon tour ?

– Faites, monsieur Van Hofl.

– Pourquoi diable faites-vous passer des entretiens de recrutement à votre futur mari ?

– Simple : nos sociétés modernes ont abandonné la plupart de leurs rituels. Plus de passage à l’âge adulte à part le permis de conduire. Plus de rituels tribaux de séduction. J’ai donc choisi d’utiliser un rituel que tout le monde connaît : l’entretien d’embauche. Le cadre est connu, le rôle des acteurs aussi, on peut se concentrer sur l’essentiel au lieu de tâtonner.

– Ne craignez-vous pas de perdre un peu en spontanéité ? En surprise ?

– Vous plaisantez ? Si on m’avait dit il y a dix ans, ou même cinq, que j’en viendrais à de tels manœuvres pour rencontrer quelqu’un, je me serais moquée de mon interlocuteur. L’être humain est très doué pour se donner l’impression de vivre des journées semblables, répétitives. Alors qu’en fait, il ne vit que changement sur changement. Regardez-vous : vous venez de passer votre premier entretien d’embauche marital. N’avez-vous pas été surpris ?

– C’est vrai. Votre démarche est intéressante. Elle me paraît pourtant déséquilibrée : un mariage est un partenariat, pas une relation hiérarchique. Enfin, seulement depuis que l’égalité entre femmes et hommes est dans la loi. C’était bien différent dans les années 60, quand les femmes devaient demander l’autorisation de leur mari pour avoir un compte en banque ou pour travailler. Heureusement, c’est fini. Donc, afin d’équilibrer les choses, il me semble logique de vous faire passer à mon tour un entretien d’embauche.

– Monsieur Van Hofl, vous êtes le premier postulant à me faire une telle proposition. Que disiez-vous au sujet du manque de surprises ?

– Et vous, que disiez-vous au sujet des gens qui répondent à une question par une autre question ?

– Touchée ! J’accepte avec plaisir. Contactez mon secrétaire pour convenir d’un rendez-vous.

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