2014-053 – [Myroie] L’interview. Partie 1 : c’est qui ?

Comme je le disais en commentant un de ses derniers articles, je suis fan de Myroie. Je lui ai donc proposé de l’interviewer. Elle a accepté, après s’être remise de sa surprise. Voici la première partie, quatre autres suivront.

Tu tiens le blog ‘egalitariste.net’, tu te fais appeler Myroie, et tu dis que ta principale motivation pour écrire (et agir en général), c’est de pouvoir être fière de toi-même. Depuis combien de temps tiens-tu ce blog ? Est-ce que ta fierté envers toi-même a évolué grâce à cette écriture publique ?

En fait, pour être exacte, je ne dis pas que le but est de me rendre fière, mais plutôt que je dois mériter la fierté que je souhaite avoir de moi-même. Et pour ça, je me dois de ne pas être hypocrite et de ne pas me mentir. C’est tout un travail, mais c’est vraiment gratifiant : être honnête envers soi-même permet d’avancer dans la vie et d’être intègre. L’avantage de l’intégrité, c’est qu’elle permet des relations enrichissantes et vraies, avec n’importe qui et sous le signe de la bienveillance. Grâce à mes recherches et mon introspection, j’ai rencontré des tas de gens formidables et j’ai fait évoluer mes plus vieilles relations vers davantage de positif (même si j’ai aussi dû mettre fin à certaines parce que je me suis rendue compte qu’elles étaient toxiques).

Ceci dit, ce n’est pas pour ça que j’ai créé egalitariste.net. Enfin, disons pas principalement. Je le tiens depuis un peu plus d’un an maintenant et je l’ai créé dans le but de faire profiter à d’autres le travail de recherche et de réflexion que je fais. Je me suis rendue compte qu’il était possible de vivre dans un monde bien meilleur, pourvu qu’on s’interroge et qu’on se donne les moyens de combattre. Du coup, je tente de pousser tout un chacun à la réflexion, comme je l’ai été moi-même par d’autres gens, d’autres blogs, d’autres livres. C’est une sorte de cycle. Alors oui, écrire et recevoir des encouragement, ça aide à être fière de soi, mais je reçois aussi pas mal de messages haineux, condescendants ou insultants. C’est difficile à gérer. Mais globalement, je dirais que ce blog me permet de me sentir utile, et ça, c’est vraiment quelque chose de merveilleux.

De nombreux articles expliquent que sur Internet, il faut écrire plus court. Des fois avec une base scientifique, en mesurant le temps moyen de zapping d’un internaute. Des fois en invoquant l’air du temps et le « c’était mieux avant ». Tu as choisi d’ignorer ces conseils, ou tu veux tester l’endurance de tes lecteurs avec des articles très longs ?

Oui, c’est vrai que j’ai lu ce genre d’étude aussi. Et peut-être que je devrais en tenir compte, mais en fait, ça m’embête un peu. Je crois que c’est parce que j’écris les choses que j’ai à dire sans trop me poser de questions. De toute façon, si mon but avait été d’attirer les lecteurs, je n’aurais pas fait un blog politique. Du coup, j’écris simplement ce que j’ai à dire, et tant pis si ça doit rallonger l’article. Je donne des outils : à ceux qui le souhaitent de les prendre et de les utiliser. Si je me soucie trop de mon lectorat, ce blog ne sera plus le mien et je ne veux pas biaiser mes propos pour m’attirer des lecteurs. Parfois, ce que j’ai à dire est complexe et j’ai besoin de déconstruire beaucoup de choses. Je préfère faire un article long qui ne sera peut-être pas lu plutôt qu’un article court qui sera lu à coup sûr mais mal compris ou mal interprété. Une amie m’avait conseillé de couper certains de mes articles en plusieurs parties, mais je n’aime pas trop faire ça. Je suis peut-être un peu trop têtue, mais de toute façon, je ne saurais pas où les couper, et puis, j’aurais peur que des gens ne lisent qu’une partie et pas l’autre (et là ce serait une catastrophe pour moi, aha).

Comment expliques-tu les messages haineux, condescendants ou insultants que tu reçois ? Tes écrits dérangent ? Ou peut-être que ces âmes bien intentionnées ont raison de te montrer tes erreurs, malgré leurs manières un peu rudes ?

Ça dépend des commentaires. Il y a ceux qui sont vraiment haineux et auxquels j’apprends à ne plus faire attention, et puis il y a ce qu’on va appeler le splaining (explication condescendante d’une personne mal renseignée) ou les tears (accusation de faire des généralités sur les privilégiés même que non je suis pas privilégié, j’ai souffert dans ma vie d’abord). En gros, j’ai très souvent des commentaires de personnes possédant des privilèges (blancs, hommes, hétéros etc) qui vont recentrer le débat sur eux, m’expliquer que eux ils sont gentils et que je suis terriblement méchante de pas en tenir compte… En fait, ils vont me rendre des comptes alors que je n’ai rien demandé tout en m’expliquant en quoi je me trompe lourdement et que le monde n’est pas ainsi fait. Ça va du carniste (personne mangeant de la viande) qui m’explique les terribles problèmes qu’il a et qui le poussent à manger de la viande bien contre son gré, au mec qui fait du sexisme ordinaire et qui m’explique qu’il est pas sexiste parce qu’il fait la vaisselle. Souvent on m’explique que d’abord l’humain est fait pour manger de la viande (ce qui est un non-sens puisque tous les végés sont la preuve vivante que c’est faux) ou qu’il y a des différences naturelles entre les hommes et les femmes qui justifient le sexisme. Le problème c’est que je sais que toutes ces explications sont fausses, puisque ça fait maintenant deux ans que je me renseigne chaque jour sur le sujet. Seulement, pour ces personnes-là, les sciences humaines sont accessibles à tout un chacun et peu importe qu’ils n’aient jamais mis le nez dans un bouquin de socio, leur vision des choses est aussi renseignée que la mienne, comme par magie.

Alors comment j’explique ça, et bien, je pense que c’est assez simple, toute critique n’est jamais facile à vivre et s’entendre dire qu’on est pas une personne parfaite, même indirectement, c’est désagréable. Quand je dis « tu manges de la viande, donc tu encourages les traitements horribles fait sur les animaux », la personne qui lit ça à deux choix : arrêter de manger de la viande et donc remettre en question toute son éducation et la société qui lui a inculqué de telles habitudes, soit nier en bloc et me traiter d’extrémiste sectaire qui ne respecte pas le choix de chacun. Je l’ai fait aussi, avant d’être végé, hein. Je sais exactement par quoi passent les carnistes qui se heurtent au discours des militants pour le droit des animaux. Et c’est vrai pour toutes les luttes. C’est plus confortable d’aller expliquer à une personne qu’elle se trompe sur toute la ligne plutôt que de se remettre en question. Et le problème c’est que notre société n’est pas propice à la remise en question étant donné que ce n’est jamais amené avec bienveillance (et que dire « ah oui j’ai eu tort » est vu comme une faiblesse). C’est la raison pour laquelle j’essaye autant que possible d’être pédagogique, mais parfois je craque un peu, parce que c’est usant de toujours répéter la même chose.

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