Archives de mars 2014

2014-057 – [Myroie] L’interview. Partie 5/5 : voyages dans le temps

Cet article prolonge l’interview débutée ici, et poursuivie , et .

Let’s do the time warp again : Quels ont été les éléments marquants qui t’ont amenés à être illustratrice ? (si c’est bien ton activité principale !)

C’est bien mon activité principale. Y a pas vraiment d’événement marquants, en fait. Boulet l’a dit, tous les enfants dessinent : il y a simplement ceux qui ne s’arrêtent pas. Là où j’ai commencé à envisager ça comme une potentielle carrière, c’est quand j’ai commencé à lire et à recopier des mangas. J’ai un nombre incalculable de reproductions des dessins de Dragon Ball Z, manga dont j’étais complètement fan. Mon but c’était de dessiner assez bien pour faire mon propre manga, avec mes copines dedans. Comme j’adorais faire des histoires me mettant en scène moi et mes amis, je n’ai jamais arrêté de dessiner, et à la fin du lycée, j’ai orienté mes études vers le dessin.

Après le flash-back, passons au futur antérieur. Il y a 10 ans, aurais-tu imaginé ta vie aujourd’hui telle qu’elle est ?

Voyons voir, il y a dix ans, j’avais quatorze ans et je m’apprêtais à entrer au lycée, en section Littéraire Art Plastique dans le but de devenir styliste ou mangaka. Et la politique, j’en avais rien à faire. Donc non, je ne crois pas que j’aurais pu l’imaginer. De toute façon, j’appréhendais le futur de manière très abstraite, pour moi la simple idée que je puisse devenir adulte c’était quelque chose de super lointain. Je m’imaginais grosso-modo devenir une sorte de réplique de mes parents avec la fibre artistique en plus. Le schéma classique, donc : boulot (artistique), mariage, famille, maison, voiture, dettes. Et aujourd’hui rien ne saurait être plus éloigné de ce à quoi j’aspire.

Il te reste le boulot artistique, quand même. Et dans 10 ans ? Mordue par la politique ? Caricaturiste pour un quotidien national ? Ou élue en charge des affaires culturelles ?

Je n’en sais rien. Je n’y pense pas, en fait. Je fais ce qui me semble important et enrichissant pour moi et les autres au jour le jour. Dans dix ans, je serai peut-être sur un bateau de Sea Shepherd, j’aurais peut-être déménagé en Californie, je ferai peut-être partie d’une troupe de cirque… Je n’en sais rien. Ce que j’espère c’est que je serai à un endroit où je rêve d’aller et pas clouée à un endroit qui me déplaît à me demander ce que j’ai bien pu faire ces dix dernières années.

Pourquoi choisir ? Tu pourrais monter une troupe de cirque californien à bord du Sea Shepherd ! Bref, un dernier mot, avant de clôturer cette interview ?

Faire les trois en même temps, je doute que ce soit possible. Mais faire les trois alternativement dans ma vie, j’aimerais beaucoup. L’avenir me le dira.
Et sinon, comme dernier mot, euh… Comment on conclut une interview normalement ? On va faire dans la valeur sûre : paix, licornes et paillettes sur vous tous.

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2014-056 – [Myroie] L’interview. Partie 4 : écrire, tous les jours

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As-tu des projets d’écriture autres que ton blog ? Roman, article, best-of de ton blog en impression à la demande…

Des projets d’écritures, j’en ai plein. J’adore écrire. Mais ce ne sera pas pour mon militantisme, cette fois. Mon blog et mon tumblr me prennent bien assez de temps comme ça. En fait, en dehors de mes actions militantes j’écris pour des tas de choses (mais j’en parle moins) : des poèmes en prose en écriture automatique (j’ai été fascinée par André Breton dès le lycée), des fanfictions, un projet de scénario visant à déboucher sur une bande dessinée érotique avec une amie et un autre scénario pour une bande dessinée que je voudrais faire seule, cette fois. Je ne sais pas si tous ces projets aboutiront, mais c’est un plaisir de me concentrer dessus chaque jour.

Aurais-tu des conseils à d’apprentis écrivains qui voudraient se lancer ?

Je sais pas si mes conseils vaudraient quelque chose puisque je suis moi-même apprentie, mais je peux répéter les conseils que j’applique des écrivains que j’aime bien comme JK Rowling, Stephen King ou Georges Martin : il faut écrire. Tous les jours. Tout le temps. Ne pas avoir peur, se contenter d’aligner les lettres. C’est en pratiquant qu’on s’améliore, y a pas de secret et c’est vrai pour tout.

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2014-055 – [Myroie] L’interview. Partie 3 : Une rôliste débutante et enthousiaste

Cet article prolonge l’interview débutée ici, et poursuivie .

Tes tweets font parfois référence aux jeux de rôle. Depuis quand joues-tu ? Pourquoi ? Comment ?

J’ai toujours été intéressée par le Jeu de Rôle (enfin, à partir du moment où j’en ai entendu parler), mais les occasions m’ont souvent manquées parce que je fréquentais pas des cercles d’amis qui étaient vraiment passionnés par ce type de divertissement. J’avais tenté d’en faire une fois quand j’étais étudiante, mais c’était avec des gens que je connaissais pas très bien et finalement ça a vite capoté. Mais comme je l’ai dit, dernièrement, j’ai rencontré des tas de gens formidables, dont une rôliste (Keela Ciel d’Orage, sur twitter) qui a une imagination débordante et qui fait une excellente Maître du Jeu. Du coup, je joue à peu près une fois par mois avec elle et des amies qu’elle m’a présentées. C’est amusant parce qu’on est toutes sensibilisées au féminisme intersectionnel, du coup notre manière de jouer s’en ressent. Par exemple dans l’un de nos univers, je joue un « Nice Guy » parfaitement insupportable et ça créé pas mal de situations cocasses.

Pourquoi j’y joue, donc, ben parce que ça me plaît. En plus, je trouve que c’est un excellent moyen de développer son imagination et d’apprendre à improviser. Un peu comme au théâtre, avec les matchs d’impro. Plus ça va, plus je rentre dans mon personnage, plus je l’enrichis et plus je tente de jouer en fonction de son caractère. Des fois j’ai presque l’impression d’avoir un dédoublement de personnalité et c’est parfaitement jouissif.

Tu joues… uniquement avec des filles ? Ça existe, ça ? Blague sexiste à part, mon expérience de plusieurs clubs de jdr et de conventions est très majoritairement masculine. Vous faites le choix de jouer entre filles, ou c’est par absence de mec intéressé ?

Ouh, la vilaine blague : tu seras fouetté. Bref. Oui, effectivement, on est seulement entre femmes. Par hasard. Non, nous ne sommes pas des misandres castratrices, ça s’est juste fait comme ça. À mon avis, il y a bien plus femmes qu’on le croit qui sont intéressées par les milieux geeks, mais vu l’ambiance tendance misogyne qui règne dans les conventions, je comprends qu’elles les fuient. Personnellement, je suis toujours sur la défensive quand je me retrouve entourée de geeks masculins, parce que je sais que tous les délires de « fake geek girl » sont pas loin (avec les blagues pas drôles sur les sandwichs en bonus). Et comme ça m’emmerde de devoir me justifier auprès de mecs que je connais pas au sujet de mes passions et de mes loisirs, j’ai tendance à davantage me tourner vers celles qui me demandent pas de comptes… Et malheureusement, les personnes qui ne m’en demandent pas sont plus souvent des femmes. En fait, c’est tout juste si je fais ça consciemment. Je fréquente les personnes qui ne me jugent pas et qui sont bienveillantes. Je me retrouve donc plus facilement avec des personnes sensibilisées à l’intolérance et qui savent que toutes ces conneries de « fake geek girl » ne sont que des perpétuations du sexisme et de la mentalité de cloché (ne touche pas à mes passions, vil néophyte !). C’est con quand-même. Les gens sont près à tout pour se sentir originaux, y compris à rejeter les personnes qui s’intéressent aux mêmes choses qu’eux. Alors que bon, c’est chouette de rencontrer des gens qui aiment les mêmes choses que toi, je trouve. Et c’est pas grave s’ils connaissent moins ou s’ils s’y intéressent avec moins de passion, c’est toujours plaisant de partager des centres d’intérêts communs.

Mon expérience des filles en club, c’est plutôt un accueil respectueux. Bon, la plupart étaient des copines de joueurs. Mais je n’ai jamais été témoin du syndrome « fake geek girl ». Peux-tu me donner quelques exemples de ces déclarations misogynes ?

Oh, oui, bien sûr, il existe heureusement des cercles respectueux. Mais ce n’est pas la majorité, contrairement à ce que les geeks masculins de mauvaise foi veulent nous faire croire. De toute façon, quand on est un homme, on ne peut pas toujours se rendre compte de ce que c’est que vivre la misogynie. Une blague qui semblera anodine à ces messieurs sera blessante et lourde à porter pour une femme. C’est comme le harcèlement de rue : ce n’est pas parce que des hommes n’en ont jamais vu (forcément, ils n’en sont pas la cible !) que ça n’existe pas. Bref.

Je n’ai pas fréquenté de conventions de JDR donc je ne peux pas donner d’exemples dans ce milieu spécifiquement (même si j’ai déjà entendu des témoignages sur le sujet qui étaient pas super encourageants ; il ne faut pas se leurrer, aucun milieu n’est épargné par la misogynie). Par contre, j’ai déjà travaillé dans le milieu du jeu vidéo et j’ai été à quelques conventions de JV ou en rapport avec le Japon et les mangas (type Japan Expo). Ce sera toujours les mêmes problèmes (qui ont été très bien décrits dans l’article de Mar_Lard) : blagues lourdes sexistes, sous-entendus sur le physique de telle ou telle femme, dénégation de la capacité à jouer aussi bien qu’un homme (« alors tu joues à quoi, en dehors des sims ? »)… Comme exemple spécifique, je peux parler de ma première expérience de JDR : je jouais à Donjons & Dragons avec que des mecs. Ça peut paraître dérisoire, mais c’est toujours moi qui faisait à bouffer, et ils ne m’ont jamais remerciée pour ça, proposé de l’aide ou même proposé de faire la popote la fois suivante. Pour eux, que la seule femme se cogne la bouffe, c’était normal.

Autre exemple, durant un de mes stages en entreprise dans le milieu du Jeu Vidéo, j’ai été confrontée à un autre stagiaire qui voulait absolument me donner des directives sur mon travail alors qu’il n’avait pas à le faire. Ce même type a tenté de prendre mes fesses en photo un jour où je portais une jupe. Mais je l’ai pris en flagrant délit et je l’ai engueulé. En fait, quand je commence à y réfléchir j’ai des tas et des tas d’exemples qui me viennent en tête. Que ce soit du sexisme que j’ai subi, dont j’ai été témoin ou issu de témoignages que j’ai lus… Dans le milieu geek les exemples ne manquent pas. D’ailleurs, plusieurs twittos ont décidés de créer un site qui référence tous les exemples de sexisme qui existent dans ce milieu, et tristement, ils ont de quoi le remplir tous les jours.

Un exemple de réponse possible à ce genre de comportement :

Joli t-shirt de Batman. Je parie que tu ne lis même pas les bd / Joli maillot de sport. Je parie que tu ne suis même pas l'actualité de l'équipe.

Joli t-shirt de Batman. Je parie que tu ne lis même pas les bd / Joli maillot de sport. Je parie que tu ne suis même pas l’actualité de l’équipe. Et ce n’est pas un t-shirt de Batman, mais de Batgirl. Apprends tes logos.

Continuons sur le jeu de rôle. Quels sont tes jeux préférés ? Pourquoi ?

Je suis encore une novice, alors forcément, je connais peu de jeux. Du coup, de là à parler de mes jeux préférés… Jusqu’à maintenant, j’ai expérimenté trois univers : l’incontournable Donjon & Dragon, Lacuna et l’univers de mon amie MJ créé de toutes pièces et basé sur un de ses romans. J’ai aussi déjà joué à quelques « mini » Jeux de Rôles (ou « jeux d’ambiance ») du type Loup Garou ou Petits Meurtres et Faits Divers. Et impossible de dire lesquels je préfère, ils ont tous leurs particularités. En fait, je crois que dans ce genre de jeu, ce qui importe le plus c’est avec qui tu joues, pas le jeu en lui-même. Ceci dit, j’ai hâte de découvrir d’autres univers, peut-être qu’à terme, j’aurai effectivement des préférences.

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2014-054 – [Myroie] L’interview. Partie 2 : ses ambitions pour changer le monde

Cet article prolonge l’interview débutée ici.

Tu as donc pour ambition de changer le monde, et les humains qui le peuplent, notamment au travers de ton blog et d’échanges en ligne. C’est très ambitieux, non ? Et à la fois un peu dérisoire/insuffisant, non ?

Effectivement, ça peut paraître ambitieux. Voire utopique. On me le dit souvent, d’ailleurs. Pourtant, je ne fais qu’appliquer le principe du conte du Colibri (http://colibri91.net/colibri.html) : je fais « ma part ». Peu importe que les autres ne fasses pas la leur, je fais ce que je peux à mon échelle. Si j’arrive à apporter un peu d’amélioration à mon niveau et un peu de bonheur autour de moi, alors j’aurais fait mon travail à moi. D’une certaine manière, c’est un peu ma raison de vivre : améliorer les choses pendant mon vivant, aussi peu que ce soit. Mon but n’est pas vraiment de changer le monde et les gens, mais plutôt de permettre et d’encourager un changement vers du mélioratif. De créer des cercles vertueux ou de permettre à ceux dans lesquels je me trouve déjà de prospérer. En réfléchissant à toutes les injustices qui existent par exemple, j’ai compris comment elles pouvaient exister et blesser. Du coup, je tente de ne pas les renforcer, mais plutôt de les déconstruire. Ça peut paraître dérisoire, mais ça m’a permis déjà d’être plus bienveillante envers moi-même et envers les autres, et si c’est peu à l’échelle du Monde, dans mon univers à moi, c’est déjà énorme.

Tes combats sont très nombreux : végétarisme, féminisme, anti-capitalisme, droits LGBT, écologie… Tu n’as pas peur de te disperser ? Ne penses-tu pas qu’il faudrait prioriser un peu, et agir là où c’est le plus important ?

Je n’aime pas cette théorie selon laquelle il y aurait des combats plus importants. Selon moi, toute souffrance est à prendre en compte (tant qu’il ne s’agit pas de blessure à un ego mal placé). Toutes les intolérances doivent être déconstruites, il n’en existe pas de moins graves que d’autres. Et toutes les injustices humaines doivent cesser. Il y a urgence à tous les niveaux : il faut que nous apprenions à vivre tout en respectant notre environnement, sinon nous allons mourir ; il faut que notre système économique change, sinon il y aura de plus en plus de criminalité à cause des injustices qui frappent les plus démunis ; il faut que l’intolérance cesse, sinon ceux qui en sont frappés recracheront leur agressivité ailleurs et avec violence,perpétuant ainsi tous les cercles vicieux de notre société. Nous créons notre propre enfer et nos propres symptômes sociaux. À nous de nous soigner.

Imaginons qu’une personne est atteinte du cancer et d’une angine blanche. Tout bon médecin traiterait les deux maladies en même temps, même s’il y en a une qui a l’air plus destructrice que l’autre. Parce que ce médecin sait que si on ne soigne pas vite l’angine blanche en même temps que le cancer, et bien, l’angine va s’aggraver et plus tard, il sera bien plus complexe de la soigner, voire impossible. On peut se sentir concernés par toutes les causes. Après, on peut choisir de lutter pour celles qui sont le plus proches de nous. Moi-même, je suis plus active en tant que féministe, écolo et anti-spéciste (personne luttant pour le droit des animaux) parce que ce sont des sujets qui me touchent directement. Mais je pense qu’il est important de prendre en compte tous les problèmes sociaux afin de lutter sans encourager d’autres systèmes intolérants. Il faut avoir assez de connaissances pour au moins faire attention à ne pas encourager les autres systèmes d’oppressions. Selon moi, c’est le minimum.

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2014-053 – [Myroie] L’interview. Partie 1 : c’est qui ?

Comme je le disais en commentant un de ses derniers articles, je suis fan de Myroie. Je lui ai donc proposé de l’interviewer. Elle a accepté, après s’être remise de sa surprise. Voici la première partie, quatre autres suivront.

Tu tiens le blog ‘egalitariste.net’, tu te fais appeler Myroie, et tu dis que ta principale motivation pour écrire (et agir en général), c’est de pouvoir être fière de toi-même. Depuis combien de temps tiens-tu ce blog ? Est-ce que ta fierté envers toi-même a évolué grâce à cette écriture publique ?

En fait, pour être exacte, je ne dis pas que le but est de me rendre fière, mais plutôt que je dois mériter la fierté que je souhaite avoir de moi-même. Et pour ça, je me dois de ne pas être hypocrite et de ne pas me mentir. C’est tout un travail, mais c’est vraiment gratifiant : être honnête envers soi-même permet d’avancer dans la vie et d’être intègre. L’avantage de l’intégrité, c’est qu’elle permet des relations enrichissantes et vraies, avec n’importe qui et sous le signe de la bienveillance. Grâce à mes recherches et mon introspection, j’ai rencontré des tas de gens formidables et j’ai fait évoluer mes plus vieilles relations vers davantage de positif (même si j’ai aussi dû mettre fin à certaines parce que je me suis rendue compte qu’elles étaient toxiques).

Ceci dit, ce n’est pas pour ça que j’ai créé egalitariste.net. Enfin, disons pas principalement. Je le tiens depuis un peu plus d’un an maintenant et je l’ai créé dans le but de faire profiter à d’autres le travail de recherche et de réflexion que je fais. Je me suis rendue compte qu’il était possible de vivre dans un monde bien meilleur, pourvu qu’on s’interroge et qu’on se donne les moyens de combattre. Du coup, je tente de pousser tout un chacun à la réflexion, comme je l’ai été moi-même par d’autres gens, d’autres blogs, d’autres livres. C’est une sorte de cycle. Alors oui, écrire et recevoir des encouragement, ça aide à être fière de soi, mais je reçois aussi pas mal de messages haineux, condescendants ou insultants. C’est difficile à gérer. Mais globalement, je dirais que ce blog me permet de me sentir utile, et ça, c’est vraiment quelque chose de merveilleux.

De nombreux articles expliquent que sur Internet, il faut écrire plus court. Des fois avec une base scientifique, en mesurant le temps moyen de zapping d’un internaute. Des fois en invoquant l’air du temps et le « c’était mieux avant ». Tu as choisi d’ignorer ces conseils, ou tu veux tester l’endurance de tes lecteurs avec des articles très longs ?

Oui, c’est vrai que j’ai lu ce genre d’étude aussi. Et peut-être que je devrais en tenir compte, mais en fait, ça m’embête un peu. Je crois que c’est parce que j’écris les choses que j’ai à dire sans trop me poser de questions. De toute façon, si mon but avait été d’attirer les lecteurs, je n’aurais pas fait un blog politique. Du coup, j’écris simplement ce que j’ai à dire, et tant pis si ça doit rallonger l’article. Je donne des outils : à ceux qui le souhaitent de les prendre et de les utiliser. Si je me soucie trop de mon lectorat, ce blog ne sera plus le mien et je ne veux pas biaiser mes propos pour m’attirer des lecteurs. Parfois, ce que j’ai à dire est complexe et j’ai besoin de déconstruire beaucoup de choses. Je préfère faire un article long qui ne sera peut-être pas lu plutôt qu’un article court qui sera lu à coup sûr mais mal compris ou mal interprété. Une amie m’avait conseillé de couper certains de mes articles en plusieurs parties, mais je n’aime pas trop faire ça. Je suis peut-être un peu trop têtue, mais de toute façon, je ne saurais pas où les couper, et puis, j’aurais peur que des gens ne lisent qu’une partie et pas l’autre (et là ce serait une catastrophe pour moi, aha).

Comment expliques-tu les messages haineux, condescendants ou insultants que tu reçois ? Tes écrits dérangent ? Ou peut-être que ces âmes bien intentionnées ont raison de te montrer tes erreurs, malgré leurs manières un peu rudes ?

Ça dépend des commentaires. Il y a ceux qui sont vraiment haineux et auxquels j’apprends à ne plus faire attention, et puis il y a ce qu’on va appeler le splaining (explication condescendante d’une personne mal renseignée) ou les tears (accusation de faire des généralités sur les privilégiés même que non je suis pas privilégié, j’ai souffert dans ma vie d’abord). En gros, j’ai très souvent des commentaires de personnes possédant des privilèges (blancs, hommes, hétéros etc) qui vont recentrer le débat sur eux, m’expliquer que eux ils sont gentils et que je suis terriblement méchante de pas en tenir compte… En fait, ils vont me rendre des comptes alors que je n’ai rien demandé tout en m’expliquant en quoi je me trompe lourdement et que le monde n’est pas ainsi fait. Ça va du carniste (personne mangeant de la viande) qui m’explique les terribles problèmes qu’il a et qui le poussent à manger de la viande bien contre son gré, au mec qui fait du sexisme ordinaire et qui m’explique qu’il est pas sexiste parce qu’il fait la vaisselle. Souvent on m’explique que d’abord l’humain est fait pour manger de la viande (ce qui est un non-sens puisque tous les végés sont la preuve vivante que c’est faux) ou qu’il y a des différences naturelles entre les hommes et les femmes qui justifient le sexisme. Le problème c’est que je sais que toutes ces explications sont fausses, puisque ça fait maintenant deux ans que je me renseigne chaque jour sur le sujet. Seulement, pour ces personnes-là, les sciences humaines sont accessibles à tout un chacun et peu importe qu’ils n’aient jamais mis le nez dans un bouquin de socio, leur vision des choses est aussi renseignée que la mienne, comme par magie.

Alors comment j’explique ça, et bien, je pense que c’est assez simple, toute critique n’est jamais facile à vivre et s’entendre dire qu’on est pas une personne parfaite, même indirectement, c’est désagréable. Quand je dis « tu manges de la viande, donc tu encourages les traitements horribles fait sur les animaux », la personne qui lit ça à deux choix : arrêter de manger de la viande et donc remettre en question toute son éducation et la société qui lui a inculqué de telles habitudes, soit nier en bloc et me traiter d’extrémiste sectaire qui ne respecte pas le choix de chacun. Je l’ai fait aussi, avant d’être végé, hein. Je sais exactement par quoi passent les carnistes qui se heurtent au discours des militants pour le droit des animaux. Et c’est vrai pour toutes les luttes. C’est plus confortable d’aller expliquer à une personne qu’elle se trompe sur toute la ligne plutôt que de se remettre en question. Et le problème c’est que notre société n’est pas propice à la remise en question étant donné que ce n’est jamais amené avec bienveillance (et que dire « ah oui j’ai eu tort » est vu comme une faiblesse). C’est la raison pour laquelle j’essaye autant que possible d’être pédagogique, mais parfois je craque un peu, parce que c’est usant de toujours répéter la même chose.

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