2013-040 – Le bénévole, cette plaie de l’économie moderne

Que pourrais-je ajouter de plus ?

Dans une économie libérale, tout ce qui vient gêner le commerce de biens et de service est nuisible. Tout le monde le sait.

Par exemple, une association qui fournit gratuitement une aide aux devoirs à des élèves crée un grave manque à gagner à l’entreprise Acadomia voisine.

Voyons les choses à plus grande échelle. Imaginez les graves dégâts que subirait notre économie si nous faisions tous du bénévolat. Mettons, 50% de notre temps. On passe tous à mi-temps, et on se consacre à autre chose les 50% restants. Attention, pas du temps pour nous tout seul, du temps consacré aux autres.  Gratuitement.

Quelles seraient les conséquences pour notre activité économique ?

J’ai commencé à rédiger cet article il y a quelques jours, et je butais sur l’immensité des conséquences pour les indicateurs qui servent à mesurer la santé de notre économie.
Je suis aujourd’hui tombé sur « La valeur du non-marchand« , de Philippe Aigrain. C’est pas écrit dans mon style, c’est un peu long, mais c’est passionnant. Et bien plus percutant que ce que j’ai tenté d’écrire. Rappelons que les activités bénévoles entrent tout à fait dans le cadre des activités non-marchandes.

Petit extrait :

Dans le chapitre 2 de son ouvrage, Thomas Piketty discute notamment la contribution à la richesse nationale du secteur public. Il fait remarquer que de ne pas comptabiliser cette contribution serait aberrant, puisque dans deux situations, par exemple concernant l’éducation, où chacun recevrait des bénéfices identiques à des coûts (directs ou indirects) identiques, la richesse nationale serait estimée considérablement plus importante si l’éducation est fournie par le secteur privé que si elle l’est par le secteur public. Il rappelle par ailleurs que la part du PIB consacrée par les ménages à la santé est bien supérieure aux Etats-Unis qu’en Europe alors que les bénéfices de santé publique y sont clairement inférieurs. Une mesure de la richesse qui exclurait celle produite par le secteur public serait donc radicalement aberrante. Souvenez-vous en chaque fois que vous entendrez un politicien affirmer que seules les entreprises créent de la richesse.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une grande partie des richesses sociales et culturelles sont produites par les êtres humains hors de toute transaction marchande et librement partagées en biens communs au moins dans l’espace non marchand ? Quand les encyclopédies commerciales ne seront que des sous-produits de Wikipedia […] ? Quand la littérature et l’art se créeront et se partageront principalement dans des activités non marchandes et leur commerce en biens et en services ne seront qu’une sorte de sous-produit (important) de ces activités non marchandes ? Si nous avons un troisième secteur en plus du privé et du public qui est celui du commun, pouvons-nous nous permettre de ne pas « compter » sa valeur ? Et si nous devons la compter, est-ce que cela peut se faire en termes économiques ?

Partant de cette réflexion, je vais illustrer la stupidité de l’usage du PIB comme indicateur de quoi que ce soit.

Imaginez que dès la rentrée 2014, on arrête de financer l’éducation publique (école, collègue, lycée, université) par la redistribution de l’impôt. A la place, chacun des usagers devra payer directement l’école. Attention, le coût devra être strictement le même qu’aujourd’hui. On diminue donc les impôts de chacun du montant exact qui est prélevé habituellement pour financer l’enseignement public. Si vous ne payez pas d’impôt, vous ne payez rien de plus.
Quelles sont les conséquences (si l’on ignore les coûts de traitement de ce changement) ?
Pour les particuliers, aucune conséquence, ils paient en direct au lieu de payer en impôt.
Pour le secteur de l’enseignement, aucune conséquence, ils reçoivent exactement les mêmes montants.
Pour le PIB, en revanche… la facturation de ce service d’enseignement fait qu’il rentre dans le circuit de mesure de l’économie, et donc de sa croissance. Du jour au lendemain, sans aucun effet sur l’économie réelle, le PIB ferait un bond colossal ! Retour de la croissance ! Les trente glorieuses reviennent ! (il suffirait de basculer, chaque année, un secteur public dans ce mode de fonctionnement. Santé, pompiers, police, armée, etc.)

Ça vous suffit, ça, à comprendre que se préoccuper de l’économie (via le PIB) sans se préoccuper de la population, c’est au mieux une ânerie, au pire une façon d’enfoncer le plus grand nombre au profit de quelques uns ?

Donc que tous ceux qui voient un rapport entre les difficultés économiques et sociales des français et l’évolution du PIB sont soit mal informés, soit des menteurs ?

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  1. Flattr: bilan pour octobre 2013 - Blog à part: troisième époque

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