2013-030 – Dans 30 ans, certains débats apparaîtront comme ridicules

2043, conférence du professeur Schwartzblauwiener, spécialiste en droit du partage culturel.

Mes chers amis, je vous parle aujourd’hui depuis la station orbitale Edward J. Snowden. Nous allons aborder un point d’histoire des droits de la propriété intellectuelle. Nous remonterons donc d’une trentaine d’années en arrière.

Souvenons-nous. Durant les années 2010, l’humanité a assisté au développement de la dématérialisation de nombreuses œuvres culturelles. Les œuvres musicales étaient les premières à permettre cette évolution. Elles furent suivies par les vidéos, puis par les livres. D’aucuns pourraient trouver cet ordre illogique, puisque le volume de données informatiques nécessaires pour transmettre un livre est très nettement inférieur à celui d’un film. Mais la question de la bande passante n’était pas la seule contrainte en jeu. Pour que les livres soient diffusés sous forme électronique, il fallait que les terminaux soient adaptés à la lecture. C’est l’entreprise Amazon qui a réellement fondé le marché de la liseuse électronique, en bradant des terminaux performants. Son modèle économique visait à faire le maximum de bénéfices sur la vente des œuvres, et non du terminal.

Comme vous le savez tous, leur quête de la rentabilité maximum causa leur perte, puisqu’Amazon disparut en 2019, lors du premier procès international pour fraude fiscale planétaire. Cette jurisprudence provoqua la fin des grands monopoles internationaux, lorsque les États réalisèrent qu’au lieu d’être leurs plus grands hérauts, les multinationales étaient la principale cause de leur affaiblissement.

Mais revenons à notre sujet. Le secteur de la distribution des œuvres culturelles s’est rendu compte que leur activité principale était condamnée à la régression. Les ventes des supports physiques étaient en perte de vitesse, concurrencées par les formats électroniques déjà bien plus pratiques. Ils ont donc choisi la seule solution logique : évoluer pour ne pas mourir.

Arrêtez de ricaner ! De leur point de vue, c’est bien ce qu’ils ont fait.

Ils ont fini par comprendre que leurs clients voulaient des fichiers électroniques. Ils en ont donc vendu. Mais leur modèle économique était basé sur les spécificités des supports physiques. Ils ont donc voulu reproduire ce fonctionnement autant que possible.

Vous ne me croyez pas ? Écoutez-moi bien. Ils ont cherché par tous les moyens comment reproduire les systèmes de prêt et de vente d’occasion des supports physiques. Par exemple, ils voulaient qu’une personne ayant acheté un fichier puisse le prêter à quelqu’un d’autre. Mais lorsque vous prêtez un livre papier, vous ne l’avez plus. Donc il fallait que la même chose se passe pour le prêt d’un fichier. Il fallait qu’un système de contrôle s’assure qu’en cas de prêt, le fichier disparaisse des terminaux du prêteur. C’est une négation de l’intérêt même de la numérisation des informations.

Donc, pour reproduire les contraintes de l’ancien système, il fallait supprimer, autant que possible, les nouvelles possibilités. Ils ont dépensé des fortunes en logiciels, en chiffrement, en poursuites légales. A titre de comparaison, c’est comme si après avoir inventé la téléportation, on s’ingéniait à trouver un moyen de la ralentir, pour s’assurer que le déplacement n’aille pas plus vite qu’une voiture personnelle ou un train.

Il n’est cependant pas besoin de recourir à des exemples hypothétiques. Toutes les innovations se sont heurtées à la résistance des industries en place. Lors du développement du train, il s’est trouvé de nombreuses voix pour dénoncer la très grande dangerosité de ce procédé exotique.  Lors de l’invention du wagon frigorifique, les bouchers de centre-ville ont mené une grande campagne pour dévaloriser la viande débitée ailleurs.

Mais la grande nouveauté, c’est à quel point les alternatives se sont répandues en dehors des entreprises installées, directement dans les mains des usagers. C’est une chose de bloquer le déploiement d’une nouvelle technologie. C’en est une autre de courir derrière ses clients pour leur expliquer que oui, ils ont accès à une nouvelle technologie, mais qu’une version tronquée leur serait bien plus profitable !

Heureusement, de nombreux citoyens se sont élevés contre ces pratiques. C’est d’ailleurs pour cela que la place centrale de notre station s’appelle la Quadrature. Ce sera l’objet d’un autre cours. Maintenant, je vous invite à co-écrire avec moi la suite de ce cours. Si vous en êtes d’accord, nous pourrions nous pencher sur des innovations technologiques passées, et déterminer le meilleur moyen d’accompagner les changements qu’elles ont induits.

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  1. #1 par Etienne Bar le 2013/07/27 - 10:47

    Excellent article.
    « Amazon disparut en 2019, lors du premier procès international pour fraude fiscale planétaire »
    Si seulement !😉

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