2013-026 – La série « Revolution » a tout faux. Je vous la recommande.

Je vous ai parlé il y a quelques temps de la série Revolution.

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Le pitch est court – ce sont les plus efficaces : nous sommes en 2028, tous les appareils électriques se sont arrêtés depuis 15 ans.
Il s’agit donc d’un univers post-apocalyptique assez classique. Après la catastrophe, les humains ont dû se réorganiser considérablement. Le niveau technologique est revenu à l’ère industrielle, à base de puissance animale et de vapeur.

Une série pleine de qualités…

Sachez que le créateur J. J. Abrams a aussi pondu Lost et de Fringe. Si comme moi vous pensez avoir perdu bêtement plus de 100h de votre vie à regarder Lost, attendez un peu avant de partir en courant. Il a appris de ses erreurs.
Vous retrouverez donc des personnages attachants et complexes, des mystères, des flashbacks, des mystères, la musique d’ambiance, des mystères, des traîtrises inattendues, et des mystères.

Mais.

Un gros Mais.

Vous n’aurez pas, du moins durant la seule saison à ce jour, de mystère sans réponse. Et ça, c’est énorme ! Enfin, pas en tant que tel. C’est surtout un soulagement après Lost.

…mais où la science n’est souvent qu’un prétexte.

La grande différence entre le genre science-fiction et le genre fantastique, c’est que le premier est censé justifier tous les événements de manière scientifique. Par exemple, les vampires peuvent exister dans les deux genres. Dans le premier, ils seront expliqués par une maladie ou une mutation. Dans le second, ils seront expliqués par une malédiction divine ou un sortilège.

Revolution fait partie de la première catégorie. Les événements devraient donc respecter les théories scientifiques les plus récentes, ou une nouvelle théorie si nécessaire. C’est bien le cas.

Mais derrière cette réflexion globale réussie se cache un échec dans les détails. Tout d’abord, de nombreux objets antérieurs au black-out sont retrouvés par les personnages. Ils sont tous parfaitement fonctionnels. Dans notre société du tout-jetable, il y a bien peu d’objets manufacturés dotés d’une aussi longue conservation sans entretien (obsolescence programmée ou pas).

Plus largement, le niveau de vie est ramené, en Amérique du Nord, au XIXe siècle. Les déplacements se font à cheval. La vie est organisée autour des cultures. Je trouve cela peu crédible.

L’épistémologie, ce n’est pas un gros mot.

L’évolution des sciences se fait par progrès successifs dans toutes les disciplines. Personne n’a inventé l’automobile. Il y a d’abord eu des chariots, avec de nombreux modèles de roues et de fixations. Puis l’installation d’une propulsion. Chaque étape, chaque petit progrès, a nécessité des centaines d’innovations.

Si toute la planète perdait l’électricité demain, qui connaîtrait, pratiquement, les techniques pré-électricité du XIXe siècle ? Une infime partie doit être connue de quelques rares historiens, répartis sur toute la planète.

Pas convaincu ? Demandez aujourd’hui à un concepteur d’automobile de concevoir intégralement une voiture des années 70. Il lui manquera la connaissance de dizaines de contraintes.

Idem avec un médecin que vous priveriez de toute la pharmacopée moderne. Il connaît les médicaments, peut-être même leur composition chimique. Bon courage pour reproduire un antihistaminique, sans aucune machine électrique.

L’ingénieur Thomas Thwaites a essayé de réaliser seul un grille-pain. Il en a démonté un. Il a ensuite tenté de reproduire toutes les pièces en extrayant lui-même les matières premières. « The Toaster Project« , le récit de son échec est très amusant et instructif à lire. Tonton Alias en parle ici.

En conclusion, je pense que si les appareils électriques s’arrêtaient demain, notre niveau technologique régresserait bien plus loin que le XIXe siècle, du fait de la perte de savoirs et de savoir-faire. Il faudrait redécouvrir tout le processus agricole local, puisque les transports que nous connaissons disparaitraient.

On peut imaginer que nous finirions par revenir à l’ère de la vapeur. Mais en quinze ans seulement ? Rien que le nombre d’animaux nécessaire poserait un énorme problème. Il faudrait comparer le ratio chevaux/humains de l’époque et maintenant. J’ai trouvé 2 420 000 chevaux en France en 1950. Revenir à une telle quantité demanderait bien plus que quinze ans…

Le progrès technologique est comme un déplacement en monocycle. Dès qu’on s’arrête, on tombe et on se fait mal !

Post scriptum : oui, le personnage principal du premier épisode de Revolution se savait ardemment recherché. Il n’a cependant pas cru utile de changer de nom après avoir déménagé…

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  1. #1 par Stéphane Gallay le 2013/06/24 - 14:55

    Je n’ai pas vu la série, mais, d’un point de vue narratif, il y a pas mal des problèmes qui peuvent se résoudre assez facilement par un dézinguage massif d’une bonne partie de la population. Faire survivre 300 millions d’Américains sans les ressources d’une nation industrialisée, ça me paraît à peu près impossible. Donc soit la population nord-américaine a chuté de façon spectaculaire (genre 50%), soit elle en va pas tarder à le faire.

    • #2 par unjouruneidee le 2013/06/24 - 14:59

      Y a effectivement une grosse baisse de la population. Un des flashbacks parle de corps si nombreux qu’il n’est plus possible de les enterrer. Mais la survie sur les stocks ne peut être que temporaire. Avec tous les moyens de transports modernes qui s’arrêtent, la production locale devient la seule solution. Et ça, même à 50% de population en moins, c’est un énorme problème de savoir, de formation et de moyens.

      • #3 par Stéphane Gallay le 2013/06/24 - 15:02

        Des fermiers, il y en a encore, même aux USA. OK, ça va être rude de recommencer à bosser sans pesticides, sans OGM et avec des tracteurs à pédales, mais c’est jouable, s’il s’agit de nourrir 150 millions de personnes. Pas 300 millions.

        Par contre, ça va impliquer des changements sociétaux majeurs (bye-bye grandes villes).

      • #4 par unjouruneidee le 2013/06/24 - 15:21

        Si tu cumules effondrement des transports, des télécommunications, des approvisionnements, des systèmes de santé, et donc de la majeure partie du système social, maintenir une production agricole suffisante, c’est pas gagné d’avance…

      • #5 par Stéphane Gallay le 2013/06/24 - 15:27

        Non, mais ce n’est pas impossible non plus. Et puis bon, qui aux USA remarquera l’effondrement de leur système social?😉

  1. Flattr: bilan pour juin 2013 | Blog à part: troisième époque

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