Archives de juin 2013

2013-028 – [Seth Godin] Penser l’argent

A chaque fois que je lis le blog (en anglais) de Seth Godin, je me dis qu’il faudrait traduire les meilleurs en français. Il lui arrive de regrouper quelques articles et de publier un livre. Beaucoup de temps s’écoule avant que le public français ne l’ait entre les mains. Vous pouvez d’ailleurs accélérer le mouvement en traduisant une partie de l’avant dernier qui sera publié chez Diateino.

Je pense régulièrement à traduire ses articles, notamment les plus courts. J’ai beaucoup apprécié sa dernière livraison, je l’ai donc traduite. Alors qu’elle est plutôt longue, va comprendre. Bon, celui-ci m’a beaucoup plu parce qu’il reprend une bonne partie des idées que j’essayais d’inculquer à mes élèves en cours d’économie.

Penser l’argent (Thinking about money)

Les directeurs marketing font des heures sup pour entretenir notre confusion envers l’argent. Ils profitent de notre incompréhension de la valeur temporelle de l’argent, de notre aversion à lire les petites lignes, de notre besoin enfantin de gratification immédiate et, surtout, de notre connexion émotionnelle conflictuelle avec l’argent.

Entretenir la confusion des clients envers l’argent peut être rentable, si c’est un truc que vous êtes prêt à faire.

Quelques points à garder en mémoire :

  1. La quantité d’argent que vous avez n’a aucun lien avec être ou pas quelqu’un de bien. Être doué avec l’argent est un peu comme être bon aux cartes. Les gens doués aux cartes ne sont pas meilleurs ou pires que les autres. Ils sont juste meilleurs à la belote.
  2. L’argent dépensé pour une chose est le même que celui dépensé pour une autre. Des frais inutiles de 500$ sur un prêt immobilier d’un million d’euros sont autant d’argent qu’un pourboire de 500$ au McDo.
  3. Si vous empruntez de l’argent pour gagner de l’argent, vous avez fait quelque chose de magique. D’un autre côté, si vous vous endettez pour payer vos factures ou acheter quelque chose d’inutile, vous avez fait un truc stupide. Stupide, court-termiste et finalement nuisible pour vous.
  4. En lien avec le 3. : se désendetter aussi vite que possible est la meilleure chose à faire. Si vous avez besoin d’une preuve, demandez à quelqu’un qui a de l’argent de vous montrer les maths. Indice : les banques de crédit font plus de profit que n’importe quelle autre entreprise dans le monde.
  5. Il n’y a pas de différence (en termes d’argent possédé) entre dépenser de l’argent et ne pas gagner de l’argent. Pas de différence entre ne pas dépenser de l’argent et avoir une augmentation (en fait, à cause des impôts, il est préférable de choisir la non-dépense). Si vous avez le satellite et un téléphone portable, vous dépensez 720€ par an. L’équivalent d’une augmentation de 1000€ par an.
  6. Si l’argent est un sujet d’émotion pour vous, vous venez de mettre le doigt sur une grosse part du problème. Personne ne devient un bon bricoleur en ayant un problème émotionnel avec les marteaux. Mettez vos problèmes émotionnels là où ils doivent être, et voyez l’argent comme un outil.
  7. Comme tout sujet professionnel important, l’argent a son propre vocabulaire. Il ne vous faudra pas longtemps pour apprendre le sens de coût d’opportunité, investissement, dette, effet de levier, points de base et dépense à coûts perdus, et ce ne sera pas du temps perdu.
  8. Ne vous engagez pas dans un contrat ou un investissement que vous ne comprenez pas au moins aussi bien que l’autre partie de la transaction.
  9. Si vous avez un travail, un vrai travail quotidien, voici venu le temps de trouver un moyen de gagner un peu d’argent en plus. Bosser en indépendant, vendre sur eBay, monter une boîte – 600€ par mois durant les 20 prochaines années vous apporteront la tranquillité d’esprit pour le reste de votre vie.
  10. Les probabilités qu’un boursicoteur soit chanceux avec ses actions ou en investissant sont inexistantes.
  11. La façon dont vous donnez votre argent à de bonnes causes a beaucoup à voir avec ce que vous ressentez envers l’argent.
  12. Ne commencez pas à confondre l’argent et la sécurité. Il y a beaucoup de façons de sécuriser sa vie, en commençant par les histoires que vous vous racontez, les gens dont vous vous entourez et le niveau de vie que vous choisissez. L’argent est une des façons de sentir sécurisé, mais l’argent seul ne peut pas vous offrir la sécurité.
  13. Les riches qui ont été poursuivis pour délit d’initié ne risquaient pas tout pour gagner encore plus d’argent, et pour la sécurité qui va avec. En fait, c’est clairement l’opposé qui se passe dans ce cas. Le besoin insatiable d’argent est directement (et ironiquement) lié au fait d’être confus à propos de ce qui apporte réellement la sécurité. Comme beaucoup sur ce chemin, ils n’ont désormais ni argent ni sécurité.
  14. Dans notre culture, gagner plus d’argent semble une victoire, et la victoire semble être la finalité.
  15. Dans les groupes, plus d’argent ne rend pas les membres plus heureux. Apprendre à bien penser son argent, par contre, rend généralement plus heureux.
  16. Sur le long terme, faire un travail important apporte plus de bonheur que faire un travail qui est simplement profitable.

Je ne suis pas d’accord avec tout. Ou du moins, je n’accorde pas la même importance à tout.

Le 1. est crucial.

J’illustrais le 2. avec l’exemple suivant : vous êtes prêt à traverser la ville pour économiser 50€ sur un autoradio à 100€. Vous ne traverserez pas la ville pour économiser 50€ sur une voiture à 20 000€. Le résultat final est pourtant strictement le même : traverser la ville pour économiser 50€ ! Ioudgine l’a fait dans un article à mourir de rire sur la vente de son appartement : en laissant le four, elle fait monter les négociations de 20 000€.

Le 5. est crucial. S’il vous manque 200€ par mois, il est bien plus facile de trouver 200€ d’économies par mois que 200€ de nouveaux revenus par mois.

Le 12. devrait être en tête de tous ceux qui rêvent de quitter leur boulot. Je ne dis pas de le faire n’importe quand ou n’importe comment, mais on a, jusqu’à preuve du contraire, qu’une seule vie.

Barbara l’a dit mieux que moi  : Que tout le temps qui passe, Ne se rattrape guère, Que tout le temps perdu, Ne se rattrape plus.

PS: dear Seth, I hope you won’t mind me translating this article. If by extraordinary it was a problem to you, I’d immediatly transform this article in a sum of quotes from the original article.

Edit : Seth m’a répondu. Il a dit « Merci !« 

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2013-027 – [JdR] Mes envies de bricolage

Il y a plusieurs jeux de rôles dont j’apprécie l’univers et pas les règles.
Il y a plusieurs jeux de rôles dont j’apprécie les règles et pas l’univers.
C’est pourquoi il est tentant de mixer des morceaux, comme le premier Docteur Frankenstein venu.

Les déjà faits

Les presque faits

Les envies futures

Et vous ?

Je sais que je ne suis pas le seul adepte. Les éditions du concours Vieux pots Nouvelles soupes contiennent de nombreuses bonnes idées.

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2013-026 – La série « Revolution » a tout faux. Je vous la recommande.

Je vous ai parlé il y a quelques temps de la série Revolution.

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Le pitch est court – ce sont les plus efficaces : nous sommes en 2028, tous les appareils électriques se sont arrêtés depuis 15 ans.
Il s’agit donc d’un univers post-apocalyptique assez classique. Après la catastrophe, les humains ont dû se réorganiser considérablement. Le niveau technologique est revenu à l’ère industrielle, à base de puissance animale et de vapeur.

Une série pleine de qualités…

Sachez que le créateur J. J. Abrams a aussi pondu Lost et de Fringe. Si comme moi vous pensez avoir perdu bêtement plus de 100h de votre vie à regarder Lost, attendez un peu avant de partir en courant. Il a appris de ses erreurs.
Vous retrouverez donc des personnages attachants et complexes, des mystères, des flashbacks, des mystères, la musique d’ambiance, des mystères, des traîtrises inattendues, et des mystères.

Mais.

Un gros Mais.

Vous n’aurez pas, du moins durant la seule saison à ce jour, de mystère sans réponse. Et ça, c’est énorme ! Enfin, pas en tant que tel. C’est surtout un soulagement après Lost.

…mais où la science n’est souvent qu’un prétexte.

La grande différence entre le genre science-fiction et le genre fantastique, c’est que le premier est censé justifier tous les événements de manière scientifique. Par exemple, les vampires peuvent exister dans les deux genres. Dans le premier, ils seront expliqués par une maladie ou une mutation. Dans le second, ils seront expliqués par une malédiction divine ou un sortilège.

Revolution fait partie de la première catégorie. Les événements devraient donc respecter les théories scientifiques les plus récentes, ou une nouvelle théorie si nécessaire. C’est bien le cas.

Mais derrière cette réflexion globale réussie se cache un échec dans les détails. Tout d’abord, de nombreux objets antérieurs au black-out sont retrouvés par les personnages. Ils sont tous parfaitement fonctionnels. Dans notre société du tout-jetable, il y a bien peu d’objets manufacturés dotés d’une aussi longue conservation sans entretien (obsolescence programmée ou pas).

Plus largement, le niveau de vie est ramené, en Amérique du Nord, au XIXe siècle. Les déplacements se font à cheval. La vie est organisée autour des cultures. Je trouve cela peu crédible.

L’épistémologie, ce n’est pas un gros mot.

L’évolution des sciences se fait par progrès successifs dans toutes les disciplines. Personne n’a inventé l’automobile. Il y a d’abord eu des chariots, avec de nombreux modèles de roues et de fixations. Puis l’installation d’une propulsion. Chaque étape, chaque petit progrès, a nécessité des centaines d’innovations.

Si toute la planète perdait l’électricité demain, qui connaîtrait, pratiquement, les techniques pré-électricité du XIXe siècle ? Une infime partie doit être connue de quelques rares historiens, répartis sur toute la planète.

Pas convaincu ? Demandez aujourd’hui à un concepteur d’automobile de concevoir intégralement une voiture des années 70. Il lui manquera la connaissance de dizaines de contraintes.

Idem avec un médecin que vous priveriez de toute la pharmacopée moderne. Il connaît les médicaments, peut-être même leur composition chimique. Bon courage pour reproduire un antihistaminique, sans aucune machine électrique.

L’ingénieur Thomas Thwaites a essayé de réaliser seul un grille-pain. Il en a démonté un. Il a ensuite tenté de reproduire toutes les pièces en extrayant lui-même les matières premières. « The Toaster Project« , le récit de son échec est très amusant et instructif à lire. Tonton Alias en parle ici.

En conclusion, je pense que si les appareils électriques s’arrêtaient demain, notre niveau technologique régresserait bien plus loin que le XIXe siècle, du fait de la perte de savoirs et de savoir-faire. Il faudrait redécouvrir tout le processus agricole local, puisque les transports que nous connaissons disparaitraient.

On peut imaginer que nous finirions par revenir à l’ère de la vapeur. Mais en quinze ans seulement ? Rien que le nombre d’animaux nécessaire poserait un énorme problème. Il faudrait comparer le ratio chevaux/humains de l’époque et maintenant. J’ai trouvé 2 420 000 chevaux en France en 1950. Revenir à une telle quantité demanderait bien plus que quinze ans…

Le progrès technologique est comme un déplacement en monocycle. Dès qu’on s’arrête, on tombe et on se fait mal !

Post scriptum : oui, le personnage principal du premier épisode de Revolution se savait ardemment recherché. Il n’a cependant pas cru utile de changer de nom après avoir déménagé…

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2013-025 – Changer, c’est risquer de devenir un sale con

Comme je l’ai dit précédemment, j’ai arrêté l’alcool le 2012/12/31 à minuit, pour un an. J’ai arrêté le Coca zero le mois suivant.

C’était plutôt facile. Mais ça n’a rien changé à mon poids. D’ailleurs, mes déplacements Coca zero au distributeur se sont transformés en déplacements bonbons / barres chocolatées. Donc prise de poids plutôt que perte.

J’ai envisagé au premier mars de m’interdire tout aliment contenant plus de 50% de sucre. Trop compliqué, l’info n’est pas toujours disponible.

En avril, je faisais 113 kg pour 1m91. Un IMC de 31, soit un début d’obésité. J’ai ressorti du placard un gadget acheté l’année précédente chez Qoqa, mon pourvoyeur de gadgets à prix réduit.

Here comes the Fitbit Ultra


Ce petit gadget est un podomètre amélioré, qui se place dans une poche ou sur la bordure d’un vêtement.
Il mesure tous les déplacements, les escaliers montés, ainsi que les périodes de sommeil.
Tout seul, ça ne sert quasiment à rien.
Couplé à l’application Android/iPhone qui permet d’enregistrer les activités non détectées et les aliments consommés, ça devient un instrument de régime redoutable.

La base du régime est le calcul de calories. On additionne les calories consommées, il faut en dépenser plus. Cette théorie des calories a beaucoup de détracteurs, mais le principe de sous-nutrition est une méthode de régime efficace. Le système Fitbit ne pousse pas directement à manger des fruits et des légumes. Mais lorsque vous commencez à comparer la quantité de calories pour 100g de cookies et 100g de tomates, le choix est vite fait.

Et ça marche ?

J’étais plutôt sceptique en démarrant, le 13 avril. J’ai donc choisi la vitesse maxi, censée aboutir à -900g/semaine. 2 mois et 8 jours plus tard, j’ai perdu 12,5 kg. Mon IMC est aujourd’hui de 27,5, à mi-chemin entre le maxi du normal et le mini de l’obésité. Je considère que c’est une réussite. J’ai d’ailleurs diminué la vitesse du régime. Il paraît que le fait de consommer les réserves trop rapidement peut infliger un stress important à l’organisme.

Cette méthode est par contre réservée aux geeks obsessionnels, qui ne voient pas d’inconvénient à enregistrer le moindre gramme de nourriture consommée. Si vous n’êtes pas prêt à devenir une machine enregistreuse, pas la peine d’investir dans un Fitbit.

« Puisque moi j’y arrive… » et autres tentations de devenir un sale con

Je ne bois plus d’alcool. Ma réaction face à ceux qui en boivent encore, et qui n’envisagent pas d’arrêter, est de les trouver vaguement faibles de ne pas être capables de cet effort. Idem pour le Coca.

Quant au régime… c’est encore pire. Le sentiment que je parviens à maigrir sans trop de difficultés me donne l’impression que ceux qui n’y parviennent pas, quelle que soit la raison, sont des feignants sans volonté. Alors que je sais, consciemment, que c’est faux !

Je vois plusieurs raisons à ces pensées plutôt malsaines.

  • Pour se motiver à éviter les aliments inadaptés, il faut s’autopersuader que les consommer en grande quantité est mauvais. Puisque c’est mauvais, ceux qui ne se restreignent pas sont mauvais aussi.
  • Il y a des dizaines de raisons qui expliquent le poids de quelqu’un : éducation, environnement, génétique, alimentation, moyens financiers, humeur, stress… Et ces raisons interagissent entre elles ! Il est donc bien trop facile (et stupide) de se dire « XXX est trop gros-se, il/elle se laisse aller. » Mais puisque c’est facile, le réflexe est vite acquis.
  • Il est normal d’être fier lorsque l’on atteint un objectif qu’on s’est fixé. La fierté se transforme rapidement en sentiment de supériorité : non content d’y arriver, je vois que d’autres n’y arrivent pas. Peu importe qu’ils n’aient pas essayé !

Fitbit, c’est bon, mais ne devenez pas un sale con

Les nouveaux convertis sont les pires, c’est connu. C’est pourquoi je vous invite à essayer Fitbit si vous avez envie de maigrir ET que vous êtes un geek capable de saisir toutes vos données ET que vous pouvez vous restreindre en suivant un programme calorique strict. D’ailleurs le nouveau modèle Fitbit Flex vient de sortir.

Surtout, surtout, n’oubliez pas votre humilité en chemin. C’est un lieu commun, mais ça ne fait jamais de mal de respecter les différences de vos congénères humains. Paix, sérénité et légumes bio, mes frères et sœurs.

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