169 – De l’influence des dessins animés sur l’éducation de nos enfants (et la nôtre !)

Connaissez-vous encore par coeur le générique des dessins animés de votre enfance ?

Test :

Et si je vous dis « Ce rêve bleu… », vous visualisez un mendiant du Proche-Orient ?

Mais que en dehors de ces souvenirs plus ou moins conscients, quelles sont les valeurs transmises ?

Je me souviens d’être tombé sur un épisode de Totally Spies, dont le méchant était un syndicaliste qui voulait empêcher les magasins d’ouvrir le dimanche. Oui oui, le méchant. Parce qu’il faut vraiment être un pourri pour empêcher les trois jeunes héroïnes-consommatrices de faire du shopping 24h/24 et 7j/7, n’est-ce pas ?

Mais bon, Totally Spies, tout le monde sait que c’est pas terrible. Qu’en est-il de nos grands classiques ? Les Walt Disney de notre enfance ? Les chers Pixar de nos enfants ?

Je vous invite à regarder cette vidéo sur les Walt Disney. C’est en anglais, mais les images parlent d’elles-mêmes.

Le résultat est clair : les hommes séduisants sont tous sur le même modèle, et les femmes sont soit soumises, soit imitatrices des hommes pour réussir.

Quant aux films Pixar… J’ai déjà dit tout le bien que je pense de Rebelle. Il n’empêche que les Indestructibles et Shrek 4 font très mal, lorsque l’on décortique leur contenu. Sexisme extrêmement lourd, et pourtant camouflé sous un saupoudrage de façade féministe. Vicelard, non ? Extraits.

Le film Les Indestructibles tourne autour d’un personnage masculin, Robert Parr, un père qui traverse une crise existentielle menaçant son bonheur et celui de sa famille. […]

Alors que sa femme attend de lui qu’il s’investisse plus dans les tâches parentales (« Il est temps que tu t’investisses ! », lui crie-t-elle un jour où elle est vraiment à bout de nerfs), il passe son temps à fuir l’univers oppressant du foyer, en allant par exemple retrouver son pote le soir pour discuter du bon vieux temps pendant que la mère s’occupe des gosses. Ce dont Robert a peur, c’est de perdre son statut d’être « exceptionnel », et d’être ainsi « sous-estimé » comme il l’avouera à la fin. Par la bouche de son héros, le film rend ainsi compte d’une peur qu’ont sûrement connue (et que connaissent encore) un grand nombre de « nouveaux pères » : la peur de perdre leur statut privilégié et prestigieux au sein de la famille. Et en effet, il y a des raisons d’avoir peur. Car en lui demandant de s’investir autant que la mère dans les tâches domestiques et parentales, on demande au « nouveau père » de partager avec elle sa condition féminine qui est loin d’être une sinécure, puisqu’elle consiste à accomplir quotidiennement et gratuitement un travail qui n’est pas du tout valorisé, et d’ailleurs même pas reconnu comme un travail à part entière. Robert incarne donc des peurs bien réelles chez les « nouveaux pères » : peur de voir sa vie sociale à l’extérieur du foyer fortement restreinte, peur de sombrer dans un quotidien morne et répétitif, peur de perdre la place la plus prestigieuse au sein de la famille, peur d’accomplir un travail complètement invisibilisé et par là même aucunement valorisé. En résumé : peur de subir ce que les hommes font subir aux femmes depuis des lustres…

Malheureusement, à aucun moment le film ne permettra une telle esquisse de critique du patriarcat, en montrant par exemple que ce qui est si difficile à supporter pour un homme l’est peut-être tout autant pour une femme… Non, ici, c’est avant tout l’homme qui souffre. La femme passe son temps à accomplir toutes les tâches ménagères et à s’occuper des enfants, elle n’a pas de travail ni de vie sociale en dehors de la maison, mais cela n’est pas du tout un problème pour elle. Sa condition n’est jamais présentée comme une possible source de souffrance. Ses seuls problèmes, ce sont les problèmes des autres (son fils intenable, sa fille mal dans sa peau, et surtout son mari dépressif). Le film nous dresse ainsi le portrait d’une mère qui accomplit parfaitement le rôle qui lui est imparti sous le patriarcat : celui d’un « être pour autrui » qui doit faire passer les autres avant soi, assurer l’unité et l’équilibre émotionnel de la famille pour que les autres individualités puissent s’y épanouir. Et jamais dans le film ce rôle n’est montré pour ce qu’il est réellement : une pure et simple exploitation, le produit d’un rapport de domination exercé par les hommes sur les femmes.

L’auteur du long article dont j’ai reproduit les extraits ci-dessus, Paul Rigouste, nous livre une analyse très détaillée des Indestructibles. Et ça fait mal. On renvoie à nos enfants que les femmes ne sont que des râleuses qui empêchent les hommes d’accomplir leur destin d’être exceptionnel. Et qu’elles sont très heureuses de leur situation de « responsable des tâches domestiques »…

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ça me laisse un goût amer dans la bouche. Et surtout, une montagne de boulot devant moi : il faut filtrer, ou au moins essayer, les dessins animés de nos enfants. Mais c’est mission impossible : on ne peut pas contrôler ce qu’ils verront chez des copains, chez les grands-parents ou ailleurs. On en revient donc à la première responsabilité des parents : expliciter le monde, discuter avec les enfants, et leur enseigner à prendre du recul sur ce qu’ils voient et entendent…

Y a des parents dans la salle ?

, , , , , , , , , , , , , , , ,

  1. #1 par Stéphane Gallay le 2012/12/30 - 15:31

    Personnellement, je n’accorderais pas trop d’importance à ce genre d’analyses. Mon expérience en matière de dissertations m’a appris qu’avec un peu de mauvaise foi et quelques citations hors contexte, on peut faire dire tout, n’importe quoi et son contraire à un même texte.

  2. #2 par Cha le 2016/02/26 - 23:43

    Shrek c’est pas un Pixar. C’est un Dreamworks

  1. Info Janvier 2014 | EgaliGone

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :