Archives de décembre 2012

170 – Le Hobbit, vraie daube ou conte à multiples facettes ?

J’ai découvert le Seigneur des Anneaux au CDI du collège, durant mon année de 5e. La Communauté de l’Anneau, emprunté un lundi, m’a duré l’après-midi et une bonne partie de la nuit. Je l’ai rendu le mardi, et j’ai pris Les Deux Tours. Que j’ai rendu le lendemain, pour prendre le Retour du Roi. Dans la nuit du mercredi, j’avais bouclé les centaines de pages de l’œuvre majeure de Tolkien. Une bonne claque dans ma tête de préado. Mais j’étais déjà tombé dans la marmite de la fantasy depuis quelques années, grâce aux livres dont vous êtes le héros, en CM1 et CM2…

Tout ça pour dire que les films du Seigneur des Anneaux, je les attendais de pied ferme. Idem pour le Hobbit, dont le premier épisode vient d’atteindre nos écrans. Une bande-annonce pour vous mettre dans l’ambiance.

Et une seconde pour la route

Ce film est-il critiquable ? Oui, bien sûr. Choisir de faire trois films de plus de deux heures et demi pour raconter un seul livre, ça peut paraître beaucoup. J’y allais d’ailleurs en m’attendant à m’ennuyer, au moins de temps en temps. Eh bien, ce premier écueil ne doit pas vous effrayer. Je n’ai pas une seule fois regardé ma montre durant ces 2h45.

Du point de vue des puristes, qui souhaite garder l’œuvre de Tolkien dans le formol, sans en changer la moindre virgule, ce film est une vraie daube. Vous trouverez donc nombre de critiques pour le descendre en flamme. Ce ne sera pas mon propos ici.

Pour vraiment comprendre ce film, il faut surtout prendre en compte qui raconte cette histoire. La scène d’introduction nous montre clairement qu’il s’agit du récit de Bilbon vieillissant, à destination de son jeune neveu. Il est donc évident que les images du film ne sont pas les évènements tels qu’ils se sont déroulés, mais les souvenirs qu’en a Bilbon. Ce qui explique d’ailleurs que seuls les évènements marquants sont montrés. Le ravitaillement n’est jamais évoqué, par exemple.

Mais est-ce bien la seule couche de subjectivité ? Ce récit est écrit pour Frodon. C’est donc probablement lui qui le lit. Et cette paire d’yeux est celle d’un jeune hobbit, qui découvre la vie aventureuse de son oncle.

Imaginez que vous découvriez lors d’un déménagement le journal de votre grand-oncle, soldat pendant la campagne de Normandie. Il serait probablement plein de détails inintéressants que vous oublieriez sitôt lus. Et vous seriez longuement marqués par sa description du débarquement, de son avancée mètre par mètre entre les haies du bocage, et de l’escarmouche où il a sauvé sa compagnie en lançant une grenade dans les chenilles d’un panzer allemand.

Avec cette idée en tête, le film prend tout son sens. Oui, c’est un récit d’aventure. Oui, les nains ont l’air de grands guerriers, capables d’affronter des milliers de gobelins sans qu’un seul ne soit blessé. Sachez-le avant de le voir, et vous ne serez pas déçu.

Ah, un dernier conseil. J’ai envisagé de le montrer à un enfant de bientôt 7 ans. Après la séance, j’ai remonté mon seuil à au moins 12 ans.

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88bis – J’ai pas eu de réponse à ma question sur la messagerie Microsoft, mais j’ai été entendu (par les CNIL)

Souvenez-vous. En mars dernier, je me demandais si les conditions d’utilisation de la messagerie Hotmail de Microsoft étaient bien légales.

Aucun avocat ou juriste n’a daigné commenter mon article, ce dont je suis fort marri. Mais je ne suis pas le seul que cela ait choqué. Les 27 CNIL européennes ont ouvert une enquête concernant ces mêmes conditions d’utilisation. Certes, elles ont changé depuis. Mais d’une part, j’ai cru reconnaître les passages que j’incriminais en mars, et d’autre part, j’ai la flemme de décortiquer les différences entre les CGU de mars et celles d’octobre.

Comme l’indique Jacob Kohnstamm, qui préside le groupe des régulateurs dans l’enquête, ces derniers ont d’ailleurs « décidé de vérifier les conséquences potentielles pour la protection des données personnelles de ces utilisateurs au travers d’une procédure coordonnée »

Donc, j’avais raison de m’inquiéter, et j’espère que les CNIL obtiendront gain de cause. Ça commence à bien faire, M. Microsoft !

PS: j’ai eu l’occasion de participer à un atelier de la CNIL. Si tous les salariés sont à la hauteur des trois que j’ai rencontrés, c’est un organisme dont nous pouvons être fier. Dommage que leur budget soit aussi ridicule (32 ans d’existence lui valent un budget de 13 millions d’euros. Ce qu’Hadopi a atteint en un an. La première s’occupe du respect de nos libertés démocratiques fondamentales dans l’univers numérique. La seconde des mères de familles qui copient des mp3. Cherchez l’erreur…)

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10e interruption des programmes : le résumé du blog

Arrêtez tout !

Le philosophe Michel Serres vient de publier Petite Poucette, qui est ni plus ni moins qu’un résumé des meilleurs articles de ce blog. Quoi, mes chevilles ?

Trois courts extraits de son interview, que je vous recommande chaudement :

notre monde traverse une phase de changements gigantesques. Comme on est obnubilé par l’économie, on ne pense la crise qu’en termes économiques, mais il y a tellement de choses plus importantes qui nous mettent en crise! Cette crise d’ailleurs, c’est principalement le malaise dans nos têtes devant les immenses changements qui sont à l’œuvre.

Par exemple… 
Nous étions 50% d’agriculteurs à la fin de la guerre et ils ne sont plus que 1%. Pendant ma vie humaine, et c’est unique dans l’histoire, la population mondiale a doublé deux fois! Quand je suis né, on était 2 milliards, on est 7 milliards aujourd’hui. Dans la même période, l’espérance de vie a triplé. C’est tout cela que l’on ne voit pas.

Pourquoi?
On sait qu’un tremblement de terre se passe en surface. Or la théorie des mouvements de plaques l’explique par des mouvements profonds. Ce que j’essaie d’expliquer, ce sont les mouvements profonds. La fin de l’agriculture, la victoire sur la douleur en médecine, l’allongement de l’espérance de vie. Tout cela a des conséquences énormes : quand mon arrière-grand-père se mariait, statistiquement, il jurait à sa compagne fidélité pour cinq à dix ans, maintenant c’est pour soixante ans.

Voilà pour le diagnostic.

Y a-t-il eu auparavant des moments d’inquiétude aussi forte qu’aujourd’hui?
Oui, bien sûr. Dans Petite Poucette , j’en décris deux autres, qui correspondent aux deux précédentes révolutions de l’humanité. La première se situe quand on est passé du stade oral au stade écrit. La deuxième, quand on est passé du stade écrit au stade imprimé. Maintenant, dans la troisième révolution, on bascule du stade imprimé au stade numérique. À chacune de ces trois révolutions correspondent les mêmes inquiétudes… À la première, Socrate fulminait contre l’écrit en disant que seul l’oral était vivant! Au moment de l’imprimerie, il y a des gens qui disaient que cette horrible masse de livres allait ramener la barbarie. Ils affirmaient d’ailleurs que personne ne pourrait jamais lire tous les livres, ce en quoi ils avaient raison. Il est donc naturel de retrouver les mêmes angoisses au moment d’une révolution qui est encore plus forte que les deux précédentes.

Voilà pour la mise en perspective historique.

Petite Poucette a 30 ans, et dans dix ans, elle prend le pouvoir. Dans dix ans, elle l’aura, et elle changera tout cela… Regardez le printemps arabe, le rôle des nouvelles technologies, le rôle des femmes alphabétisées dans ces pays, tout cela est déjà à l’œuvre. Et puis, reprenons l’histoire. En Grèce, avec l’écriture, arrivent la géométrie, la démocratie et les religions du Livre, monothéistes. Avec l’imprimerie arrivent l’humanisme, les banques, le protestantisme, Galilée, la physique mathématique… Il suffit de voir tout ce qui a changé lors du passage à l’écriture et à l’imprimerie. Ce sont des changements colossaux à chaque fois. On vit une période historique.

Et voilà pour le futur.

On vit une révolution, je vous l’ai déjà dit, non ?

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169 – De l’influence des dessins animés sur l’éducation de nos enfants (et la nôtre !)

Connaissez-vous encore par coeur le générique des dessins animés de votre enfance ?

Test :

Et si je vous dis « Ce rêve bleu… », vous visualisez un mendiant du Proche-Orient ?

Mais que en dehors de ces souvenirs plus ou moins conscients, quelles sont les valeurs transmises ?

Je me souviens d’être tombé sur un épisode de Totally Spies, dont le méchant était un syndicaliste qui voulait empêcher les magasins d’ouvrir le dimanche. Oui oui, le méchant. Parce qu’il faut vraiment être un pourri pour empêcher les trois jeunes héroïnes-consommatrices de faire du shopping 24h/24 et 7j/7, n’est-ce pas ?

Mais bon, Totally Spies, tout le monde sait que c’est pas terrible. Qu’en est-il de nos grands classiques ? Les Walt Disney de notre enfance ? Les chers Pixar de nos enfants ?

Je vous invite à regarder cette vidéo sur les Walt Disney. C’est en anglais, mais les images parlent d’elles-mêmes.

Le résultat est clair : les hommes séduisants sont tous sur le même modèle, et les femmes sont soit soumises, soit imitatrices des hommes pour réussir.

Quant aux films Pixar… J’ai déjà dit tout le bien que je pense de Rebelle. Il n’empêche que les Indestructibles et Shrek 4 font très mal, lorsque l’on décortique leur contenu. Sexisme extrêmement lourd, et pourtant camouflé sous un saupoudrage de façade féministe. Vicelard, non ? Extraits.

Le film Les Indestructibles tourne autour d’un personnage masculin, Robert Parr, un père qui traverse une crise existentielle menaçant son bonheur et celui de sa famille. […]

Alors que sa femme attend de lui qu’il s’investisse plus dans les tâches parentales (« Il est temps que tu t’investisses ! », lui crie-t-elle un jour où elle est vraiment à bout de nerfs), il passe son temps à fuir l’univers oppressant du foyer, en allant par exemple retrouver son pote le soir pour discuter du bon vieux temps pendant que la mère s’occupe des gosses. Ce dont Robert a peur, c’est de perdre son statut d’être « exceptionnel », et d’être ainsi « sous-estimé » comme il l’avouera à la fin. Par la bouche de son héros, le film rend ainsi compte d’une peur qu’ont sûrement connue (et que connaissent encore) un grand nombre de « nouveaux pères » : la peur de perdre leur statut privilégié et prestigieux au sein de la famille. Et en effet, il y a des raisons d’avoir peur. Car en lui demandant de s’investir autant que la mère dans les tâches domestiques et parentales, on demande au « nouveau père » de partager avec elle sa condition féminine qui est loin d’être une sinécure, puisqu’elle consiste à accomplir quotidiennement et gratuitement un travail qui n’est pas du tout valorisé, et d’ailleurs même pas reconnu comme un travail à part entière. Robert incarne donc des peurs bien réelles chez les « nouveaux pères » : peur de voir sa vie sociale à l’extérieur du foyer fortement restreinte, peur de sombrer dans un quotidien morne et répétitif, peur de perdre la place la plus prestigieuse au sein de la famille, peur d’accomplir un travail complètement invisibilisé et par là même aucunement valorisé. En résumé : peur de subir ce que les hommes font subir aux femmes depuis des lustres…

Malheureusement, à aucun moment le film ne permettra une telle esquisse de critique du patriarcat, en montrant par exemple que ce qui est si difficile à supporter pour un homme l’est peut-être tout autant pour une femme… Non, ici, c’est avant tout l’homme qui souffre. La femme passe son temps à accomplir toutes les tâches ménagères et à s’occuper des enfants, elle n’a pas de travail ni de vie sociale en dehors de la maison, mais cela n’est pas du tout un problème pour elle. Sa condition n’est jamais présentée comme une possible source de souffrance. Ses seuls problèmes, ce sont les problèmes des autres (son fils intenable, sa fille mal dans sa peau, et surtout son mari dépressif). Le film nous dresse ainsi le portrait d’une mère qui accomplit parfaitement le rôle qui lui est imparti sous le patriarcat : celui d’un « être pour autrui » qui doit faire passer les autres avant soi, assurer l’unité et l’équilibre émotionnel de la famille pour que les autres individualités puissent s’y épanouir. Et jamais dans le film ce rôle n’est montré pour ce qu’il est réellement : une pure et simple exploitation, le produit d’un rapport de domination exercé par les hommes sur les femmes.

L’auteur du long article dont j’ai reproduit les extraits ci-dessus, Paul Rigouste, nous livre une analyse très détaillée des Indestructibles. Et ça fait mal. On renvoie à nos enfants que les femmes ne sont que des râleuses qui empêchent les hommes d’accomplir leur destin d’être exceptionnel. Et qu’elles sont très heureuses de leur situation de « responsable des tâches domestiques »…

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais ça me laisse un goût amer dans la bouche. Et surtout, une montagne de boulot devant moi : il faut filtrer, ou au moins essayer, les dessins animés de nos enfants. Mais c’est mission impossible : on ne peut pas contrôler ce qu’ils verront chez des copains, chez les grands-parents ou ailleurs. On en revient donc à la première responsabilité des parents : expliciter le monde, discuter avec les enfants, et leur enseigner à prendre du recul sur ce qu’ils voient et entendent…

Y a des parents dans la salle ?

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168 – Les gagnants du concours « La Crise et Moi »

Il est bien tard pour annoncer les résultats, mais l’honneur est sauf : les cadeaux ont été distribués aux dès le mercredi 19 décembre.

Félicitations donc à Franck P. et Damien C., qui sont donc les heureux gagnants d’un exemplaire de « La Crise et moi« . J’apprécierai que vous donniez votre avis sur le livre en commentaire de cet article, messieurs.

J’en profite pour remercier à nouveau chaleureusement Anne-Sophie Jacques, qui a non seulement offert un des deux livres récompenses du concours, mais qui a aussi accepté de dédicacer mes trois exemplaires que j’avais.

J’ai pu échanger quelques mots avec elle, Daniel Schneidermann et le responsable de la maison d’édition Le Publieur.

Ils ont notamment annoncé la mise en vente de la version électronique du livre, à 4,99€. Au choix en pdf ou en epub, le tout sans verrou numérique ! C’est une excellente idée, qui mérite d’être soutenue. C’est d’ailleurs une première pour un livre publié par Arrêt sur Images, Daniel Schneidermann ayant avoué être « tout sauf technophile ». Pour le dirigeant d’un journal disponible uniquement sur un site web, c’est plutôt amusant.

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