156 – La finance, cette inconnue.

Ces dernières années, j’ai donné quelques cours de « management d’entreprise » (notez le magnifique anglicisme, dénomination officielle de l’éducation nationale) à des étudiants de BTS commerciaux.

Le programme contenait notamment un passage sur la gouvernance des entreprises. Ce passage m’a permis de découvrir que mes étudiants, de 19 à 24 ans, ne savaient absolument pas qui dirige une entreprise, ni à quel titre. Oh, ils savent qu’il y a un patron. Mais les termes « part sociale« , « actions« , « conseil d’administration« , « assemblée générale des actionnaires« , « gérant« , « président » ou « directeur général » leur échappaient totalement. Et vous ?

Je ne vais pas vous faire un cours, ce serait long et chiant. Donc, je vous renvoie vers la page Droit des sociétés de wikipedia. Mais au-delà de ces règles, il est un mécanisme auquel j’ai assisté, et que je ne comprends toujours pas aujourd’hui. Ou du moins, je le comprends, mais ça ressemble tellement à une escroquerie que je n’arrive pas à comprendre comment on peut tomber dans le panneau.

Prenons une entreprise, dont toutes les actions sont dans les mains d’une seule personne. Création de l’entreprise, héritage, peu importe comment on en est arrivés là. Il décide d’entrer en bourse. Cela consiste à mettre en vente une partie des actions qui constituent les titres de propriété de l’entreprise. Il en vend 49%, ce qui lui garantit de toujours avoir la majorité lors des votes de l’assemblée générale des actionnaires. Pour simplifier, disons qu’il vend 49 actions à 100 000 euros. Pour un total de 4 900 000 euros.

Cette somme va directement dans sa poche. Il peut s’en servir pour investir dans l’entreprise, ou pas. La suite ne dépend pas de lui : les acheteurs des 49 premières actions peuvent les garder, ou les vendre. Si les acheteurs trouvent d’autres acheteurs prêts à racheter pour plus cher, on dira que le cours de l’action monte. S’ils acceptent au contraire de vendre à perte, et qu’ils trouvent des acheteurs, on dira que le cours de l’action baisse.

Il y a trois raisons pour lesquelles des gens achètent des actions :

  • dans le but de les revendre plus cher qu’ils ne les ont acheté.
  • dans l’espoir que l’entreprise versera un bonus à ses actionnaires de temps en temps. On parle de dividendes.
  • dans le but de prendre le contrôle de l’assemblée générale des actionnaires. Il faut pour cela disposer d’une majorité  (relative ou absolue) d’actions.

Imaginons que notre propriétaire, en possession d’une majorité absolue, ne verse pas de dividende, ou alors d’un montant minime. Les observateurs des marchés d’actions en tirent la conclusion qu’ils ne recevront pas de dividendes à la hauteur de leurs attentes. De plus, ils ne pourront jamais prendre le contrôle de l’entreprise pour la contraindre à le faire. Rapidement, le cours de l’action va descendre. Chaque fois que quelqu’un en vendra une, il sera obligé de concéder une baisse de prix pour trouver preneur. Imaginons que le cours atteigne la moitié du cours d’origine, 50 000 euros. Notre rusé propriétaire peut alors déclarer qu’il retire les actions du marché, lors d’une offre publique de rachat d’actions. Il s’engage à racheter toutes les actions du marché, à un prix bonifié. Disons 10%, soit 55 000 euros. Les propriétaires actuels, qui regardent le passé, voient que cette action n’a fait que baisser depuis son introduction. Dans cette perspective, faire un bénéfice de 10% sur leur achat est une aubaine inespérée. Ils acceptent en masse. Coût de l’opération pour notre propriétaire : 49 x 55 000 = 2 695 000 euros.

Bilan de la manœuvre :

  1. Notre propriétaire a gagné 4 900 000 euros. Il a pu les placer, contre des intérêts.
  2. L’entreprise a régulièrement versé de faibles dividendes aux actionnaires, d’un montant inférieur aux intérêts générés.
  3. Le propriétaire rachète les actions, pour un coût de 2 695 000 euros.

Il a donc, au total, récupéré 2 205 000 euros, plus quelques intérêts. Qui les a dépensés ? Tous les actionnaires intermédiaires, qui ont acheté, puis revendu, ces actions à la baisse.

Si un économiste passe par là, j’aimerais bien qu’il me signale une faille dans mon raisonnement…

Pour les autres, je vais paraphraser un avertissement sur le poker : si tu achètes des actions, mais que tu ne sais pas qui est en train de se faire arnaquer, c’est que c’est toi le pigeon !

PS: j’avais cette idée en tête depuis un moment, mais c’est le dernier Là-bas-si j’y suis qui m’y a fait penser.

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