96 – The Hunger Games

J’ai terminé la trilogie Hunger Games. De l’américaine Suzanne Collins.

Dans une amérique post-apocalyptique, la cité du Capitole a réduit en semi-esclavage 12 Districts. Ils sont chargés de la fournir en produits primaires et secondaires. Chaque District doit annuellement fournir 2 adolescents. Qui seront envoyés aux Jeux. Le dernier survivant vit ensuite comme un roi. A survivre comme il peut avec ses traumatismes d’assassin-victime.

Mais tout part de travers durant les 74e Jeux. Lorsque Katniss Everdeen, du District 12, prend les organisateurs à leur propre piège.

J’aime.

Je comprends le succès. L’écriture est très efficace. La structure est solide. Les rebondissements sont surprenants et bien dosés. Les trois livres se tiennent indépendamment. Et l’enchaînement des trois les rend encore meilleurs.

Les critiques ont encensé les livres. Même le film hollywoodien à gros budget n’est pas une sombre bouse.

Katniss Everdeen

Les inspirations suivantes s’y retrouvent. De manière plus ou moins évidente.

  • Germinal
  • Thésée et le Minotaure
  • Koh-Lantah / Survivor
  • les gladiateurs romains
  • et surtout Spartacus
  • les révoltes en Russie soviétique (et tout autre système politique totalitaire)
  • les films futuristes à base de sports violents, comme Rollerball

Le tout forme un mélange bien conçu et détonnant.

Mais.

Mais il y a plusieurs choses qui me chagrinent.

La première porte le nom savant de « UST« . Unresolved Sexual Tension, tension sexuelle non résolue. Je ne vous révèle pas grand chose. Pendant trois tomes, Katniss va se rapprocher d’un homme. A 16 ans, elle se retrouve dans un univers violent. Incompréhensible. Cruel. Inhumain. Les pulsions adolescentes pourraient prendre le dessus. Que l’amour soit plus fort que la mort. Et…

Non. Grâce à l’utilisation du triangle amoureux. Katniss est déchirée. Elle ne sait pas lequel de ses deux prétendants choisir. Ce ressort dramatique est efficace durant un tome. L’étirer sur trois, ça en devient ridicule.

Il est donc acceptable d’écrire une série pour ados où les protagonistes se meurtrissent à tour de bras. Où la torture est omniprésente. Torture physique comme mentale. Mais que l’héroïne perde sa virginité ? Vous n’y pensez pas !

Citons la philosophe moderne Elizabeth Buffet. « Je sais pas vous, mais moi je trouve que ça manque de bite« .

Et surtout.

Qu’est-ce que c’est que cet univers ?

Le Capitole, une capitale high-tech. Capable de manipulations génétiques poussées. Disposant d’armes avancées. Et d’instruments de surveillance très très très modernes. Qui maintient pendant 75 ans 12 districts dans un état de pauvreté déplorable. Pour bénéficier de leur force de travail.

C’est difficile à croire. La guerre de sécession américaine l’a prouvé, l’esclavage est un très mauvais système de production. Un esclave n’est pas efficace. Un humain libre se bat pour sa propre survie. Et déploie des trésors d’ingéniosité pour y parvenir.

Les dirigeants du Capitole consacrent tout leur budget au maintien de l’ordre. Quitte à utiliser des esclaves, pourquoi ne les construisent-ils pas ? Des mutants dévoués, taillés sur mesure. Contrôlés électroniquement. Aucun risque de rébellion.

Ce seul point montre la volonté de l’auteur. Elle a construit un décor pour le spectacle qu’elle a prévu. C’est un très joli décor. Mais il sent le carton-pâte quand même. Les personnages ont des objectifs. Qui amènent à des confrontations crédibles. Mais l’univers est trop simpliste pour que je m’y sente à l’aise.

Et vous ? Lu ? Vu ? Plu ?

PS: j’ai tenté d’appliquer la « méthode Collins » pour lecteur formaté sur le Web, en m’employant à raccourcir au maximum mes phrases. Que pensez-vous du résultat ?

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  1. #1 par Stéphane Gallay (@stephanegallay) le 2012/04/05 - 07:18

    Pas lu les bouquins, mais vu le film. Je suis assez d’accord avec tes points; disons que je vois l’absence de crédibilité du contexte comme le signe que The Hunger Games est plus à prendre comme une fable que comme un roman d’anticipation crédible (indice supplémentaire: les noms « Capitol » et « Panem »).

    Quant à ton nouveau style, l’expérimentation est une bonne idée, mais il faut que ce soit un outil vers la recherche d’un style à toi. Un blog, c’est la voix d’une personne; n’essaye pas d’écrire avec la voix de quelqu’un d’autre, trouve celle qui t’est propre.

  2. #2 par Achernar le 2012/04/05 - 13:52

    Le pitch fait un peu penser à Battle Royale, non ?

    Pour le reste : c’est beau c’que tu dis, Stéphane…

    • #3 par Stéphane Gallay (@stephanegallay) le 2012/04/05 - 14:55

      Je te remercierais bien si je ne sentais pas poindre l’ironie, tel le Titanic l’iceberg.😉

      Pour la comparaison avec Battle Royale, je l’ai beaucoup entendue aussi et, n’ayant ni lu le bouquin ni vu le film, je ne saurais réellement comparer. Cependant, madame mon épouse, qui a, m’assure que ce n’est pas le cas. The Hunger Games a un côté beaucoup plus politique, en plus de ses aspects romantiques.

      • #4 par unjouruneidee le 2012/04/05 - 15:07

        Je suis très embêté. J’ai plein d’arguments à répondre à ce que vous dites, mais c’est du gros méchant spoiler. J’avais pensé à compléter l’article en évoquant la possible interprétation allégorique (la « fable » de Stéphane), mais elle n’a d’intérêt que si elle porte sur la trilogie entière. Du coup, dilemme…

  3. #5 par Achernar le 2012/04/05 - 15:05

    Non il n’y avait pas d’ironie.

    Ce qui était jouissif dans Battle Royale, c’est que les jeunes consacrés à se massacrer les uns les autres étaient des lycéens punis pour leur mauvais comportement en classe. Le voyage scolaire se transformait en terminus sanglant.
    J’ai l’impression que Hunger Games, que je n’ai pas vu ni lu, c’est beaucoup plus la révolte des gentils contre les méchants dans un environnement générique dûment aseptisé.

  4. #6 par peinturelu le 2012/04/05 - 19:51

    bon moi tu le sais j’ai beaucoup aimé. Sur certains points je te rejoins, le côté triangle amoureux qui n’aboutit pas vraiment, ça aurait pu (dû) être plus poussé.
    Maintenant l’univers, ça ne m’a pas chagriné. je n’ai pas vécu comme une incohérence le fait qu’ils ne créent pas des mutants pour les servir: d’abord ils ne créent pas des mutants humains dans mes souvenirs??? juste des animaux? Quand à l’esclavage mauvais mode de production, ça à l’air de se confirmer dans le bouquin, on ne peut pas dire que les gens mettent du coeur à l’ouvrage, ils bossent suffisamment pour contenter le capitole qui s’en fout pas mal tant qu’ils ont à manger . le côté très extravagant du capitole,le contraste avec la pauvreté des districts qui finalement ne se rebellent pas plus que ça puisque ne savent pas vraiment comment on vit au capitole et dans les autres districts, ennemis et parfois complices, j’ai bien aimé. dur dur de débattre sans déballer l’histoire….
    Les mutants électroniquement dirigés ils sont dans « Divergent » de Veronica Roth un poil moins palpitant que hunger games mais j’ai bien aimé le concept quand même.

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