75 – Pour qui vivez-vous ? (question subsidiaire : êtes-vous un être vivant ?)

J’enseigne la stratégie à de jeunes adultes.

Un point central de mon cours, c’est la distinction entre but et objectif. La définition est simple : un but est lointain, c’est une finalité en soi, il est même possible de se fixer un but inatteignable.

Un objectif, c’est une étape qui rapproche d’un but.

Je les prends toujours eux-même comme exemple : le diplôme qu’ils vont tenter d’obtenir n’est pas un but. Un diplôme n’est qu’un outil, qui peut servir un ou plusieurs buts. Avoir accès à un emploi plus intéressant, faire plaisir à ses parents, montrer qu’on a été capable de l’obtenir, sont des exemples courants de buts de mes élèves.

Le principe de base de la démarche stratégique, c’est de réfléchir à ses buts, puis de fixer les objectifs qui permettent de les atteindre, ou, à défaut, de s’en rapprocher.

Un jeune homme voulait devenir pianiste. Mais pour se payer les leçons, il n’avait pas assez d’argent. Il décida alors de devenir banquier, pour gagner de l’argent et accéder à son rêve. Après dix années de progression dans une grande banque nationale, il ne parle plus de devenir pianiste, mais de poursuivre sa carrière pour devenir toujours plus riche.

Je ne me souviens plus où j’ai entendu cette histoire, mais elle résume bien le problème : lorsque l’on n’y prête pas attention, il arrive souvent que ce qui n’était qu’un objectif, fixé pour atteindre un but, prenne toute la place et devienne un but en soi.

Ce n’est pas forcément grave, mais ça peut le devenir.

Un de mes collègues faisait 3h de voiture tous les jours pour gagner un bon salaire. Sa femme et ses enfants pestaient contre son absence au quotidien. Il a fini par réaliser que son travail, censé lui permettre de vivre, l’empêchait de s’occuper de sa famille. Il a aussi réalisé que ce qui le bloquait, à savoir l’impossibilité de gagner le même salaire près de chez lui, n’était qu’un faux problème : sa consommation de carburant engloutissait quasiment autant que sa perte de salaire en prenant un autre travail près de chez lui.

Cette histoire se finit encore mieux : lorsqu’il a annoncé son départ, sa demande maintes fois refusée de travailler depuis chez lui, a soudainement été acceptée. Bref, il a gardé son salaire, et ne fait plus qu’un seul trajet par semaine.

Notre vie se résume en trois étapes

Naissance

L’entre-deux

La fin

Mais pourquoi il dit ça ?

J’ai l’impression que, parmi mes congénères, il y en a peu qui réfléchissent au sens de leur vie. Qu’ils subissent, comme chacun de nous, les pressions de la société. Fais des études, sois sage, trouve un boulot, marie-toi, retrouve un boulot, fais des enfants, retrouve un boulot, élève tes enfants ou laisse la télé le faire, retrouve un boulot, ne fais pas de vague, survis avec le chômage en attendant la retraite, meurs dans un coin, de préférence en silence.

Mais tout ça… pourquoi ? Choisir le conformisme – ou un anticonformisme de façade – toute sa vie, est-ce vraiment vivre ? Je ne vais pas vous ressortir le monologue de Perdican. Oh, tiens, pourquoi pas ? Zou :

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, Acte II, Scène 5 :

Perdican : [...]mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ”[...]

Ce qui me ferait plaisir, aujourd’hui, ce serait qu’après avoir lu ce billet (y compris l’excellente BD de Boulet ci-dessous, il est bien plus intéressant que moi), vous preniez 5 min pour réfléchir à vos buts dans la vie, et à ce que vous faites pour tenter de les atteindre. Avec un peu de chance, vous trouverez ce qui ne vous convient pas dans votre vie. Et idéalement, ce qu’il faut changer pour qu’elle vous convienne mieux. Selon VOS souhaits, et pas le modèle impossible que nous renvoie notre société (jeunesse, minceur, travail, famille et patrie…)

Conclusion : De l’intérêt de raisonner ses fantasmes

Je laisse la conclusion à un grand maître d’une discipline trop souvent méconnue, la philosophie du quotidien. Mesdames et messieurs, veuillez applaudir le Professeur Boulet !
En suivant ce lien, vous lirez son brillant exposé sur la gestion des fantasmes. Je ne vous dévoilerai pas ici la conclusion de sa conférence, mais elle résume assez bien ce que je voulais vous dire aujourd’hui.

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  1. #1 par Ouuuppsssss le 2012/03/24 - 13:03

    Merci pour cet article clair qui met en mots certaines intuitions.

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