Archives de mars 2012

91 – King Kong Théorie, illustration

Vous trouvez que les propos de Virginie Despentes, dans King Kong Théorie, vont trop loin ?

Que l’égalité homme-femme, c’est un combat achevé et terminé depuis longtemps ?

Bien évidemment, l’égalité homme-femme n’est encore qu’un rêve. Mes félicitations la semaine dernière sont arrivées bien trop tôt. Voici quelques tristes exemples :

Bien sûr, il est facile de s’indigner devant les actes qui sont déjà condamnés par la loi. Mais quand verra-t-on une loi qui interdise de bourrer le crâne de nos petites filles, en leur faisant croire que leur principale qualité, c’est leur apparence et leur capacité à séduire ?

Quand on voit de quoi la littérature pour la jeunesse est capable, une telle loi ne paraît pas si extrême. Pour faire court, Margot, 12 ans, écrit à ce magazine pour dire que « Au collège, on se moque de moi, car je ressemble à un garçon ! J’ai essayé […] de changer de look, mais rien n’y fait et je veux rester moi-même. »

Réponse d’Okapi, qui part bien : « Margot, ne te laisse pas “traiter” ni intimider par ce garçon qui ne t’arrive pas à la cheville. Tout dans l’apparence et la peur du jugement, rien dans les sentiments […] »

Mais finit très (très) (très très) mal : « Avec quelques efforts, rassure Okapi, et un peu de patience, tu deviendras vite une belle jeune fille. »

Face aux moqueries d’un garçon, la seule solution serait donc de… faire des efforts pour lui plaire. Lisez l’article en entier, c’est à vomir.

Sur ce, je m’en vais réfléchir à comment éduquer ma fille pour qu’elle ne soit pas obsédée par son apparence. C’est loin d’être aussi simple qu’il n’y paraît…

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90 – Notre route est droite, mais la pente est forte

Ce titre n’a que peu de rapport avec le livre dont je souhaite vous entretenir aujourd’hui. À part un jeu de mots honteux sur le nom de son auteur, Virginie Despentes.
Ce manque de lien entre le titre et le propos est le premier reproche que j’adresse à cette dame : pourquoi diable choisir « King Kong Théorie » comme titre d’un manifeste féministe ? Pour être sûr que personne ne le lise ?

Passons l’introduction, assez rentre-dedans, et voyons le contenu proprement dit. Voici les thèmes des chapitres, suivis d’un court extrait.

  • Les rapports hommes-femmes : « Le sur-marquage en féminité ressemble à une excuse suite à la perte des prérogatives masculines, une façon de se rassurer, en les rassurant. »
  • Le viol : « Les hommes, en toute sincérité, ignorent à quel point le dispositif d’émasculation des filles est imparable, à quel point tout est scrupuleusement organisé pour garantir qu’ils triomphent sans risquer grand-chose, quand ils s’attaquent à des femmes. Ils croient, benoîtement, que leur supériorité est due à leur grande force.« 
  • La prostitution : « J’aime beaucoup entendre les hommes pérorer sur la stupidité des femmes qui adorent le pouvoir, l’argent ou la célébrité : comme si c’était plus con que d’adorer des bas résille…« 
  • La pornographie :  « Le problème que pose le porno, c’est d’abord qu’il tape dans l’angle mort de la raison. Il s’adresse directement aux centres des fantasmes, sans passer par la parole, ni par la réflexion. D’abord on bande ou on mouille, ensuite on peut se demander pourquoi. Les réflexes d’autocensure sont bousculés.« 
  • Ce que la société attend des femmes : « C’est à cette époque que je découvre, consternée, que n’importe quel connard doté d’un zgeg se sent le droit de parler au nom de tous les hommes, de la virilité, du peuple des guerriers, des seigneurs, des dominants, et – conséquemment – le droit de me donner des leçons de féminité. On s’en fout que le type mesure un mètre cinquante, soit plus large que haut, n’ait jamais fait preuve d’aucune masculinité, jamais, en rien. Il en est. Et moi, je suis de l’autre sexe. Il n’y a que moi que ça effare qu’on me remette systématiquement à ma place de femelle. On ne me compare qu’à d’autres femmes.« 
  • L’absence d’un masculinisme, pendant du féminisme : « Ils aiment parler des femmes, les hommes. Ça leur évite de parler d’eux. Comment explique-t-on qu’en trente ans aucun homme n’a produit le moindre texte novateur concernant la masculinité. ? Eux qui sont si bavards et si compétents quand il s’agit de pérorer sur les femmes, pourquoi ce silence sur ce qui les concerne ?« 

Mon second reproche, c’est un manichéisme un peu trop marqué : les femmes mariées sont forcément soumises, et dans un rapport de séduction permanent pour garantir l’attention de leur mâle. Ça accentue le côté extrémiste du propos, ce qui peut nuire à l’immense qualité du livre dans son ensemble.

Seulement deux reproches, c’est peu. Tout le reste est sans défaut. Donc, lisez ! 4€75, c’est même pas un paquet de clopes…

PS: merci pour le prêt, Fanny !

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89 – 366 articles, et après ?

Lorsque j’ai créé ce blog, le 31 décembre 2011, je savais, pour avoir fait quelques expériences ratées, qu’il me fallait un cadre précis pour écrire. Et plus le temps passe, plus je confirme que le rythme d’un par jour me convient. Si j’avais choisi un intervalle plus espacé, même d’une fois tous les deux jours, j’aurais probablement raté une échéance. Puis une seconde. Et ainsi de suite.

En ajoutant le compteur en haut à droite de cette page, j’ai aussi matérialisé une autre contrainte, qui m’aide à tenir la première : cette épreuve d’écriture est certes un marathon, mais la ligne d’arrivée existe. Elle est placée au 31 décembre 2012.

Je ne sais pas si je continuerai au-delà. Peut-être aurai-je fait le tour de ce que j’ai à dire. Peut-être que je me lancerai dans autre chose. Un blog photo, tiens. Mouais. Si je n’en lis aucun actuellement, c’est probablement mal barré d’en faire un moi-même. Ou simplement une référence à un article indispensable à lire. Un travail de curation de contenu, en somme.

Mais je sais aussi que, si j’ai réussi à tenir mes engagements (envers moi-même), c’est aussi grâce à vous. Qui lisez, qui partagez, qui commentez. Et donc, à cause de vous, je m’engage à écrire les 277 articles restants. Tant pis pour vous !

Blogging - we're going to need more monkeys / Blogs - Nous avons besoins de plus de singes.

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88 – Y a-t-il un avocat dans la salle ? J’aimerais savoir si une liberté fondamentale de notre république est bafouée par Microsoft.

Vous connaissez la citation attribuée à Benjamin Franklin :

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.

Elle a beaucoup été employée ces derniers temps, notamment comme argument contre la politique sécuritaire bornée du gouvernement actuel. Mais on pense moins à l’employer contre les entreprises qui veulent notre bien.

And here comes the whistleblower

C’est Korben qui diffuse l’info, dans son article « MSN Live – On vous protège contre votre volonté« .

Extraits :

Dernière connerie en date, celle de Microsoft qui a décidé, on ne sait pas pourquoi, de censurer simplement tous les liens pointant vers The Pirate Bay échangé sur son service de messagerie instantanée MSN Live.[…]
La raison officielle avancée par Microsoft, c’est la protection. The Pirate Bay est dangereux pour les utilisateurs de MSN Live, donc protégeons-les en censurant le service.[…]
En même temps, Microsoft fait ce qu’il veut puisque ses conditions générales l’autorisent à ce genre de pratique… Évidemment, c’est ridicule puisqu’avec n’importe quel raccourcisseur d’URL, il est quand même possible de faire passer les liens.[…]
Sérieux les gars, arrêtez les conneries… C’est totalement inutile et ça vous fait vraiment passer pour des petits caporaux censeurs.

« Ecrire c’est lever toutes les censures. », Jean Genet.

Au-delà de l’aspect censure, c’est l’aspect « droit à la correspondance privée » qui m’interpelle.

Vérifions tout d’abord l’histoire des conditions générales. Elles se trouvent ici, et voici l’alinéa qui nous intéresse (enfin, qui m’intéresse moi, je ne vous force pas à lire).

5. Votre contenu
À l’exception des documents que nous vous avons concédés sous licence, nous ne revendiquons pas la propriété des documents que vous publiez ou fournissez sur le service. Vous restez seul propriétaire du contenu. Nous ne procédons à aucun contrôle ni à aucune vérification concernant le contenu que vous et d’autres personnes mettez à disposition sur le service et nous n’assumons aucune responsabilité concernant ces contenus.
[…]
Vous reconnaissez que dans la cadre de la fourniture du service, Microsoft est susceptible d’utiliser, de modifier, d’adapter, de reproduire, de distribuer et d’afficher le contenu publié sur le service, et vous autorisez Microsoft à effectuer ces opérations.[…]

Déjà, là, ça pose question. Microsoft s’engage à ne procéder à aucun contrôle ni aucune vérification, mais est susceptible de faire ce qu’il veut avec. En l’occurrence, pour détecter les liens considérés comme dangereux, il y a forcément une procédure de contrôle !

Dura Lex Sed Lex

Si j’en crois le code pénal, Partie législative, LIVRE II : Des crimes et délits contre les personnes, TITRE II : Des atteintes à la personne humaine, CHAPITRE VI : Des atteintes à la personnalité, Section 4 : De l’atteinte au secret., Paragraphe 2 : De l’atteinte au secret des correspondances., Article 226-15, je lis ceci :

Le fait, commis de mauvaise foi, d’ouvrir, de supprimer, de retarder ou de détourner des correspondances arrivées ou non à destination et adressées à des tiers, ou d’en prendre frauduleusement connaissance, est puni d’un an d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.
 
Est puni des mêmes peines le fait, commis de mauvaise foi, d’intercepter, de détourner, d’utiliser ou de divulguer des correspondances émises, transmises ou reçues par la voie électronique ou de procéder à l’installation d’appareils conçus pour réaliser de telles interceptions.

Cogito Ergo Cogito

Si mes cours sur la hiérarchie des lois s’appliquent bien à ce sujet, le fait que Microsoft se couvre avec des conditions générales d’utilisation que personne ne lit, ne le protège absolument pas face à une éventuelle violation du code pénal. Donc, je réitère ma demande, y a-t-il un avocat dans la salle pour me dire si j’ai raison (auquel cas on peut tous ouvrir un compte Live, faire constater par un huissier la censure automatisée pratiquée par Microsoft, et gagner notre procès contre cette sympathique start-up de Seattle) ou si j’ai tort (ce qui est tout à fait possible, vu mon incroyable amateurisme en matière de droit autre que celui du travail).

Bien sûr, si vous connaissez un avocat, ayez la gentillesse de lui transmettre un lien. Un lien vaut mieux que deux tu l’auras.

Ouch, il est temps que je me couche. Saleté de décalage horaire !

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87 – Talking ’bout my generation.

Quittons un peu le chemin de l’école. Si l’école est responsable de notre instruction, c’est avant tout auprès de nos parents que nous découvrons le monde. Et avec eux aussi que nous apprenons nos premiers principes.

Taper, c’est mal (ou pas).

Voler, c’est mal (ou pas).

Les filles sont moins fortes que les garçons (ou pas).

Dieu te surveille de tout là-haut (ou pas).

Mais il serait illusoire de penser être totalement responsable de ce que nous transmettons à nos enfants. Certes, chaque parent peut décider d’agir comme ses propres parents. Ou, à l’inverse, choisir de faire le contraire, pour éviter de reproduire les mêmes erreurs. Mais une grande part de la transmission se déroule sans décision consciente.
En tant que parent, je me retrouve à recevoir, de ma coparente, des explications sur des traits qu’elle pense avoir transmis à nos enfants. Et j’en ai autant à lui expliquer sur ce que j’ai transmis, volontairement ou non.

Et je n’ai pas encore parlé de tout ce qu’on veut absolument transmettre. Ces projets que l’on forme pour ses enfants, et qui généralement ratent lamentablement.

Tous ces sujets, Alexandre Astier et François Rollin les abordent dans un livre, sobrement intitulé « Astier et Rollin posent les bases de la pensée moderne. Entretien libre sur la transmission entre générations. »

En 204 pages, les deux compères dissertent sur l’éducation, le savoir, la morale, la responsabilité, le patrimoine et les sentiments. Bien sûr, le thème de l’humour traverse tout leur discours, bien incapables qu’ils sont de s’en passer. Mais ce n’est pas un recueil des Grosses Têtes, hein.

Si les noms des deux auteurs, ainsi que ma recommandation, ne vous poussent pas à acquérir ce bijou, c’est que vous êtes un cas désespéré. Sachez-le !

Et tant qu’à commencer cet article avec The Who, autant le conclure de même.

PS: En passant, M. Astier a rejoint Twitter, sous le pseudonyme de @SgtPembry. Vous pourrez lui dire tout le bien que vous pensez de sa prose.

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