15 – Tous pourris (?)

Pour beaucoup de mes concitoyens, la politique, c’est comme le ramassage d’ordures.

Comparons.

L’éboueur n’est pas très bien vu dans la société. Tout le monde le voit, mais personne ne le regarde. Il fait partie du décor. Bien sûr, tout le monde s’accorde à dire que son travail est nécessaire. Mais très peu d’entre nous ont envie de faire le même. D’ailleurs, on ne s’intéresse à lui que lorsqu’il y a un problème dans son travail.
À intervalles réguliers, on dépose nos sacs poubelles dans la rue. Mais c’est très ponctuel, et on n’a même pas besoin de le voir en face à face.

Voilà, fin de la comparaison. Remplacez « éboueur » par « élu » au début, et « sac poubelle dans la rue » par « bulletin dans l’urne » à la fin.

Mais comment en est-on arrivés là ? J’ai quelques idées sur la question (et j’attends les vôtres en commentaire) :

  • On élit le meilleur candidat. Manque de bol, l’histoire a prouvé qu’être un bon candidat ne détermine pas les performances en tant qu’élu.
  • Le mode de scrutin change complètement la façon de voter des électeurs. D’ailleurs, c’est un argument récurrent de la campagne actuelle : ne votez pas POUR un candidat ET son programme, votez pour celui qui a le plus de chances CONTRE un autre candidat. On parle de vote utile, ça revient surtout à remplacer l’élection par un concours de beauté, basé sur les sondages financés par… les candidats. Donc celui qui a le plus de sondeurs dans sa poche gagne.
  • Une fois le candidat élu, il doit rendre des comptes à… personne ! Je sais bien qu’en principe, l’élection suivante est le moment de tirer un bilan. Mais comme personne n’est chargé d’évaluer le bilan en toute indépendance, c’est parole contre parole entre le sortant et les prétendants. Et donc, durant les années du mandat, l’élu est seul. Sans contrôle, sans comptes à rendre, les tentations sont nombreuses. Ça commence par des petits détails, comme le fait de décider de l’utilisation d’un budget d’une manière plus avantageuse pour l’élu. Ensuite on rend des services à des amis. Après tout, ils ont fait partie des électeurs. Et ensuite, on se retrouve à contourner un peu la loi parce que, bon, elle est faite pour arrêter les délinquants, et là, dans mon cas à moi, elle m’empêche de faire ce que j’estime juste. Et de fil en aiguille, comme rien ne vient freiner, les pires se retrouvent devant un juge. Comme le délinquant Alain Juppé et son ami le délinquant Jacques Chirac, ou le délinquant Pierre Mauroy. Sans parler de condamnations de ministres en exercice
  • Cette absence de contrôle est associée à une absence de reconnaissance. Que l’élu travaille bien ou mal, son activité passe inaperçue. Ce qui accentue la tentation de « se payer sur la bête ».
  • Vous notez que j’ai employé le verbe « travailler » dans le point précédent. Sauf qu’un élu ne travaille pas. Son activité n’est pas encadrée par le Code du Travail. Pourtant, c’est un travail. Il existe des contraintes, et, dans certains cas, une rémunération. Dans des cas particuliers, il est même employeur, et doit donc encadrer des salariés. Tout cela ressemble beaucoup à un travail, non ? Et si c’est un travail, est-il normal que certains les cumulent ? Alors que le Code du Travail limite les cumuls pour la majorité des travailleurs, peut-on réellement être maire d’une grande ville, président de sa communauté de communes, député ET participer à plusieurs conseils d’administration d’entreprises ?

Voici les enseignements que j’en tire :

  • L’activité de chaque élu devrait être encadrée, par la création de contre-pouvoirs officiels. Tout d’abord par des citoyens, volontaires ou tirés aux sorts, qui auraient à se prononcer sur l’activité de l’élu, avec des grilles de notation objectives : présence aux réunions liées à son mandat, réalisations effectives, défense de l’intérêt général et pas de l’intérêt personnel. Bien sûr, ce contrôle pourra être une des sources de preuve lors d’éventuelles procédures judiciaires.
  • Pour limiter l’attrait des postes d’élus, un plafonnement global des revenus, basé par exemple sur le salaire médian de la population. Disons maximum deux fois ce salaire médian, ce qui doit faire 3000€ par mois. Amplement suffisant pour vivre.

Et vous ? La politique, c’est quoi (pour vous) ?

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  1. #1 par KAT le 2012/01/17 - 12:11

    Les chiffres (2008) suivants m’incitent à te faire remarquer que ton billet ne peu guère, selon moi, être généralisé à l’ensemble des élus (au niveau municipal tout du moins) :

    Commune de moins de 500 habitants : 646,24 € bruts par mois => 55% des communes en France

    Commune de 500 à 999 habitants : 1 178,45 € bruts par mois => 20% des communes en France

    Commune de 1 000 à 3 499 habitants : 1 634,63 € bruts par mois => 15% des communes en France

    Commune de 4 000 à 50 000 habitants : entre 2000 et 3000 € bruts par mois => 8,5% des communes en France

    Commune > 50 000 habitants : 5 500 € brut par mois => 1,5% des communes en France

    Quant à l’absence de contre-pouvoirs, je ne te rejoins pas sur tout : c’est bien la CRC, puis le Préfet en cas d’infraction, qui doivent veiller aux deniers publics utilisés par les collectivités locales. Le rôle des médias n’est pas négligeable non plus. Quant aux citoyens, n’ont-ils pas le droit de manifester au niveau local ?
    Pour moi une solution temporaire qui devrait être appliquée serait un encadrement beaucoup plus strict des budgets et des emprunts des collectivités locales, dont un très grand nombre est en faillite et qui vont être aux premières loges de la dégradation de la note souveraine, notamment parce qu’elles n’empruntent pas dans les mêmes termes que l’Etat.
    Au-delà de cela, qu’attends-tu du citoyen à qui on annonce de nouvelles infrastructures pour améliorer son quotidien ? Qu’il s’y oppose parce qu’il aura préalablement demandé à connaître la situation des finances publiques de sa commune ?

  2. #2 par unjouruneidee le 2012/01/17 - 16:10

    Je vais te répondre point par point.

    Je ne comprends pas ta liste de chiffres. Je sais déjà combien touchent les maires des communes de France. Je ne remets pas en cause que dans les petites communes, soit la très grande majorité, le maire touche peu par rapport au temps nécessaire à son activité d’élu.
    Par contre, les petits à-côté peuvent exister. Qui tient le compte des bouteilles que la mairie achète et utilise pour ses réceptions ? Qui surveille les meubles appartenant à la commune ? C’est dans les détails que la surveillance est insuffisante.
    Bien sûr, les gros dérapages peuvent être détectés par le Trésor Public.

    Par contre, je suis d’accord avec ta conclusion, à savoir un meilleur encadrement des budgets, et surtout une obligation de publication de bien plus de détails. Les budgets affichés ne mentionnant que les soldes par compte sont quasiment inutiles.

    Quant à ce que j’attends, c’est une vie publique qui ne se résume pas à mettre un bulletin dans l’urne tous les ans, pour un candidat dont on ne sait pas grand chose, et surtout à qui on ne demande pas grand chose !

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