Articles tagués storytelling
2013-010 – L’animal social, c’est nous !
Publié par unjouruneidee dans éducation, livre, politique, sociologie le 2013/03/12
Je suis fan des études psychologiques qui révèlent à quel point nous ne contrôlons pas nos actes. Vous aussi ?
Il en est de graves, comme la fameuse expérience de Milgram.
Il en est de joyeuses, comme l’expérience de Ash.
Et une petite vidéo pour ceux qui ont la flemme de cliquer sur les liens ci-dessus.
Si vous aimez cela, ce livre est exactement ce qu’il vous faut. Si vous n’aimez pas cela, vous devriez quand même y trouver un intérêt. Cool, non ?
Ce livre est basé sur plusieurs milliers de ces études. Mais au lieu d’un catalogue qui finirait par être ennuyeux, l’auteur David Brooks a eu l’excellente idée d’utiliser le principe de base du storytelling. Il a conçu l’histoire d’un couple, que nous suivons de leur naissance à leur mort, en passant par leur rencontre. Et ces deux personnes servent d’illustration à de nombreux principes psychologiques et sociologiques, voire philosophiques.
Bien sûr, nous ne parlons pas ici de principes fondamentaux, comme ont pu les poser Pierre Bourdieu ou Noam Chomsky. Ce livre devrait néanmoins vous éclairer sur de nombreux aspects de votre vie. Ce qui est déjà beaucoup, non ?
73 – Fabricants de mort : comment s’en passer ?
Publié par unjouruneidee dans écologie, économie, éducation, futur, histoire, médias, politique, santé, vie quotidienne le 2012/03/13
Mon article d’hier a donné lieu à d’intéressantes réactions.
Brodeuse du phare expliquait que
Stéphane Gallay m’a coupé l’herbe sous le pied
en lui répondant sèchement que la création d’emplois pesait peu face aux méfaits du nucléaire.Brodeuse du phare ne s’est pas démontée – ce qui ne me surprend pas – et a conclu sur
“Je dis juste que financièrement parlant, en ce qui me concerne, sortir du nucléaire, ça craint du boudin.”Et c’est bien là un des nœuds du problème, qu’il est certes facile d’envoyer bouler d’un “c’est vraiment trop nul de placer son intérêt personnel devant celui de la planète entière”. Il est plus difficile de s’atteler au démontage des arguments, c’est pourquoi je vais, devant vos yeux ébahis, tenter cet exploit.
Ce que Brodeuse du phare dit, il y a des dizaines de milliers de familles qui le diront aussi, et on ne pourra pas les ignorer comme étant “des masses rétrogrades”. Seulement, essayons de nous projeter dans leur avenir. Par exemple, en comparant avec la situation des milliers d’ingénieurs japonais qui faisaient vivre leurs familles grâce à leur salaire.
Posons les bases de notre prospective :
- Three Mile Island, c’était un accident de jeunesse, une des premières centrales nucléaires.
- Tchernobyl, c’était un accident communiste, ces gens-là n’étaient pas comme nous. Ils étaient tellement nombreux que s’auto-massacrer par centaines de milliers ne les inquiétaient pas.
- Fukushima, c’était… eh bien, c’était un accident dans un pays technologiquement très avancé, où le principe de précaution rigoureusement appliqué permet à leurs gratte-ciel de résister à de violents tremblements de terre. On peut difficilement les taxer d’être des guignols imprudents.
Donc, sachant qu’il y a encore de nombreuses centrales dans le monde, exploitées par des ingénieurs moins performants, il y aura d’autres accidents. Et il est tout à fait envisageable que l’un d’entre eux ait lieu en France.
On pourra alors s’attendre aux mêmes conséquences qu’au Japon : arrêt d’urgence de toutes les centrales, et ce pour une durée qui tendra à s’allonger avec le temps. Parce qu’aujourd’hui, il est possible de se prétendre meilleur que les autres. Après la première explosion, ce sera devenu impossible.
Face à cette probabilité, que vaut-il mieux choisir, même lorsque l’on est ingénieur à Flamanville ?
- Un arrêt brutal, probablement définitif ?
- Ou un arrêt programmé, lent, et qui continuera d’occuper des centaines de milliers de salariés pour démonter les centrales ?
Il suffit d’écouter cet épisode de Là-bas si j’y suis, intitulé Bienvenue à la centrale nucléaire, pour réaliser que le démantèlement des centrales prendra un temps considérable – tellement considérable qu’on n’a pas encore réussi à démanteler UNE SEULE CENTRALE – et nécessitera une main d’œuvre nombreuse, à la fois très qualifiée ou pas qualifiée du tout.
Si l’on ajoute à ce paysage possible, tous les emplois dans les énergies renouvelables (notamment pour des centrales marémotrices où un certain nombre de compétences de construction doivent être communes avec les sous-marins), il y aurait de quoi faire pour tout le monde.
Bref, chère Brodeuse, tu peux cesser de défendre le nucléaire pour être sûre de nourrir tes enfants. Et j’espère avoir réussi à te convaincre, sans tomber dans le catastrophisme ni la dramatisation facile à base de “tu seras bien avancée que ton mari ait un boulot quand tes enfants auront un cancer à 8 ans, et que, comme à Nagazaki et Fukushima, personne ne voudra faire d’enfants avec eux”. Je l’ai dit ? Ah, zut, je l’ai dit.
72 – Fabricants de mort
Publié par unjouruneidee dans écologie, économie, éducation, futur, histoire, médias, politique, santé, vie quotidienne le 2012/03/12
Lorsque j’ai écrit l’haïku d’hier, je n’avais pas d’arrière-pensée. C’est en entendant une série de haïkus écrits par des japonais après Fukushima que j’ai fait le rapprochement. Mon subconscient serait-il plus malin que moi ? (Et si oui, dois-je lui laisser la main plus souvent ? Mais comment ?)
Ce sordide anniversaire doit servir à ouvrir les yeux. Si les accidents de Three Mile Island et de Tchernobyl n’ont pas suffi, en faudra-t-il un quatrième (à Fessenheim ?) pour enfin ouvrir les yeux de notre futur président ?
Je salue ici le travail d’associations comme Sortir du nucléaire et Greenpeace, qui luttent au quotidien pour que le nucléaire sorte enfin de nos vies. J’en profite pour tirer mon chapeau aux militants qui ont démontré tout le sérieux de la "sécurité" des installations. Leur relaxe est une excellente nouvelle.
Mais j’ai toujours du mal avec les "anti". On ne peut pas construire un programme uniquement en opposition : ça ouvre la porte à tous ceux qui répondront qu’il n’y a pas d’alternative. J’aime donc encore plus ceux qui critiquent tout en amenant une solution, comme l’association Negawatt.
Et en face ?
En face, les défenseurs du nucléaire ne reculent devant rien.
Vous trouverez chez terraeco une analyse détaillée des symboles pernicieux qui composent cette publicité. (merci pour le lien, Franck !)
Les mots ont un sens
J’ai peur de me répéter, mais les mots ont un sens. Et ceux qui sont martelés par des responsables politiques au pouvoir : les centrales nucléaires sont sécurisées, les centrales nucléaires produisent de l’énergie à un coût imbattable, les centrales nucléaires donnent un travail à des milliers de gens, les centrales nucléaires garantissent l’indépendance énergétique de la France.
A Caen au mois de février, Eva Joly a rappelé la nullité de ces trois arguments.
- Pas sûr : Combien y a-t-il de centrales dans le monde ? Combien d’années ont-elles produit de l’électricité ? 3 accidents majeurs sur si peu d’années de production, c’est une preuve irréfutable que les accidents continueront de se produire.
- Pas rentable : la cour des comptes a enfoncé ce deuxième clou dans le cercueil du nucléaire, en pointant les coûts réels de l’électricité nucléaire.
- Pas source d’emplois : les énergies renouvelables créeront plus d’emplois qu’elles n’en détruiront en Allemagne. Je croyais que c’était LE pays à imiter ?
- Pas indépendant : la vidéo ci-dessous rappellera à tous ceux qui l’ignorent que, non, la France n’a pas de mine d’uranium.
Enfin, j’ai appris ce matin que Hayao Miyazaki travaille sur un film qui s’inspirera de Fukushima. Je préférerais que ce génie puisse consacrer son temps à des projets plus enthousiasmants…
70 – Les méthodes (pas trop) cachées du chef
Publié par unjouruneidee dans jdr, livre, médias, politique le 2012/03/10
Nous avons vu il y a trois semaines une des méthodes de notre gouvernement actuel : maintenir un état d’urgence, de crise, de choc.
Mais comment font-ils, pour maintenir cet état ?
Vous voulez savoir qui a raison ? Mais je vais vous le dire !
D’une part, des méthodes pas très récentes, issues de l’Art d’avoir toujours raison d’Arthur Schopenhauer :
Extraits choisis :
32. Faire une association dégradante
Nous pouvons rapidement éliminer ou du moins rendre suspecte une affirmation de l’adversaire opposée à la nôtre en la rangeant dans une catégorie exécrable, pour peu qu’elle s’y rattache par similitude ou même très vaguement.Exemple totalement imaginaire : "Êtes-vous du côté des voyous ou du côté des victimes ? Moi, je suis du côté des victimes."
Et ainsi de suite, pour soutenir une atmosphère de conflit permanent. L’État est en guerre contre tout : les les immigrés profiteurs, voyous, les chômeurs feignants, etc. A tel point que l’intervention de l’armée dans les banlieues est déjà planifiée, comme l’indiquait Fabrice Epelboin sur reflets.info il y a quelques jours.
Papy, raconte-moi une histoire.
D’autre part, des méthodes bien plus récentes, directement tirées des méthodes de storytelling des marketeux américains. Pour en savoir plus, emparez-vous vite de ce livre de Christian Salmon : "Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits".
Au travers de nombreux exemples, Christian Salmon explique pourquoi et comment les communicants de la planète entière se sont tournés vers le storytelling pour améliorer leurs performances. Si vous avez la flemme de lire un livre de plus, voici une alternative : lisez l’excellent blog de Frank Plasse intitulé "storytelling, une autre communication".
Et notamment sa série de billets, "storytelling, pourquoi ça marche". 4 parties : 1, 2, 3 et 4
En passant, Franck est un parfait exemple de quelqu’un de bizarre : rôliste – auteur – éditeur, il est aussi père de famille, prof de communication et directeur de cabinet d’un maire de la banlieue parisienne.
Ajout du 11/03/2012 : Franck propose une version condensée ici. Voyez ça comme une mise en bouche à consommer avant sa série.
54 – Le storytelling est un outil de communication politique. Comme tous les outils, on peut se faire mal avec.
Publié par unjouruneidee dans médias, politique le 2012/02/23
Je ne regarde plus la télé. Je crois même que l’antenne de la nôtre est débranchée, en ce moment. Je n’en sais rien. Et je m’en fous.
Par contre, je m’y intéresse au second degré. J’aime bien le zapping de Canal+, qui est un peu le fast-food de la critique télévisuelle.
Mes deux autres sources de référence sont :
- Acrimed, une association de critique des médias. Par exemple, cet excellent article sur le Grand Journal et ses animateurs bas du front.
- Arrêt sur Images. L’émission amusante de France 5 est devenue un journal pure player indépendant, financé exclusivement par ses abonnés (dont votre serviteur). Pour appâter le chaland, ils libèrent l’accès à quelques "vite-dit", qui, à eux seuls, valent le déplacement.
Voici le dernier "vite dit" qui m’ait bien fait rire :
Cette compilation est un peu un manuel du mauvais storytelling : Bayrou n’emploie que des anecdotes familiales. Ce que ça m’inspire, c’est un candidat très centré sur sa famille, et incapable de prendre en exemple un ami, un collègue, une rencontre. Bref, un candidat tout seul, sans parti.
Maintenant que j’y pense, c’est assez vrai, non ?
Bref, Arrêt sur Images, c’est un excellent journal, allez vous y abonner pour pas cher !