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78 – Les français sont des veaux. Oui, même vous.
Publié par unjouruneidee dans éducation, médias, politique le 2012/03/18
Je vous disais hier que notre pays n’avait plus que l’apparence d’une démocratie. Nous sommes, dans les faits, dans un système d’oligarchie. Bien sûr, c’est plus facile à admettre lorsque l’on parle d’un autre pays. Prenez la Russie. Un président et un premier ministre qui s’échangent les rôles à intervalles réguliers, ça ne fait pas très sérieux. On n’en est pas là chez nous, hein. Hein ?
Revenons sur un point précis de l’article de Yovan Menkevick, Oligarchie 2012 : welcome to the Matrix, les sondages.
Dans ce monde, les élections n’ont aucun enjeu véritable : les entreprises de sondages qui appartiennent à l’oligarchie entraînent les foules à voter pour des politiciens mesurés (des acteurs mineurs de l’oligarchie), qui savent composer avec les véritables acteurs majeurs de cette oligarchie qui détient à elle seule 90% des outils de production de richesse du pays.Ce point résonne douloureusement avec cet autre article, de Yovan Menkevick (encore !), Présidentielle : pas la peine d’aller voter.
Imaginez un instant une société sans sondages politiques des intentions de vote. Avec comme seul et logique repère, les débats politiques, les déclarations d’intention des candidats, les programmes. Si vous ne saviez pas que Nicolas S. est à 26% ou 28%, que vous n’aviez comme repère que son discours, son bilan de président sortant ? Et mieux, si les propositions de changement de système de certains candidats qui emballent toute une partie de la population, épuisée par la crise, n’étaient pas créditées d’intentions de vote ?Les mathématiques le disent, les sondages, c’est de la daube.
Il était une fois un petit village. 450 habitants, 360 électeurs, 280 votants. Lors des élections municipales, deux listes sont en lice. Lors du dépouillement, le soir du premier tour, la liste sortante était en tête. Une fois les 140 premiers bulletins ouverts, ils gagnaient haut la main. Si l’on avait fait un sondage auprès de la moitié des habitants, le résultat aurait donc été "victoire des sortants".
Sauf que, le résultat réel, celui correspondant à 100% des sondés/votants, c’était "victoire de l’opposition". L’on voit donc qu’un sondage auprès de 50% de la population concernée peut tout à fait se planter. Et encore, nous parlons de bulletins réels. Il y a une grosse différence entre le vote que l’on admet auprès d’un sondeur, et le bulletin que l’on met dans l’urne…
Comment peut-on faire confiance à un sondeur qui, après avoir interrogé 1 000 français, prétend en tirer des conclusions sur ce que pensent 60 000 000 de français ??
S’il y en a qui me répondent "mais, et la méthode des quotas ?", je les renvoie au coin. Les critères de sélection des-dits quotas introduisent tellement de biais que, sur un échantillon aussi faible, les quotas ne peuvent pas faire mieux qu’une sélection aléatoire. Surtout que les sondeurs reconnaissent tout à fait leurs bidouilles des résultats bruts. Parce que leur soi-disant méthode scientifique se plante trop souvent.
Les JOURNALISTES QUI RÉPÈTENT LES SONDAGES le disent, les sondages, c’est de la daube.
Un article intéressant sur le site arretsurimage.net : Marges d’erreur : Duhamel ne veut pas "dévaloriser" l’info
Quand les sondeurs reconnaissent des marges d’erreurs allant jusqu’à 6%, la déontologie journalistique devrait inciter tout journaliste qui se respecte à le dire clairement, avant même de répéter le score du sondeur.
Je ne vois pas comment interpréter autrement le 3e devoir du journaliste : Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents.
Que dit Alain Duhamel, journaliste célèbre ?
"Quand nous, on reçoit le rapport, pas simplement des chiffres sur une dépêche, [...], ils indiquent quelles sont les marges d’erreur [...] Il faut pas qu’on soit hypocrites, ni vous, ni Jean-Michel, ni moi. Pourquoi est-ce qu’on ne le dit pas ? C’est parce que si vous dites "Tiens, X ou Y gagne ou perd 2 points", mais qu’à la phrase d’après vous dites "mais à 2 points et demi près, ça ne veut rien dire", autant ne pas en parler. On ne va pas dévaloriser chaque nouvelle qu’on donne."Il n’y a pas d’autre interprétation possible : Alain Duhamel se torche avec la charte de la déontologie journalistique. Il répète tous les sondages en sachant pertinemment qu’ils ne représentent rien. La (trop triste) alternative serait de faire un travail de journaliste sur le fond, au lieu de contenter des idées prémâchées des instituts de sondage. C’est vrai que ça fait moins envie…
Les solutions ?
C’est pas compliqué : au minimum, arrêter de lire, mentionner ou commenter toute intervention écrite ou orale basée sur un sondage (et renvoyer vos interlocuteurs à cet article). Se moquer de tout prétendu journaliste qui fait de même.
Politiquement, se positionner pour une limitation des sondages, par exemple interdire de parler d’un sondage sans mentionner sa marge d’erreur.
La solution idéale, c’est l’interdiction pure et simple des sondages présentant une marge d’erreur supérieure à 1%. Le chiffre vous paraît faible ? Imagineriez-vous un fabricant de voitures dont plus d’une voiture sur cent serait totalement défectueuse ? Ou un journaliste qui plus d’une fois sur cent annoncerait une nouvelle totalement fausse ?
PS : pour calmer la fièvre sondagière, on peut toujours espérer qu’Anticor parvienne à faire condamner quelques ministres. Ce serait toujours ça d’argent public récupéré.
77 – Mais non Riton ! C’est pour ça qu’on est en démocratie aujourd’hui ! — M’sieur ! M’sieur ! C’est quoi la démocratie m’sieur ? — Mais la démocratie les enfants ! On est dedans !
Publié par unjouruneidee dans économie, film, médias, politique, vie quotidienne le 2012/03/17
J’ai déjà cité deux fois des articles de Yovan Menkevick.
Le premier, c’était la stratégie du rejet. Il faisait partie des sources de mon article 24 – Pas si maso.
Le deuxième, c’était “François H : le vide tranquille (analyse de la présidentielle)”, pour illustrer mon article 39 – Le vote utile (de qui ? pour qui ? contre qui ? avec qui ? selon qui ?
J’arrive donc à la conclusion qu’avec un 3e article aujourd’hui, ce journaliste dont j’ignore tout est bien parti pour me plaire.
Voici la perle du jour :
Oligarchie 2012 : welcome to the Matrix
Enfin, du jour, du jour, l’article est paru avant-hier. Venez pas m’emmerder avec des détails. Ce qui est intéressant, c’est le contenu, pas la date. C’est pas un œuf de supermarché.
Le titre de l’article mentionne Matrix, il s’agit bien du film. Ce qui peut rendre la longue métaphore filée basée exclusivement sur le film – réalité, apparence de la réalité, pilule bleue, pilule rouge – un peu absconse pour ceux qui ne l’auraient pas vu. Ou qui l’ont vu mais juste pour les scènes de baston.
Je vais donc vous faire un petit digest des meilleurs morceaux.
- L’apparence de la réalité, une apparence dans laquelle nous vivons tous et que nous partageons, c’est ça :
- La réalité, telle que la décrivent des chercheurs en sociologie et en économie, c’est ça :
A vous de vous faire votre idée. Pensez-vous vraiment être dans une démocratie ? Un système politique où, après réflexion et débat, les décisions ne sont prises que par une majorité de TOUS les citoyens ?
Attention, je dis bien "les citoyens". Pas leurs représentants élus, et indéboulonnables durant leur mandat. Non, vous et moi.
Comme le disent les Pinçon-Charlot dans "Le président des riches", le meilleur moyen de lutter contre l’oligarchie qui s’est emparée de notre démocratie, c’est de réaliser sa présence, puis de la dénoncer sans relâche. Parce que les oligarques et leurs sbires n’aiment rien tant que de rester dans l’ombre, avec une étiquette de démocrate.
En conclusion, un grand merci à Yovan Menkevick, et n’oubliez pas de Flattrer son article.
47 – Le candidat du passif
Publié par unjouruneidee dans économie, politique, télévision le 2012/02/16
Hier, le citoyen Nicolas Sarkozy a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle. Pour mémoire, il est président de la République française depuis 5 ans, et, les 14 années précédentes, ministre durant 5 ans et demi.
Son action politique a donc largement façonné notre pays durant une décennie. Caractérisée par une hyperactivité entretenue, quelles en sont les conséquences?
C’est à cette question que Monique Charlot-Pinçon et Michel Pinçon ont répondu, dans un ouvrage très complet. Fort justement intitulé "Le président des riches", vous y trouverez, entre autres :
- Le rappel des liens entre nos dirigeants politiques actuels et le monde des affaires, symbolisé par le dîner du Fouquet’s.
- Les toutes premières mesures, à commencer par le bouclier fiscal visant à protéger les hauts revenus.
- Les niches fiscales comme s’il en pleuvait.
- Les avantages fiscaux pour les héritiers.
- Le détail de l’oligarchie au pouvoir.
- Les récompenses officielles dévoyées en cadeaux aux amis (Sarkozy faisant Stéphane Richard chevalier de la Légion d’honneur le 14 juillet 2006 : "Stéphane, t’es riche, t’as une belle maison, t’as fait fortune… Peut-être plus tard y parviendrai-je moi-même… C’est la France que j’aime !")
- La répression de la misère, présentée comme une cause de la délinquance plutôt qu’une conséquence des politiques menées.
- La guerre psychologique menée avec le soutien objectif des grands médias.
- Les antécédents de Nicolas Sarkozy en tant qu’avocat d’affaires.
- Le mélange des genres entre l’État, la famille et le couple présidentiel (Jean Sarkozy, président de l’EPAD ?).
- Les mots pour ne pas le dire ("Les paradis fiscaux, c’est ter-mi-né !").
Mais ce constat, fort bien réalisé, serait passablement déprimant s’il s’arrêtait là. Parce que face à cette mafia organisée au sommet de l’État et de l’argent, le citoyen se sent démuni. La vraie force de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, c’est dans le dernier chapitre qu’on la trouve.
Reprenant un titre à haute teneur historique, le chapitre "Que faire" donne des axes de travail, de résistance, tout à fait réalisables par chacun de nous. Quelques exemples :
- La vigilance idéologique : faites attention aux mots employés, et aux réalités qu’ils cachent.
- Faire connaissance avec l’oligarchie. A commencer par celle de votre commune. Exercice pratique : qui est votre maire ? Quels sont ses contacts professionnels ? Qui sont ses amis ? En répondant ces trois questions, vous verrez probablement se dessiner les contours de l’oligarchie locale, et en particulier ses conflits d’intérêts…
Au-delà du niveau local et individuel, des principes collectifs sont mis en avant :
- Abolir le cumul des mandats.
- Rendre le vote obligatoire.
- Nationaliser les banques.
- Rendre l’impôt réellement progressif, par un prélèvement à la source sur les revenus du travail comme du capital.
Lisez ce livre, parlez-en autour de vous, c’est le meilleur médicament contre un (improbable) second mandat Sarkozy.
PS: ce bouquin est l’équivalent d’un déjeuner gastronomique. Que du bon, mais pas en quantité exagérée. Si vous voulez la version fast-food, voici 600 (bonnes) raisons de ne pas voter Sarkozy, par Samuel Duhamel, de Rue89.
6 – Une histoire populaire de l’Empire américain
Publié par unjouruneidee dans bd, film, histoire, livre le 2012/01/06
Et c’est bien dommage. Fort heureusement, il nous a laissé un fabuleux souvenir de son passage sur notre Terre (par opposition à toutes les autres, où il n’a jamais mis les pieds).
Un pavé intitulé "Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 a nos jours".
Il y fait réapparaître à la surface des pans entiers de l’histoire américaine dont nous n’entendons jamais parler. Il s’agit bien sûr des pans que l’Histoire Officielle (Avec Tout Plein De Majuscule) cache sciemment, comme on balaie la poussière sous le tapis. Vous pensiez que l’engagement américain durant la Seconde Guerre Mondiale (notez les majuscules) était motivé par la justice et la compassion des citoyens du pays ? C’était probablement le cas de la majorité des trouffions, mais certainement pas celui des dirigeants ni celui des industriels…
Je sais cependant que certains de mes lecteurs sont allergiques (temporairement ou non) aux gros pavés. C’est pourquoi je vais aussi vous proposer "Une histoire populaire de l’Empire américain", la version en images fixes :
C’est une excellente BD, que je n’ai pas pu lâcher avant de l’avoir finie. 288 pages, un excellent rapport qualité/quantité/prix. C’est encore trop de temps pour vous ? J’ai encore mieux ! La version en images animées qui parlent, le film "Howard Zinn – une histoire populaire américaine". Il sortira en DVD au printemps 2012, et n’attend que votre soutien. Allez donc jeter un œil chez www.lesmutins.org !
Si avec tout ça, je ne vous ai pas convaincu de parcourir cette œuvre (quel que soit le format), c’est à désespérer !
PS: un grand merci à Alias pour m’avoir signalé cette perle.
