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2013-019 – Le Monde est-il encore un journal d’information ?

Le tout premier article de ce blog traitait déjà des médias, au travers du prisme des soi-disant informations boursières.

Ce ne sont pas des informations, tout juste des données. Pour devenir des informations, il leur manque un contexte qui permette de mettre les données en perspective.

Hier, le Monde a publié un article intitulé "Travail, capital, consommation… La France, pays à la fiscalité élevée en Europe". Deux extraits choisis vont me permettre d’illustrer le total abandon de la moindre prétention journalistique.

1/ La France reste un pays au taux d’imposition élevé

Tout d’abord au global. Ce premier graphique présente le taux global d’imposition, en pourcentage du PIB. Avec 43,9% en 2011, la France est le 4e pays européen en matière de fiscalité, derrière le Danemark, la Suède et la Belgique. Notre pays a réduit légèrement ce taux depuis 2000, mais l’a augmenté entre 2010 et 2011.

Imaginez. Je vous annonce que, rendez-vous compte, de tout mon quartier, c’est ma voiture qui a coûté le plus cher. Et je vous fournis un graphique des coûts de toutes les voitures du quartier.

Est-ce que c’est une information ? Non.

Parce que toutes les voitures sont différentes, et que je ne vous en dis rien.
Parce que la mienne durera peut-être deux fois plus longtemps, ou consommera deux fois moins. Son coût d’achat n’est donc qu’une donnée. Elle ne peut devenir pertinente que si vous avez le reste du contexte.

Dans le cas de l’article du Monde, quels éléments de contexte sont manquants ? Oh, trois fois rien, juste la question de l’usage qui est fait de ces impôts. Ils servent (entre autres) à payer une scolarité gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans ? Et des universités très peu chères ? Nos voisins doivent payer bien plus ?

Aucune importance, notre taux d’imposition est le plus élevé. Avec le sous-entendu que c’est une mauvaise chose.

Second extrait.

En matière de tranche maximale de l’impôt sur le revenu, une manière de comparer les politiques fiscales européennes, la France n’est pas spécialement en décrochage. Elle se situe même légèrement en-deçà de l’Allemagne, et dans la moyenne européenne.

Tranches d’imposition : la France impose un peu moins que l’Allemagne

En matière de tranche maximale d’imposition des revenus des personnes physiques, la France avec 45% en 2013 est en dessous de l’Allemagne (47,5) et proche de la moyenne de la zone euro (43,3).

Comparer les tranches maximales d’imposition n’a aucun sens. Une rapide consultation Wikipedia, au hasard la page Fiscalité en Europe – Impôt sur le revenu, suffit à constater que la réalité de l’imposition est complexe. Les taux de 45% et de 47,5 s’appliquent après de très nombreux calculs. Je ne vais pas vous faire un cours de fiscalité, mais l’imposition réelle est forcément inférieure à ces taux. A titre indicatif, on peut très bien atteindre la tranche d’imposition à 14%, tout en ne payant que 5% d’impôt sur ses revenus.

Notez le choix des mots. Si la France avait le plus fort taux d’imposition, elle serait en situation de "décrochage". La critique est maintenant explicite : un fort taux d’imposition est forcément une mauvaise chose. A aucun moment n’est posée la question des contreparties de cet impôt.

En conclusion, l’article du Monde incriminé n’est qu’une laborieuse reformulation d’un rapport d’Eurostat. A toutes fins utiles, je tiens à rappeler que la charte d’éthique professionnelle des journalistes dit que tout journaliste digne de ce nom "Refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication".

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2013-018 – [IMPORTANT] Le revenu de base inconditionnel est LA solution pour sauver nos démocraties

Je vous en ai parlé il y a à peine plus d’un an. Le revenu citoyen est une façon de réformer durablement nos insupportables bureaucraties. C’est aussi la meilleure façon de concrétiser la démocratie.

Enfin, c’est une réponse au financement de très nombreuses activités jugées indispensables mais inadaptées au modèle de financement capitaliste, notamment dans le domaine de l’art ou celui du journalisme.

Si j’en reparle aujourd’hui, c’est pour vous annoncer le lancement de l’initiative citoyenne pour le revenu de base universel. Il s’agit en gros d’un sondage, contraignant pour l’Union Européenne.

Suivez les étapes, et terminez par la saisie de votre numéro de carte d’identité. N’ayez pas peur de cette étape. Le serveur est sécurisé, et votre numéro de carte d’identité tout seul ne sert à rien.

Et surtout, surtout, faites passer le mot autour de vous !

PS: la voie de "bonne gestion" prônée actuellement est inefficace et dangereuse.

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67 – L’épreuve de vérité

Le Véritomètre, dont je vous parlais il y a 10 jours, poursuit son chemin.Voici le bilan du 06/03, où l’on constate que, malgré de nombreux mouvements,les candidats "de gauche" restent largement en tête. Les trois candidats "de droite" sont sous la barre des 50%. Bref, ça a l’air compliqué, de dire la vérité à droite…

Un point important : les scores sont basés sur la moyenne des notes depuis le début de la campagne. Le poids des mensonges et autres approximations passés va donc se faire de plus en plus lourd, et difficile à remonter. Les mauvais élèves le savent, il est difficile de sauver deux trimestres pourris lors du troisième. Bon courage aux candidats qui se sont déjà donné un gros handicap.

Mes lecteurs habituels se seront rendus compte que les articles sont plutôt légers en ce moment.

C’est vrai.

On pourrait même m’accuser de faire du remplissage.

Ce serait exagéré.

Il se trouve que mes journées sont bien remplies (ainsi que mes nuits, mais cela ne vous regarde pas !)

Donc, bonne nuit !

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58 – La vérité finit toujours par se savoir…

Après mon apologie du mensonge pour la bonne cause d’hier, je me devais de réhabiliter l’intérêt de la vérité.

Voici donc un nouveau site Web, le Véritomètre. Il me paraît bien parti pour rejoindre ces sites indispensables, dont on se demande comment on faisait avant leur invention.

Commençons par une image (qui vaut mieux), le long discours (qui vaut moins) est en-dessous.

Le véritomètre du 26/02/2012, à 11h36

Principes de fonctionnement

Cette application, conçue et réalisée par i>TÉLÉ et OWNI, vise à vérifier le discours politique des six principaux candidats (François Bayrou, François Hollande, Eva Joly, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Sarkozy) durant la campagne présidentielle.

Elle propose un recensement et une vérification des interventions des six principaux candidats. Ces interventions sont vérifiées par OWNI à l’aide des bases de données de l’application mais également de sources externes.

Chaque citation vérifiée est notée entre « correct » (ce qui correspond à une note de 100%), « incorrect » (ce qui correspond à une note de 0%), et « imprécis » (50%). La catégorie « imprécis » nous permet de noter les citations trop floues ou approximatives, sans pour autant pouvoir être considérées comme entièrement vraies ou entièrement fausses.

La note globale d’une intervention est calculée en divisant le pourcentage obtenu par le nombre de citations vérifiées pour cette intervention. La note globale d’un candidat est calculée sur le même principe de moyenne.

Classement d’hier

L’image ci-dessus montre le classement de la « crédibilité » des candidats. Et je ne peux pas résister au plaisir de constater que les trois candidats de gauche présents ont un meilleur score que les trois candidats de droite…

Défauts

Le principal écueil de ce système de notation, c’est que chaque vérité compte de manière identique. Un candidat qui voudrait manipuler sa note n’a qu’à enchaîner quelques statistiques – correctement – recopiées de l’INSEE, et sa note montera mécaniquement.

De la même manière, toutes les approximations et les erreurs reçoivent la même importance. Se tromper de 10% dans les chiffres du chômage, ça donne la même pénalité que prétendre que la présence d’immigrés sur le territoire est responsable du chômage, de la délinquance, du mauvais temps et de ma tendinite.

Bref, le véritomètre serait meilleur avec quelques coefficients pondérateurs. Mais il faudra alors décider de leurs valeurs, ce qui posera à nouveau des difficultés.

Conclusion

Cette initiative d’Owni et i>TÉLÉ est utile et bien conçue. Elle présente quelques défauts de jeunesse, mais rien d’insurmontable. J’espère qu’elle recevra suffisamment d’attention, pour que les politiciens accordent plus d’importance aux faits. Enfin, elle remplit exactement le rôle prévu par xkcd dans ce dessin :

"Citation nécessaire"

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1 – Les cours de la bourse sont-ils une information ?

J’écoute France Inter.

Je le dis franchement, sans honte. Bon, il m’arrive d’écouter des programmes honteux, où une présentatrice diplômée de Sciences Po sert la soupe à ses invités, mais c’est uniquement pour la chronique obsédée de Daniel Morin.

Mais en dehors des pubs ultra-sexistes de Noël, je déplore surtout la diffusion régulière, tout au long de la journée, des cours de la bourse.

Parce que vous, moi, votre voisine et son chien, nous avons tous besoin de savoir qu’aujourd’hui, Veolia a pris 1,35% et Vinci en a perdu 4,42, ou l’inverse. Lorsque je fais cette remarque, on me répond qu’il y a des gens à qui ça sert. Ah oui ? Qui ?

  • La très grande majorité de la population ne sait pas à quoi sert la bourse. Elle subit donc le vocabulaire anxiogène des commentateurs, pour qui, globalement, si ça monte c’est bien, si ça descend c’est pas bien. Le CAC 40 va-t-il atteindre la barre des 4000 points ? Rappelons-nous qu’il n’a pas atteint ce seuil depuis la grande crise de 2001, ce qui n’est pas rien !
  • La grande majorité de la population sait seulement que la bourse est le lieu où l’on vend des actions.
  • Une minorité de la population sait qu’une action est un titre de propriété d’une entreprise, qui donne lieu à un droit de vote lors des assemblées d’actionnaires, et qui ouvre à son possesseur le droit de recevoir des dividendes prélevés sur les comptes de l’entreprise (et certainement pas sur les bénéfices. Sinon seules les entreprises bénéficiaires distribueraient des dividendes, hein ?)

Et tous ces gens se foutent des cours de la bourse puisqu’ils ne possèdent pas d’actions, et ne projettent pas d’en acheter. Ce serait donc les propriétaires d’actions que l’on veut informer, sauf que…

Les actions sont majoritairement détenues au travers de produits tels que les FCP, des Fonds Communs de Placement gérés par des banques. Et vous vous doutez bien que ces banques se moquent bien du point boursier de France Inter, elles suivent les cours via des connexions ultrarapides aux places boursières et des logiciels mathématiques spécialisés.

Bref, sautons à la conclusion : les points infos bourse n’informent personne. Il n’y a aucun financier sérieux qui s’appuie dessus, et le reste de la population n’y apprend rien. Je ne peux pas croire que la direction de France Inter ignore cette conclusion.

Il doit donc y avoir un autre objectif à ces points info boursier. Une hypothèse : serait-ce de donner au grand public l’impression d’être informé, lorsqu’en fait il subit un matraquage de données sans aucun intérêt, si ce n’est d’être encore moins cher à produire qu’une dépêche AFP ?

Contre-proposition : remplacer les "points infos bourse" en "points infos fonctionnement de la bourse". En une minute, explication de texte sur un terme boursier, et sur les conséquences pour l’économie réelle des règles boursières.

Henry Ford, créateur des célèbres voitures, aurait dit : "It is well enough that people of the nation do not understand our banking and monetary system, for if they did, I believe there would be a revolution before tomorrow morning." / "Si la population comprenait le système bancaire, je crois quil y aurait une révolution avant demain matin."

Mmm. Je doute que ma contre-proposition soit adoptée par France Inter…

 

PS: Le zoom de la rédaction aujourd’hui s’intitulait "Faut-il autoriser les assistants sexuels pour les handicapés ?". Cette simple question, au-delà de sa réponse évidemment positive, montre les limites de la discrimination positive : pourquoi diable faudrait-il limiter l’accès aux assistants sexuels aux seuls handicapés ? Sont-ils donc les seuls à souffrir de la misère sexuelle ? Conseil du jour : des fois, la réponse est dans la question. Mais il arrive aussi que la question fasse tout ce qu’elle peut pour cacher les réponses qu’elle ne veut pas entendre…

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