Archives de la catégorie économie

2013-024 – L’écologie entraîne des économies. Cas pratique : CleanPrint

L’écologie est trop souvent présentée comme un coût, un luxe, réservé aux riches et qui serait hors de portée de pauvres.

La réalité est généralement inverse : respecter l’environnement, y avoir un impact minimum, c’est généralement faire des économies.

Il est vrai que dans un certain nombre de cas, cela implique des investissements que seuls les plus fortunés peuvent se permettre. L’isolation des logements est un exemple typique. Si je suis propriétaire et que je peux payer une bonne rénovation, elle pourra être remboursée par les économies d’énergie réalisés ensuite. Le propriétaire pauvre et le locataire se contenteront de voir leur factures énergétiques siphonner leur compte en banque.

Mais il est aussi courant de voir des solutions qui n’entraînent pas d’investissement, et qui font immédiatement faire des économies écologiques (je résiste en passant à pondre un néologisme, genre éconologie, ce serait vraiment trop vilain).

Cas pratique

"CleanPrint" est un de ces outils. Lorsque vous imprimez une page web, voulez-vous réellement imprimer tout ce qu’il y a à l’écran ? Le module CleanPrint pour Firefox vous donnera le contrôle sur vos impressions. L’interface est très simple, vous n’avez qu’à cliquer sur chaque élément à retirer. Les gains sont multiples : impressions plus rapide, moins d’encre consommée, moins de papier, et surtout des impressions plus pertinentes. Quand on connaît le prix de l’encre, c’est une économie conséquente.

En conclusion, un résultat aussi écologique qu’économique. Vous avez d’autres exemples ?

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2013-019 – Le Monde est-il encore un journal d’information ?

Le tout premier article de ce blog traitait déjà des médias, au travers du prisme des soi-disant informations boursières.

Ce ne sont pas des informations, tout juste des données. Pour devenir des informations, il leur manque un contexte qui permette de mettre les données en perspective.

Hier, le Monde a publié un article intitulé "Travail, capital, consommation… La France, pays à la fiscalité élevée en Europe". Deux extraits choisis vont me permettre d’illustrer le total abandon de la moindre prétention journalistique.

1/ La France reste un pays au taux d’imposition élevé

Tout d’abord au global. Ce premier graphique présente le taux global d’imposition, en pourcentage du PIB. Avec 43,9% en 2011, la France est le 4e pays européen en matière de fiscalité, derrière le Danemark, la Suède et la Belgique. Notre pays a réduit légèrement ce taux depuis 2000, mais l’a augmenté entre 2010 et 2011.

Imaginez. Je vous annonce que, rendez-vous compte, de tout mon quartier, c’est ma voiture qui a coûté le plus cher. Et je vous fournis un graphique des coûts de toutes les voitures du quartier.

Est-ce que c’est une information ? Non.

Parce que toutes les voitures sont différentes, et que je ne vous en dis rien.
Parce que la mienne durera peut-être deux fois plus longtemps, ou consommera deux fois moins. Son coût d’achat n’est donc qu’une donnée. Elle ne peut devenir pertinente que si vous avez le reste du contexte.

Dans le cas de l’article du Monde, quels éléments de contexte sont manquants ? Oh, trois fois rien, juste la question de l’usage qui est fait de ces impôts. Ils servent (entre autres) à payer une scolarité gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans ? Et des universités très peu chères ? Nos voisins doivent payer bien plus ?

Aucune importance, notre taux d’imposition est le plus élevé. Avec le sous-entendu que c’est une mauvaise chose.

Second extrait.

En matière de tranche maximale de l’impôt sur le revenu, une manière de comparer les politiques fiscales européennes, la France n’est pas spécialement en décrochage. Elle se situe même légèrement en-deçà de l’Allemagne, et dans la moyenne européenne.

Tranches d’imposition : la France impose un peu moins que l’Allemagne

En matière de tranche maximale d’imposition des revenus des personnes physiques, la France avec 45% en 2013 est en dessous de l’Allemagne (47,5) et proche de la moyenne de la zone euro (43,3).

Comparer les tranches maximales d’imposition n’a aucun sens. Une rapide consultation Wikipedia, au hasard la page Fiscalité en Europe – Impôt sur le revenu, suffit à constater que la réalité de l’imposition est complexe. Les taux de 45% et de 47,5 s’appliquent après de très nombreux calculs. Je ne vais pas vous faire un cours de fiscalité, mais l’imposition réelle est forcément inférieure à ces taux. A titre indicatif, on peut très bien atteindre la tranche d’imposition à 14%, tout en ne payant que 5% d’impôt sur ses revenus.

Notez le choix des mots. Si la France avait le plus fort taux d’imposition, elle serait en situation de "décrochage". La critique est maintenant explicite : un fort taux d’imposition est forcément une mauvaise chose. A aucun moment n’est posée la question des contreparties de cet impôt.

En conclusion, l’article du Monde incriminé n’est qu’une laborieuse reformulation d’un rapport d’Eurostat. A toutes fins utiles, je tiens à rappeler que la charte d’éthique professionnelle des journalistes dit que tout journaliste digne de ce nom "Refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication".

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2013-018 – [IMPORTANT] Le revenu de base inconditionnel est LA solution pour sauver nos démocraties

Je vous en ai parlé il y a à peine plus d’un an. Le revenu citoyen est une façon de réformer durablement nos insupportables bureaucraties. C’est aussi la meilleure façon de concrétiser la démocratie.

Enfin, c’est une réponse au financement de très nombreuses activités jugées indispensables mais inadaptées au modèle de financement capitaliste, notamment dans le domaine de l’art ou celui du journalisme.

Si j’en reparle aujourd’hui, c’est pour vous annoncer le lancement de l’initiative citoyenne pour le revenu de base universel. Il s’agit en gros d’un sondage, contraignant pour l’Union Européenne.

Suivez les étapes, et terminez par la saisie de votre numéro de carte d’identité. N’ayez pas peur de cette étape. Le serveur est sécurisé, et votre numéro de carte d’identité tout seul ne sert à rien.

Et surtout, surtout, faites passer le mot autour de vous !

PS: la voie de "bonne gestion" prônée actuellement est inefficace et dangereuse.

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2013-015 – Flattr, un trou sans fond ?

J’ai vanté l’année dernière les mérites de Flattr.

Un sérieux problème m’est apparu depuis.

Quels sont les coûts de Flattr ? Lors d’un paiement par Paypal, le récipiendaire professionnel doit s’acquitter d’une taxe, de l’ordre de 5%. De plus, de nombreux serveurs gèrent tous les clics sur les boutons Flattr et les virements que cela déclenche ensuite. Tout cela coûte de l’argent

Quels sont les revenus de Flattr ?

Tout d’abord, un revenu peu visible : tout l’argent échangé entre flatteurs et flattés reste stocké sur les comptes de l’entreprise. Et cette trésorerie génère de l’argent.

Enfin, et c’est là que le système devient pernicieux, Flattr prélève une taxe de 10% sur toutes les transactions internes. Le taux n’est pas négligeable. Il est cependant appliqué à de petites sommes, de l’ordre de quelques centimes ou dizaines de centimes. Il passe donc inaperçu.

Avez-vous le truc ? L’argent est taxé à chaque transaction interne.

Imaginons que plus personne ne vire ni ne retire de fonds dans Flattr. Lors de virements internes la somme prélevée sur le compte du flatteur est supérieure à celle qui arrive sur le compte du flatté. La somme totale des comptes du site diminuera donc inexorablement.

Bien sûr, si vous n’êtes QUE flatté, vous allez gagner de l’argent. Si vous n’êtes QUE flatteur, vous serez taxé de 10%. Vous pouvez estimer que c’est un coût normal, mais il est écrit petit dans la description du principe de Flattr (les créateurs reçoivent 90% de l’argent que vous versez).

Et enfin, si vous êtes des deux côtés de la barrière, comme moi, vous subissez la double peine. Vous êtes taxé lorsque vous flattez quelqu’un. Puis lorsque vous êtes flatté.

Attention, je ne dis pas que Flattr est un service public. L’entreprise a des coûts de fonctionnement, elle doit bien les payer. Je pense tout de même qu’il y a tromperie sur les taxes appliquées.

Propositions

Il me paraîtrait plus honnête que la taxe ait lieu à l’entrée, mais j’ai peur que ce soit peu engageant. Pourquoi ne pas la mettre à la sortie ? Lorsque vous voulez sortir l’argent du système, des frais vous sont appliqués. En attendant, tous les virements internes deviennent gratuits. Puisque l’argent reste sur les comptes de l’entreprise, il génère des intérêts, pas de raison de le taxer en sus.

Il serait aussi appréciable que les comptes soient publiés. Pas dans le détail, et surtout pas sous forme de bilan comptable incompréhensible. Juste "voici le coût de fonctionnement du service (personnel + machines), voici le total des taxes à 10%, voici notre résultat".

Ce point de vue est valable pour toutes les entreprises, cela dit. Celle-ci a cependant une vocation sociale affichée, qui est peu compatible avec un secret bancaire old school…

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2013-014 – Virginie Despentes parle du livre numérique. Ou du moins, croit le faire.

Dans ce très intéressant article des Inrocks, Virginie Despentes parle du développement du livre numérique.

C’est juste dommage qu’elle ne parle que des quelques gros distributeurs.

J’ai mis du temps avant de lire sur tablette, j’avais des réticences. Mais à présent j’achète et lis souvent les romans français contemporains sur iPad. C’est essentiellement une question de place [...]. Pour ce qui est de lire, je ne fais plus la différence. Au moment d’acheter le livre, c’est très différent – les plateformes e-book sont atroces, et je n’éprouve aucun plaisir à traîner sur Amazon, alors que j’aime vraiment les librairies, j’y passe énormément de temps, j’y vais souvent et j’y trouve toujours des livres improbables et géniaux que je ne cherchais pas du tout. C’est un vrai plaisir d’aller en librairie.

Donc ce que je redoute, c’est la fin de la librairie. [...] La fin du livre papier, je ne sais pas. Il y a quand même quelque chose que le livre a, que n’avaient ni le cd ni le dvd : il reste plus pratique que son équivalent digital. Davantage que la fin du livre papier, je crains les facilités qu’offre le numérique : si on veut censurer une page, on l’efface dans toutes les liseuses. Si on veut retirer un roman, on l’efface dans toutes les liseuses, etc. Enfin le livre digital ne se prête pas. Ne s’offre pas. C’est ce qu’on a fait avec les livres, beaucoup, et c’est aussi comme ça qu’on lisait.

Elle vante les petits libraires qui font un travail de médiation remarquable. Et les compare aux gros opérateurs en ligne comme Amazon et Apple. Je vais mettre sa remarque sur le compte de l’ignorance. Parce qu’il existe l’exact équivalent des petits libraires qu’elle aime tant, sur internet. J’ai en tête, entre autres, publie.net, qui est réellement un modèle du genre.

Publie.net propose des ebooks sans DRM, qui sont donc copiables et offrables. Les tarifs sont raisonnables, généralement entre 4 et 5 euros le fichier. Oui, le fichier, pas une licence de lecture qui permet à Amazon de supprimer un livre en toute légalité. Un fichier ePub ou Mobi, on en est réellement propriétaire.

Il y a même un abonnement annuel au catalogue complet de cet éditeur. Pas façon "vous pouvez lire tout ce que vous voulez pendant un an, et après vous n’avez plus rien". Non. "Vous pouvez tout lire pendant un an, et garder le catalogue complet de l’éditeur sur toutes vos machines. Pour 95€, ça paraît être un bon deal !

En conclusion, j’invite Virginie Despentes (et vous avec, hein) à faire en ligne ce qu’elle aime tant faire dans la vraie vie : ne pas acheter de livres dans les supermarchés, et privilégier les petits libraires. Oui, c’est plus compliqué. Il faut sortir de l’application préinstallée sur l’iPad. Il faut gérer ses fichiers.

C’est néanmoins la meilleure façon de ne pas gaver les gros éditeurs qui ne s’intéresseront jamais aux auteurs qui dérangent.

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