Seth Godin a publié il y a quatre jours "Stop Stealing Dreams". C’est un manifeste de 30.000 mots. Ce qui en fait un énorme article, ou un tout petit bouquin.
Depuis des années, Seth donne son avis sur l’école (et bien d’autres sujets !), sur son blog et dans ses livres. Il a reçu en retour de nombreuses questions sur sa vision de l’enseignement, ce qu’il faudrait changer pour que les élèves aient de vrais débouchés dans leur vie professionnelle, etc.
Ce manifeste est sa réponse. Et comme il pense ses idées trop importantes pour être réservées à une élite, ce (petit) livre est totalement libre. D’être copié. D’être téléchargé. Et d’être traduit. C’est pourquoi, avec l’accord de l’auteur en personne, j’entame ici, pour vous, ce soir, la traduction de Stop Stealing Dreams.
Seth m’a averti que d’autres personnes envisageaient aussi de le traduire en français. Je les invite à me contacter (et inversement) afin d’unir nos efforts. De même, si certains d’entre vous veulent tâter de la traduction, ils sont les bienvenus.
Et maintenant, place à la lecture !
Cessez de voler les rêves
26/02/2012
Cessez de voler les rêves (le manifeste entier sur le web)
N’hésitez pas à lire et à partager. Mais ne le modifiez pas et ne le faites pas payer.
Si vous souhaitez d’autres formats, y compris un fichier PDF, cliquez ici .
Si vous ne me sous-estimez pas, je ne vous sous-estimerai pas
Bob Dylan
Dédié à chaque enseignant qui se sent assez concerné pour changer le système, et à chaque élève assez courageux pour se lever et prendre la parole.
Plus précisément, pour Ross Abrams, Jon Guillaume, Beth Rudd, Steve Greenberg, Benji Kanters, Patti Jo Wilson, Florian König, et cet enseignant qui a tout changé pour vous.
1. Préface: L’éducation transformée
Alors que je terminais ce manifeste, un ami m’a invité à visiter les Harlem Village Academies, un réseau de charter schools (NdT : écoles laïques à gestion privée, gratuites et à financement public) à Manhattan.
Harlem est un grand quartier, plus grand que la plupart des villes aux États-Unis. Il est difficile de généraliser à propos d’une population de cette taille, mais les revenus des ménages sont moins de la moitié de ce qu’ils sont à juste un mile de là, le chômage est nettement plus élevé et le plus grand nombre (dans et hors de la communauté) a abandonné tout espoir.
Un million de films nous ont appris ce que nous pouvions attendre d’une école de East Harlem. L’école est censée être une usine sous-financée, fonctionnant à peine, avec de mauvais comportements, une sécurité douteuse et surtout, très peu d’apprentissage.
Certainement pas le lieu où vous iriez pour découvrir l’avenir de notre système d’éducation.
Depuis des générations, notre société a dit à des collectivités comme celle-ci, "voici quelques enseignants (mais pas assez) et voici un peu d’argent (mais pas assez) et voici nos attentes (très faibles) … allez faire de votre mieux." Peu de gens sont surpris quand ce plan ne fonctionne pas.
Au cours des dix dernières années, j’ai écrit plus d’une douzaine de livres sur la façon dont notre société est fondamentalement changée par l’impact de l’Internet et de l’économie de connexion. La plupart du temps, j’ai essayé de montrer aux gens que les choses que nous tenons pour des vérités universelles étaient en fait des inventions assez récentes, et peu susceptible de durer beaucoup plus longtemps. J’ai fait valoir que le marketing de masse, les marques de masse, la communication de masse, les médias top-down et le complexe industrialo-télévisuel ne sont pas les piliers de notre futur, bien que beaucoup aient été entraînés à le penser. Il est souvent difficile de le voir lorsque vous y êtes plongé.
Dans ce manifeste, je vais démontrer que la scolarisation industrialisée, imposée par le haut, est toute aussi menacée, et pour de très bonnes raisons. La rareté de l’accès à l’information est détruite par l’économie de connexion, au moment même où les compétences et les comportements dont nous avons besoin de la part de nos diplômés sont en mutation.
Alors qu’Internet a permis à bon nombre de ces changements de se produire, vous ne verrez pas beaucoup d’Internet à l’école de la Harlem Village Academy que j’ai visitée, et pas tellement non plus dans ce manifeste. La HVA est tout simplement centrée sur les gens, et la façon dont ils doivent être traités. Elle est centrée sur l’abandon d’une approche industrielle top-down du traitement des étudiants, et l’adoption d’une série d’outils très humains, très personnels et très puissants pour produire une nouvelle génération de leaders.
Il y a littéralement des milliers de manières d’accomplir le résultat que Deborah Kenny et son équipe ont accompli à l’HVA. La méthode n’a pas d’importance pour moi, le résultat en a. Ce que j’ai vu ce jour-là, c’étaient des étudiants penchés en avant sur leurs sièges, choisissant d’être attentifs. J’ai vu des enseignants impliqués parce qu’ils l’ont choisi, parce qu’ils étaient ravis d’avoir le privilège d’enseigner à des enfants qui voulaient être instruits.
Les deux avantages qu’ont la plupart des écoles à succès sont beaucoup d’argent et un corps étudiant pré-sélectionné et motivé. Il faut souligner que la HVA ne choisit pas ses élèves, ils sont sélectionnés aléatoirement par tirage au sort. Et l’HVA reçoit moins de financement par étudiant que l’école publique typique à New York. HVA fonctionne parce qu’ils ont compris comment créer une "culture d’entreprise" qui attire les enseignants les plus talentueux, favorise une culture de la propriété, de la liberté et de la responsabilité, puis transfère sans relâche cette passion à ses élèves.
Le Maestro Ben Zander parle de la transformation qui se produit quand un enfant apprend réellement à aimer la musique. Pendant un an, deux ans, voire trois ans, l’enfant patauge péniblement. Il frappe chaque battement, martèle chaque note et transpire tout du long.
Puis il abandonne.
Sauf quelques-uns. Les rares passionnés. Les rares qui s’attachent.
Ces enfants vont de l’avant et commencent à jouer. Ils jouent comme si c’était important, parce ça l’est pour eux. Et comme ils vont de l’avant, comme ils se connectent, ils se lèvent de leur tabouret de piano, pour tout à coup devenir, comme les appelle Ben, des "joueurs-sur-une-fesse".
Jouer comme si c’était important.
Les universités se battent pour recruter les enfants qui obtiennent leur diplôme à l’école de Deborah, et je ne doute pas que nous entendrons bientôt parler du leadership et de l’apport des anciens de l’HVA – des "joueurs-sur-une-fesse" qui se soucient d’apprendre et de donner. Parce que c’est important.